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Comorbidités

Vomissements et complications œsophagiennes


Les personnes atteintes d’un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) comme la boulimie ont souvent recours à des comportements compensatoires inappropriés (CCI) comme des vomissements  pour compenser leurs excès alimentaires et contrôler leur poids [1, 2]. Cependant, les vomissements ne sont pas sans conséquence pour la santé physique de l’individu et engendrent des complications médicales importantes (et parfois irréversibles) au niveau de l’œsophage [3, 4].

Ce que vous devez retenir:

• Les vomissements provoqués dans le but de compenser les excès alimentaires et de contrôler le poids chez les boulimiques peuvent engendrer des conséquences médicales sérieuses chez ces patients.

• Le contact répété du contenu gastrique acide sur la paroi œsophagienne engendre des complications physiques chez plusieurs patients ayant recours aux vomissements.

• Une inflammation de l’œsophage, des reflux et des saignements représentent quelques-unes des complications souvent observées chez les boulimiques.

Vomissements – Conséquences au niveau de l’œsophage

Les complications œsophagiennes (CO) sont fréquentes chez les patients atteints d’un TACA qui ont recours à des CCI tels des vomissements (provoqués par les doigts, des objets ou des substances émétiques) pour contrôler leur poids [3-5]. Elles varient en intensité (elles peuvent être mineures ou très graves) et leur sévérité dépend de la fréquence des vomissements et de la durée de la maladie (i.e. la boulimie) [3, 4]. Les CO apparaissent habituellement à la suite du contact répété du contenu acide de l’estomac sur la muqueuse œsophagienne [3, 5]. Heureusement, la plupart de ces complications sont traitables et pour la plupart réversibles lorsque les vomissements cessent [3, 6].

Œsophagite peptique

L’œsophagite peptique (ou inflammation de l’œsophage) se développe à la suite d’un contact fréquent du contenu acide de l’estomac sur la paroi de l’œsophage [2-4]. On reconnaît la maladie par une déglutition plus difficile et douloureuse, ainsi que par des sensations de brûlures [7-9].

Reflux gastro-œsophagiens

Les boulimiques souffrent souvent de brûlures d’estomac et de reflux gastro-œsophagiens (RGO) [2-4, 6, 10]. Ces reflux spontanés du contenu gastrique dans la partie inférieure de l’œsophage sont une conséquence de la laxité (ou du relâchement) du sphincter œsophagien après plusieurs mois de vomissements répétés [2-4]. Les inhibiteurs de la pompe à protons constituent un traitement pharmacologique efficace, sécuritaire et peu coûteux pour contrer les RGO [2, 3, 6].

Ulcères

L’exposition répétée de l’œsophage au contenu acide de l’estomac peut engendrer des ulcères sur la paroi œsophagienne [3-5], dont les principaux symptômes sont des brûlements d’estomac, une œsophagite peptique et des douleurs abdominales [11, 12].

Syndrome de Mallory-Weiss

Une hématémèse (saignements d’origine digestive par la bouche) peut aussi être remarquée lors des vomissements. Elle est une conséquence du syndrome de Mallory-Weiss qui correspond à une déchirure superficielle de la muqueuse à la jonction entre l’œsophage et l’estomac. Les vomissements répétés et prolongés en sont la cause principale [1-4, 6, 13, 14].

Rétrécissements œsophagiens

Certains patients ayant eu recours durant une longue période à des vomissements comme CCI peuvent développer des rétrécissements du diamètre de l’œsophage (aussi appelée sténose peptique) avec comme résultante possible une dysphagie secondaire (i.e. une difficulté à déglutir et à propulser les aliments dans l’œsophage accompagnée d’une douleur durant la déglutition) [3, 4].

Œsophage de Barrett

L’œsophage de Barrett représente une complication des RGO chroniques (connus comme étant le facteur de risque le plus important) et sa prévalence serait en augmentation chez les patients souffrant de boulimie. Ce syndrome est caractérisé par une métaplasie (modification) des cellules qui forment la base de l’œsophage. Les cellules pavimenteuses se transforment en cellules cylindriques. L’œsophage de Barrett constitue un diagnostic important, puisqu’il augmente de 11 fois le risque de développer un adénocarcinome [2, 15]; environ 10% des cas progressent éventuellement en cancer de l’œsophage [3]. Les patients souffrant de ce trouble spécifique devraient passer une endoscopie régulièrement pour évaluer la progression de la maladie et détecter rapidement la présence de cellules cancérigènes. La chronicité (durée prolongée) des RGO (plutôt que la sévérité de ceux-ci) représente le plus grand prédicteur de l’apparition de cette maladie [2, 3, 5, 15].

