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Comorbidités

Trouble obsessif-compulsif et troubles de l’alimentation


Il est plutôt fréquent de remarquer la présence d’un trouble obsessif-compulsif (TOC) chez les patients atteints d’un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) tel que l’anorexie (particulièrement de type restrictive) et la boulimie [1-4].

Ce que vous devez retenir:

• Les patients atteints d’un TACA présentent souvent un autre trouble associé tel que le TOC.

• La prévalence estimée du TOC chez les patients atteints d’un TACA fluctue beaucoup d'une étude à l'autre, soit de 2 à 48%.

• Le TOC est considéré comme un facteur de risque pour le développement de l’anorexie.

• Chez les hommes qui souffrent de TOC, le risque d’apparition de l’anorexie serait 37 fois supérieur lorsqu’on les compare à des hommes sans diagnostic de TOC.

TOC – Définition et critères diagnostiques

Les TOC sont caractérisés par la présence d’obsessions et/ou de compulsions pouvant causer une grande détresse ou une invalidité chez les patients [1]. Les obsessions représentent des pensées, des pulsions ou des images récurrentes et persistantes qui sont perçues comme intrusives et indésirables alors que les compulsions sont plutôt des comportements ou des actes mentaux récurrents qu’un individu se sent poussé à effectuer en réponse à une obsession ou à des règles établies et devant être appliquées de manière rigide [1, 4-6].

Les critères diagnostiques du TOC dans le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fifth Edition) [1] regroupent les points suivants :

Critère A – Présence d’obsessions, de compulsions ou des deux :

Les obsessions sont définies par :

  1. Des pensées, des pulsions ou des images récurrentes et persistantes qui sont perçues comme intrusives et indésirables à un certain moment au cours de l’événement obsessif causant chez la plupart des individus de l’anxiété ou une détresse.
  2. L’individu tente d’ignorer ou refouler ces pensées, pulsions ou images ou tente de les neutraliser avec une autre pensée ou action (i.e. en effectuant une compulsion).

Les compulsions sont définies par :

  1. Des comportements (ex : lavage des mains, classement) ou des actes mentaux (ex : prière, calcul) répétitifs qu’un individu se sent poussé à effectuer en réponse à une obsession ou à des règles établies et devant être appliquées de manière rigide.
  2. Les comportements ou les actes mentaux visent à prévenir ou à réduire une anxiété ou une détresse, ou à prévenir un événement redouté ou certaines situations. Cependant, ces comportements ou ces actes mentaux ne sont pas liés d’une manière réaliste avec ce qu’ils doivent neutraliser ou prévenir, ou sont clairement excessifs.

Critère B – Les obsessions ou les compulsions monopolisent beaucoup de temps (souvent plus d’une heure par jour) ou causent une détresse cliniquement significative ou une dépréciation sociale, professionnelle ou dans d’autres sphères importantes du fonctionnement.

Critère C – Les symptômes obsessifs-compulsifs ne sont pas attribuables à des effets physiologiques d’une substance (ex : drogue, médication) ou d’une condition médicale.

Critère D – La perturbation n’est pas mieux expliquée par des symptômes d’un autre trouble mental.

La prévalence du TOC varie de 1,1% à 1,8% dans la population en générale [1, 5, 6]. Les symptômes de cette affection apparaissent habituellement à l’adolescence et persistent (ou deviennent chroniques) à l’âge adulte s’ils ne sont pas traités efficacement [1, 5, 7]. À l’âge adulte, les femmes semblent plus affectées par cette condition que les hommes [1, 7], mais on recense un nombre plus élevé de patients masculins durant l’enfance [1]. On dénote aussi un risque de suicide élevé chez les patients diagnostiqués (tous genres confondus) avec un TOC [1, 5].

Les individus souffrant d’un TOC présentent très souvent une autre psychopathologie [5] tel qu’un trouble anxieux (76%) ou un trouble dépressif ou bipolaire (63%) (le plus fréquemment observé étant le trouble dépressif majeur (41%)) [1, 5]. D’autres affections sont aussi fréquemment observées chez les individus souffrant d’un TOC dont la dysmorphophobie (une affection regroupant la dysmorphie musculaire) ainsi que les TACA tels que l’anorexie et la boulimie [1]. Lorsque le patient est diagnostiqué avec l’un ou l’autre de ces troubles, il devrait aussi être évalué pour un TOC [1].

