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Comorbidités

Le trouble de personnalité limite ou «borderline»


Parmi les troubles de la personnalité (TP) les plus communs chez les individus souffrant de troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA), on compte le trouble de personnalité limite (TPL), aussi connu sous le nom de trouble « borderline ». Ce trouble, caractérisé entre autres par un comportement impulsif, a été associé à des TACA reconnus eux aussi pour leur tendance à l’impulsivité, notamment  l’hyperphagie boulimique [1].

Ce que vous devez retenir:

• Le TPL est caractérisé par un comportement impulsif et autodestructeur ainsi qu’une pensée extrémiste.

• La prévalence de TPL selon le sexe n’est pas claire et un biais d’échantillonnage pourrait sous-estimer le nombre de cas chez les hommes.

• Le TPL semble être un facteur de risque du développement de TACA, notamment ceux caractérisés par un comportement impulsif, telle la boulimie et l’hyperphagie boulimique.

• Comparativement aux femmes, les hommes qui souffrent de TPL présentent un comportement particulièrement colérique et explosif et les comorbidités psychiatriques leur étant le plus souvent associées sont le trouble antisocial, le trouble narcissique et le trouble d’abus de substances.

Les caractéristiques du trouble de personnalité limite

Le TPL est caractérisé par une instabilité de la régulation des émotions, des relations interpersonnelles et de l’image de soi [2, 3]. Leur façon de penser est très dichotomique, de type « tout ou rien ». Une étude chez des femmes souffrant de TPL a même démontré une plus grande variation de poids chez ces dernières, illustrant bien cette attitude extrémiste [4].

Dans l’étude de Sansone et coll. [1].  qui fait référence au Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders-IV (DSM-IV), le TPL est entre autres caractérisé par une  « impulsivité marquée ». Certains exemples sont listés dans le DSM-IV afin d’illustrer les manifestations possibles de cette impulsivité.  Parmi ceux-ci, notons la mention d’un comportement alimentaire impulsif telle l’hyperphagie boulimique. Ces exemples sont également présents dans la dernière version du DSM (DSM-5) [5]. Ce faisant, on suggère donc une association plausible entre le TPL et ce type de TACA [6].

Le TPL est marqué par un comportement autodestructeur. On estime qu’environ 10 % des individus souffrant de ce trouble se suicident [7]. D’ailleurs, les personnes boulimiques qui présentent également un TPL auraient 4 fois plus de risques d’automutilations fréquentes [8]. Un comportement suicidaire plus marqué est également observé chez ceux qui développent à la fois un TPL et de l’hyperphagie boulimique [9]. Ces comportements seraient dus entre autres à leur difficulté à gérer ou tolérer les émotions, leur impulsivité, leur faible capacité à résoudre un problème ainsi qu’à une haine de soi [10].

En pratique, l’acronyme du terme anglais PRAISE permet de se rappeler les caractéristiques qui définissent le TPL [2]:

P – Persécution (idées)
R – Relations instables
A – Attaques de colère, peur de l’abandon
I – Impulsivité
S – Suicidaires (tendances, idées)
E – Ennui ou sentiment de vide

Prévalence

Selon le sexe

Dans la population générale, la prévalence de TPL varie entre 2 et 5,8 %, selon les sources [6, 11]. Lorsqu’il est question de prévalence selon le sexe, les données se compliquent. En effet, les études à ce sujet ne s’entendent pas. Selon un sondage réalisé aux États-Unis, 70 % des cas de TPL seraient des femmes [3]. Au Royaume-Uni, la tendance serait plutôt inversée, les hommes obtenant une prévalence de 1 % comparativement à 0,4 % chez les femmes [12].

Les versions antérieures du DSM indiquent que le TPL est plus commun chez les femmes, celles-ci étant trois fois plus affectées par ce trouble que les hommes. Toutefois, le National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions  [11] n’arrive pas aux mêmes conclusions.  Selon ce sondage, il n’y aurait pas de différence significative de prévalence entre les hommes et les femmes. Parmi les hypothèses proposées pour expliquer ces nouveaux résultats, notons entre autre un biais lors de l’échantillonnage. En effet, plus de femmes ont recours aux services de santé lorsqu’elles souffrent de troubles psychiatriques, notamment de TPL. Les hommes qui souffrent de ce trouble sont quant à eux plus enclins à présenter des troubles d’abus de substances et des caractéristiques antisociales, les conduisant ainsi davantage vers des centres spécialisés pour dépendances ou encore en prison. Or, cette situation crée un biais important puisque la majorité des études ont lieu dans les centres de santé où les hommes sont beaucoup moins présents [13-15].

