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Dysmorphie musculaire

Traiter en misant sur les comportements salutogènes


Selon le chercheur John MacDonald, «le travail sur la santé des hommes est mené par des idéologies pathologisantes, soit médicales, soit associées à la masculinité» [1]. En d’autres mots, les professionnels de la santé se concentrent très souvent sur le manque de compliance des hommes en traitement ainsi que sur le grand nombre de comorbidités qu’ils présentent. Or, les professionnels de la santé auraient avantage à percevoir la masculinité d’une façon positive. Ceci implique de miser sur les comportements masculins positifs qui sont déjà axés vers la santé [1].

Les comportements salutogènes sont des comportements qui découlent d’attitudes et d’une façon d’être qui favorisent naturellement le maintien de la santé mentale et physique chez un individu [2]. Les comportements salutogènes ont été observés dans le cadre de plusieurs études et ont un grand potentiel de guérison dans le cadre des troubles de la santé mentale et des troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) [3-6].

Ce que vous devez retenir:

• La capacité cognitive à être davantage mindfull (pleine conscience) permettrait une meilleure guérison des TACA chez les hommes.

• Les comportements rattachés à la masculinité peuvent agir à la fois à contre-sens et pour la santé des hommes.

• Les professionnels de la santé devraient miser sur les aspects positifs et sur les forces de la masculinité pour traiter un trouble de la santé chez leurs clients masculins, incluant les TACA.

Le mindfulness   

Une étude s’est penchée sur les liens existants entre de hauts niveaux de mindfulness et les comportements positifs et mêmes préventifs des TACA chez de jeunes hommes étudiants [5]. La disposition mindfull signifie être dans un état constant de pleine conscience du moment présent tout en prêtant attention aux expériences vécues [7, 8]. La pleine conscience fait référence à la surveillance continue des expériences intérieures et extérieures qu’un individu vit, alors que l’attention fait référence à la conscience volontaire que l’individu porte sur un aspect précis d’une expérience vécue [9].

Les résultats de l’étude illustrent que la disposition pleine conscience est associée à une saine évaluation de l’apparence et à la satisfaction des régions corporelles [5].

Les auteurs en ont conclu qu’avoir un plus haut niveau de pleine conscience devrait réduire la probabilité d’expérimenter un TACA, mais aussi permettre d’être en meilleure mesure de surmonter un tel trouble [5]. Les capacités et la flexibilité cognitives que demande la pleine conscience entraîneraient une meilleure acceptation du corps et de l’image corporelle [10]. Ces résultats sont cohérents avec d’autres études faite sur l’utilité de la pleine conscience et les TACA et sont à considérer dans un contexte de traitement [10, 11].

 

Les forces de la masculinité en contexte de traitement

Une étude qualitative faite auprès de treize hommes diagnostiqués avec une dépression avait pour but d’investiguer les liens existants entre les processus socio-psychologiques proposés par d’autres chercheurs [12] et les expériences de recherche d’aide dans un but de traitement de la dépression [4]. Ces processus sont les suivants :

  • la normalisation de la dépression;
  • la centralisation de la dépression sur son identité;
  • les opportunités disponibles de répondre à l’aide reçue;
  • la perception des autres sur l’aide reçue;
  • la perception de perte de contrôle dans le processus de recherche d’aide.

Les résultats révèlent des attitudes positives et communes aux participants qui ont suivi pleinement le traitement [4]. Tous les hommes à l’étude ont [4] :

  • normalisé la dépression ;
  • perçu la dépression comme égodystonique (non centralisée sur eux-mêmes);
  • eu la capacité de maintenir un sentiment de contrôle.

Aussi, plus de la moitié d’entre eux ont [4] :

  • pu répondre à l’aide reçue;
  • ressenti que leurs pairs allaient bien réagir vis-à-vis leur processus de recherche d’aide.

Les auteurs expliquent l’adhésion de ces hommes envers les processus socio-psychologiques mentionnés, par le fait qu’ils les perçoivent comme «masculins» [4]. Par exemple, le fait de normaliser la dépression permet aux hommes de prendre action sur leur problème, ce qui correspond à un comportement typiquement masculin [4]. Décider de recevoir le traitement, choisir le type de traitement et adhérer de façon volontaire aux conseils reçus leur permettent de se sentir en contrôle tout au long de la thérapie [4]. Ce sentiment de contrôle est aussi typiquement masculin [4].

Bref, alors que les comportements dits masculins peuvent directement affecter un état de vulnérabilité et causer une dépression, ils peuvent aussi paradoxalement permettre à un homme d’entreprendre un processus de guérison d’un trouble de la santé [4]. Ces résultats sont à considérer dans un contexte où il est de plus en plus documenté que les hommes sont réticents à consulter les professionnels de la santé en présence de divers troubles, incluant les TACA [13-15]. Les cliniciens auraient avantage à considérer les comportements salutogènes des hommes en contexte de traitement et à les utiliser adéquatement, de sorte à les faire cheminer vers la guérison de leur trouble [4].