 

TOC et TACA : deux troubles fortement liés

Les patients présentant à la fois un TACA et un TOC semblent développer le TACA à un âge plus jeune et souffrirait plus longtemps de la maladie par rapport aux individus sans co-diagnostic de TOC [3]. La prévalence des patients avec un TACA qui développent un TOC associé varie beaucoup d’une étude à l’autre, soit de 2 à 48 %. [2]. Dans les cas d’anorexie, on estime cette prévalence entre 10% et 40% et jusqu’à 40% dans les cas de boulimie [7]. À l’inverse, les patients avec un TOC peuvent aussi développer un TACA, mais à des taux plus faibles, estimés entre 8% et 12% [2, 7].

TOC et anorexie

L’association entre le TOC et les TACA est soulevée depuis longtemps, et particulièrement lorsqu’il est question d’anorexie. En effet, il semblerait qu’un diagnostic de TOC augmente les risques de développer une anorexie, et ceci serait davantage remarqué chez les hommes. On considère donc le TOC comme un facteur de risque pour le développement d’une anorexie [4, 8].

Selon Cederlöf el coll. [8], l’anorexie constitue une comorbidité dont le risque d’apparition est estimé jusqu’à 17 fois supérieur chez les patients avec un TOC (tous genres confondus) lorsque comparés à un groupe contrôle (sans TOC), et jusqu’à 37 fois supérieur uniquement chez les hommes qui présentent un TOC par rapport aux hommes sans diagnostic de TOC. À l’inverse, la probabilité de développer un TOC à la suite d’un diagnostic d’anorexie est estimée, toujours selon les auteurs, à 10 fois plus importante que dans la population générale (tous genres confondus) et jusqu’à 19 fois plus grande lorsque l’on considère les hommes uniquement.

Les deux troubles semblent partager des traits de personnalité similaires, tels que le perfectionnisme (souvent remarqué chez les anorexiques et boulimiques), la compulsivité (principalement centrée autour de l’alimentation, du poids et de l’image corporelle) ainsi que l’impulsivité (particulièrement dans les cas de boulimie et d’anorexie avec crises de boulimie), ce qui pourrait expliquer la grande prévalence de cette co-occurrence de diagnostics [3, 4, 6, 7, 9].

 

TOC et TACA chez les hommes

Bien que certains auteurs aient recensé des données en lien avec des patients masculins aux prises avec des TACA et un TOC, les recherches sur ce sujet spécifique chez les hommes demeurent encore limitées. Il serait donc intéressant dans un futur rapproché de pouvoir mieux comprendre ces deux comorbitiés chez cette clientèle spécifique.

 

Pour les professionnels de la santé

Étant donné la grande prévalence de ces deux comorbidités, les professionnels de la santé doivent demeurer vigilants dans le dépistage de ces maladies et savoir référer leurs patients aux bons experts pour maximiser la réussite du traitement et encourager la guérison.

 

Références

  1. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  2. Tyagi, H., et al., Comparative Prevalence of Eating Disorders in Obsessive-Compulsive Disorder and Other Anxiety Disorders. Psychiatry journal, 2015. 2015.
  3. Pollack, L.O. and K.T. Forbush, Why do eating disorders and obsessive–compulsive disorder co-occur? Eating behaviors, 2013. 14(2): p. 211-215.
  4. Godier, L.R. and R.J. Park, Compulsivity in anorexia nervosa: a transdiagnostic concept. Frontiers in psychology, 2014. 5.
  5. Fenske, J.N. and T.L. Schwenk, Obsessive compulsive disorder: diagnosis and management. Am Fam Physician, 2009. 80(3): p. 239-45.
  6. Altman, S.E. and S.A. Shankman, What is the association between obsessive–compulsive disorder and eating disorders? Clinical Psychology Review, 2009. 29(7): p. 638-646.
  7. Sallet, P.C., et al., Eating disorders in patients with obsessive–compulsive disorder: prevalence and clinical correlates. International Journal of Eating Disorders, 2010. 43(4): p. 315-325.
  8. Cederlöf, M., et al., Etiological overlap between obsessive‐compulsive disorder and anorexia nervosa: a longitudinal cohort, multigenerational family and twin study. World Psychiatry, 2015. 14(3): p. 333-338.
  9. Roncero, M., C. Perpiñá, and G. García-Soriano, Study of obsessive compulsive beliefs: relationship with eating disorders. Behavioural and cognitive psychotherapy, 2011. 39(04): p. 457-470.

Dernière mise à jour : 18 mars 2016 à 11h07

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