Selon le type de TACA

Il semble que certains types de TACA soient plus souvent associés au TPL. Chez les personnes qui souffrent d’anorexie accompagnée de crises de boulimie ou de prise de purgatifs ainsi que chez les boulimiques, le TP le plus commun est le TPL (avec une prévalence de 25 % et 28 % respectivement) [1, 16]. Les caractéristiques reliées au type de TP semblent se refléter dans le comportement alimentaire. Par exemple, un comportement alimentaire impulsif n’est pas rare chez les personnes qui présentent un TPL [1, 17]. C’est d’ailleurs ce que démontre une revue de littérature qui obtient une prévalence de TPL de 6 à 30 % chez les personnes qui souffrent d’hyperphagie boulimique [18]. Dans tous les cas, les participants qui présentaient ce TACA avaient toujours un plus haut risque de souffrir également de TPL comparativement au groupe contrôle.

À l’inverse, lorsque l’on s’attarde aux types de TACA présents chez les individus souffrant de TPL, on remarque davantage d’autres troubles spécifiés de l’alimentation et des conduites alimentaires (ATSACA) que de boulimie et très peu d’anorexie [19, 20]. Au total, la prévalence de TACA chez cette population particulière varie entre 10 et 54 % [19]. Lorsque l’on compare ces taux de prévalence à ceux de la population en générale, soit de 1,2 % pour l’anorexie et de 2 % pour la boulimie [21], le taux de TACA chez la population atteinte de TPL est considérable.

Une étude a démontré que la présence de symptômes ou encore de comportements associés aux TACA, tels des crises d’hyperphagie, un jeûne intentionnel et l’utilisation de laxatifs, peuvent augmenter la probabilité de souffrir de TPL. Toutefois, est-ce ces symptômes qui mènent au développement de TPL ou plutôt ce trouble particulier qui influence l’adoption de tels comportements? Comme les TP sont reconnus pour apparaître et se développer pendant l’enfance, contrairement aux TACA qui surviennent le plus souvent à l’adolescence, il est probable que les TP précèdent l’apparition de TACA. Donc, la présence de TP, notamment le TPL, représente un facteur de risque potentiel de développer un TACA [1, 17, 22, 23].

Le trouble de personnalité limite chez les hommes

Bien que la différence de prévalence entre les hommes et les femmes soit incertaine, certaines caractéristiques chez les hommes souffrant de TPL semblent faire davantage l’unanimité. C’est entre autres le cas des comorbidités psychiatriques associées,  reconnues pour leur taux élevé chez les personnes souffrant de TPL [24].  Chez les hommes, on note plus spécifiquement une prévalence marquée de trouble antisocial, de trouble narcissique ainsi que du trouble d’abus de substances [3, 11]. Les femmes, par contre, semblent plus souvent atteintes de TACAque les hommes, sauf exception pour l’hyperphagie boulimique qui toucherait davantage ces derniers [3]. Le TPL est d’ailleurs associé à une importante utilisation des soins et services de santé, totalisant 20 % des hospitalisations psychiatriques à lui seul [2, 25].

Les hommes et les femmes souffrant de TPL présenteraient également différents traits de personnalité. On note en effet davantage de traits colériques chez les hommes, ainsi qu’un tempérament plus explosif et un besoin de nouveauté plus marqué [3, 26].

Somme toute, bien que les hommes et les femmes présentent certaines différences dans leurs traits de personnalité et leurs comorbidités associées, leur profil clinique est similaire, tout comme leur détresse émotionnelle [3, 27]. Des recherches plus spécifiques aux hommes demeurent pertinentes, notamment pour en savoir davantage sur la différence du taux de rémission, ainsi que de sur l’efficacité des différents traitements selon le sexe [3].

Des ressources pour les proches 

Pour les proches des personnes qui développent un TPL, il peut être difficile de savoir comment intervenir sans nuire. Comme ces individus peuvent avoir des réactions extrêmes et des comportements à risque, il est pertinent d’outiller leur entourage à ces situations. Voici deux ressources à transmettre à vos patients tout comme à leur famille et amis afin de les aider à mieux comprendre cette maladie.