Dans le même ordre d’idées, une autre étude qualitative réalisée auprès de 21 hommes de niveau collégial diagnostiqués ou auto-rapportés dépressifs a obtenu des résultats semblables [3]. L’étude avait comme objectif de décrire le lien qui existe entre la masculinité et la recherche d’aide en lien avec la dépression chez les hommes [3].

Les résultats mettent aussi en évidence le paradoxe de la masculinité qui peut à la fois favoriser et défavoriser la santé des hommes [3]. Les comportements de déni envers une faiblesse et la faible divulgation des problèmes rencontrés chez les hommes peuvent rendre très difficiles les comportements de recherche d’aide et d’acceptation d’une thérapie [3]. D’un autre côté, les auteurs ont analysé la façon dont les hommes réussissent à sortir de leur «culture du silence» et adhèrent au traitement reçu [16]. C’est surtout par un changement de perception envers le processus de recherche d’aide et de guérison qu’ils peuvent y parvenir, c’est-à-dire, en percevant ce processus comme une initiative basée sur une force de leur personnalité, et non pas comme une faiblesse [3].

Divulguer aux hommes cette perception de la masculinité s’avère important selon les auteurs puisqu’en plus de les traiter dans un contexte favorable, on participe à la rupture du tabou qui supporte que les hommes n’ont pas besoin d’aide [3].

 

Conclusion

Dans un contexte sociétal où la masculinité est fortement enracinée dans les comportements des hommes et qu’elle est normalement perçue comme une barrière au traitement d’un trouble de la santé, les professionnels de la santé auraient avantage à miser sur les comportements salutogènes de ces derniers. D’autres études doivent être réalisées sur le sujet afin d’aider davantage les professionnels de la santé à utiliser ces forces qui peuvent être difficiles à identifier chez les hommes.

 

Références

  1. MacDonald, J., L’insatisfaction corporelle chez les hommes et les déterminants sociaux de la santé: vers une perspective salutogène. Présentation Power Point, 2015.
  2. MacDonald, J., La santé des hommes: Une approche salutogène. Présentation Powerpoint, 2010. Repéré à http://www.masculinites-societe.criviff.qc.ca/sites/masculinites-societe.criviff.qc.ca/files/power_point_john_macdonald.pdf  p. 4.
  3. Tang, M.O.T., et al., College men’s depression-related help-seeking: a gender analysis. Journal of Mental Health, 2014. 23(5): p. 219-224.
  4. Sierra Hernandez, C.A., et al., Understanding help-seeking among depressed men. Psychology of Men & Masculinity, 2014. 15(3): p. 346-354.
  5. Lavender, J.M., K.L. Gratz, and D.A. Anderson, Mindfulness, body image, and drive for muscularity in men. Body Image, 2012. 9(2): p. 289-292.
  6. Tylka, T.L. and K.J. Homan, Exercise motives and positive body image in physically active college women and men: Exploring an expanded acceptance model of intuitive eating. Body Image, 2015. 15: p. 90-97.
  7. Brown, K.W. and R.M. Ryan, The benefits of being present: Mindfulness and its role in psychological well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 2003. 84(4): p. 822-848.
  8. Westen, D., Psychology: Mind, brain, & culture. 1996, Oxford, England: John Wiley & Sons. xxxiii, 735.
  9. Bishop, S.R., et al., Mindfulness: A Proposed Operational Definition. Clinical Psychology: Science and Practice, 2004. 11(3): p. 230-241.
  10. Stewart, T.M., Light on Body Image Treatment: Acceptance Through Mindfulness. Behavior Modification, 2004. 28(6): p. 783-811.
  11. Brown, T.A. and P.K. Keel, A randomized controlled trial of a peer co-led dissonance-based eating disorder prevention program for gay men. Behaviour Research and Therapy, 2015. 74: p. 1-10.
  12. Addis, M.E. and J.R. Mahalik, Men, masculinity, and the contexts of help seeking. American Psychologist, 2003. 58(1): p. 5-14.
  13. Galdas, P.M., F. Cheater, and P. Marshall, Men and health help-seeking behaviour: literature review. Journal of Advanced Nursing, 2005. 49(6): p. 616-623.
  14. Jeffries, M. and S. Grogan, ‘Oh, I’m just, you know, a little bit weak because I’m going to the doctor’s’: Young men’s talk of self-referral to primary healthcare services. Psychology & Health, 2011. 27(8): p. 898-915.
  15. OLIVER, M.I., et al., Help-seeking behaviour in men and women with common mental health problems: cross-sectional study. The British Journal of Psychiatry, 2005. 186(4): p. 297-301.
  16. O’Brien R, H.G., Hunt K. , ‘Standing out from the herd’’: Men renegotiating masculinity in relation to their experience of illness. Int J Men’s Health, 2007. 6: p. 178-200.

Dernière mise à jour : 22 février 2016 à 15h27

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