         Syndrome de Boerhaave

Le syndrome de Boerhaave représente une complication œsophagienne plus rare (dont la prévalence est inconnue [2]), mais très sérieuse. Il s’agit d’une rupture de la paroi œsophagienne à la suite d’une consommation excessive d’aliments et de vomissements subséquents importants [3, 4]. Les taux de mortalité sont élevés, atteignant environ 20%. Les patients ressentent habituellement de fortes douleurs thoraciques, une déglutition douloureuse, de la tachypnée (accélération de la respiration) et de la tachycardie (rythme cardiaque plus rapide). Un diagnostic rapide est crucial, car la chirurgie constitue un traitement curatif [3].

 

Conseils pour les professionnels de la santé

Les patients atteints de boulimie qui ont recours à des vomissements pour compenser leurs excès alimentaires et contrôler leur poids se livrent bien souvent à ce type de comportements depuis de nombreuses années avant de consulter un professionnel de la santé et d’obtenir des soins médicaux [3]. Il est donc important d’évaluer la condition médicale des boulimiques et de traiter avec soin leurs CO.

 

CO et les hommes

Aucune étude spécifique ne relate les CO présentes chez les hommes boulimiques ou ceux ayant recours aux vomissements comme CCI. Les effets indésirables du contenu acide de l’estomac sur la paroi œsophagienne semblent similaires chez les hommes et les femmes, mais il serait intéressant de pouvoir valider si les patients masculins aux prises avec une boulimie présentent des CO similaires que celles remarquées chez les femmes.

 

Références

  1. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  2. Sato, Y. and S. Fukudo, Gastrointestinal symptoms and disorders in patients with eating disorders. Clinical journal of gastroenterology, 2015. 8(5): p. 255-263.
  3. Mehler, P.S., Medical complications of bulimia nervosa and their treatments. International Journal of Eating Disorders, 2011. 44(2): p. 95-104.
  4. Anderson, L., J.-M. Shaw, and L. McCargar, Physiological effects of bulimia nervosa on the gastrointestinal tract. Canadian journal of gastroenterology= Journal canadien de gastroenterologie, 1997. 11(5): p. 451-459.
  5. Denholm, M. and J. Jankowski, Gastroesophageal reflux disease and bulimia nervosa–a review of the literature. Diseases of the Esophagus, 2011. 24(2): p. 79-85.
  6. Mascolo, M., et al., What the emergency department needs to know when caring for your patients with eating disorders. International Journal of Eating Disorders, 2012. 45(8): p. 977-981.
  7. WebMD. Esophagitis. Available from: http://www.webmd.com/digestive-disorders/tc/esophagitis-topic-overview.
  8. Medscape. Esophagitis. Available from: http://emedicine.medscape.com/article/174223-overview.
  9. VulgarisMédical. Oesophagite. Available from: http://www.vulgaris-medical.com/encyclopedie-medicale/oesophagite.
  10. Kiss, A., et al., Oesophageal and gastric motor activity in patients with bulimia nervosa. Gut, 1990. 31(3): p. 259-265.
  11. WebMD. Understanding Ulcer Symptoms. Available from: http://www.webmd.com/digestive-disorders/understanding-ulcers-symptoms.
  12. Medscape. Peptic Ulcer Disease. Available from: http://emedicine.medscape.com/article/181753-overview.
  13. Zipfel, S., et al., Gastrointestinal disturbances in eating disorders: clinical and neurobiological aspects. Auton Neurosci, 2006. 129(1-2): p. 99-106.
  14. Haller, E., Eating disorders. A review and update. Western journal of medicine, 1992. 157(6): p. 658.
  15. Pacciardi, B., C. Cargioli, and M. Mauri, Barrett’s esophagus in anorexia nervosa: A case report. International Journal of Eating Disorders, 2015. 48(1): p. 147-150.

Dernière mise à jour : 18 mars 2016 à 13h35

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