Au cœur du trouble de personnalité limite : Guide à l’intention des familles

Carrefour TPL : Association québécoise du trouble de personnalité limite

 

Références

  1. Sansone, R.A. and L.A. Sansone, The relationship between borderline personality and obesity. Innov Clin Neurosci, 2013. 10(4): p. 36-40.
  2. Douglas, I.u.e.s.m. Trouble de la personnalité limite (TPL): causes, symptômes et traitements. 2013  28 août 2014]; Available from: http://www.douglas.qc.ca/info/trouble-personnalite-limite.
  3. Banzhaf, A., et al., Gender differences in a clinical sample of patients with borderline personality disorder. J Pers Disord, 2012. 26(3): p. 368-80.
  4. Sansone, R.A., J.W. Chu, and M.W. Wiederman, Borderline personality and weight divergence in adulthood. Eat Behav, 2010. 11(4): p. 309-11.
  5. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  6. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-IV). IV ed, ed. A.p. publisher. 2000: Washington DC.
  7. Lieb, K., et al., Borderline personality disorder. Lancet, 2004. 364(9432): p. 453-61.
  8. Chen, E.Y., et al., A comparison of borderline personality disorder with and without eating disorders. Psychiatry Res, 2009. 170(1): p. 86-90.
  9. Grucza, R.A., T.R. Przybeck, and C.R. Cloninger, Prevalence and correlates of binge eating disorder in a community sample. Compr Psychiatry, 2007. 48(2): p. 124-31.
  10. Franko, D.L. and P.K. Keel, Suicidality in eating disorders: occurrence, correlates, and clinical implications. Clin Psychol Rev, 2006. 26(6): p. 769-82.
  11. Grant, B.F., et al., Prevalence, correlates, disability, and comorbidity of DSM-IV borderline personality disorder: results from the Wave 2 National Epidemiologic Survey on Alcohol and Related Conditions. J Clin Psychiatry, 2008. 69(4): p. 533-45.
  12. Coid, J., et al., Prevalence and correlates of personality disorder in Great Britain. Br J Psychiatry, 2006. 188: p. 423-31.
  13. Skodol, A.E. and D.S. Bender, Why are women diagnosed borderline more than men? Psychiatr Q, 2003. 74(4): p. 349-60.
  14. Bjorklund, P., No man’s land: gender bias and social constructivism in the diagnosis of borderline personality disorder. Issues Ment Health Nurs, 2006. 27(1): p. 3-23.
  15. Sansone, R.A. and L.A. Sansone, Gender Patterns in Borderline Personality Disorder. Innov Clin Neurosci., 2011. 8(5): p. 16–20.
  16. Sansone, R.A. and L.A. Sansone, The prevalence of personality disorders in those with eating disorders, in Personality Disorders and Eating Disorders. Exploring the Frontier. 2006, Routledge: New York. p. 23-39.
  17. Sansone, R.A. and L.A. Sansone, Personality pathology and its influence on eating disorders. Innov Clin Neurosci, 2011. 8(3): p. 14-8.
  18. Sansone, R.A., M.W. Wiederman, and L.A. Sansone, The prevalence of borderline personality disorder among individuals with obesity: a critical review of the literature. Eat Behav, 2000. 1(1): p. 93-104.
  19. Sansone, R.A., et al., Eating disorder symptoms and borderline personality symptomatology. Eat Weight Disord, 2011. 16(2): p. e81-5.
  20. Zanarini, M.C., et al., The course of eating disorders in patients with borderline personality disorder: a 10-year follow-up study. Int J Eat Disord, 2010. 43(3): p. 226-32.
  21. Hudson, J.I., et al., The prevalence and correlates of eating disorders in the National Comorbidity Survey Replication. Biol Psychiatry, 2007. 61(3): p. 348-58.
  22. Sansone, R.A. and L.A. Sansone, Borderline personality and eating disorders: a chaotic crossroads, in Special Issues in the Treatment of Eating Disorders: Bridging the Gaps. 2010, Elsevier: New York. p. 217-232.
  23. Sansone, R.A. and L.A. Sansone, Childhood trauma, borderline personality, and eating disorders: a developmental cascade. Eat Disord, 2007. 15(4): p. 333-46.
  24. Grilo, C.M., L. Miguel Anez, and T.H. McGlashan, DSM-IV axis II comorbidity with borderline personality disorder in monolingual Hispanic psychiatric outpatients. J Nerv Ment Dis, 2002. 190(5): p. 324-30.
  25. New, A.S., J. Triebwasser, and D.S. Charney, The case for shifting borderline personality disorder to Axis I. Biol Psychiatry, 2008. 64(8): p. 653-9.
  26. Barnow, S., et al., Temperament and character in patients with borderline personality disorder taking gender and comorbidity into account. Psychopathology, 2007. 40(6): p. 369-78.
  27. Zlotnick, C., L. Rothschild, and M. Zimmerman, The role of gender in the clinical presentation of patients with borderline personality disorder. J Pers Disord, 2002. 16(3): p. 277-82.

Dernière mise à jour : 4 décembre 2014 à 21h32

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