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Night Eating Disorder

Traitements pharmacologiques des troubles de l’alimentation


Certains traitements pharmacologiques* (TP) peuvent être suggérés dans le but de traiter les patients atteints de troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA), comme l’anorexie, la boulimie, l’hyperphagie boulimique (HB) et le trouble de l’alimentation nocturne (Night Eating Syndrome – NES).

*À noter que les TP n’ont pas été tous recensés dans ce texte, mais uniquement les plus prometteurs/étudiés ou utilisés.

Ce que vous devez retenir :

ANOREXIE :
• Il n’existe pas de TP efficaces pour traiter l’anorexie. Seul l’olanzapine (et possiblement d’autres antipsychotiques atypiques) pourrait être efficace pour améliorer la prise de poids et certains symptômes psychologiques.

• La médication devrait toujours être considérée comme seconde option lorsque les patients montrent une résistance aux traitements psychologiques.

BOULIMIE :
• La fluoxétine est approuvée par la FDA (États-Unis) pour le traitement de la boulimie.

• La médication devrait toujours être considérée comme seconde option (en combinaison avec une thérapie cognitivo-comportementale) lorsque la psychothérapie seule ne suffit pas.

Hyperphagie Boulimique :
• Les antidépresseurs de classe ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) ainsi que les médicaments anorexigènes s’avèrent efficaces dans le traitement de l’hyperphagie boulimique.

Trouble de l’alimentation nocturne :
• Peu d’études se sont intéressées aux TP du NES, mais la sertraline semble être efficace pour traiter ce TACA.

Traitements pharmacologiques de l’anorexie

À ce jour, il n’existe pas de TP efficaces pour traiter l’anorexie [1, 3]. Les antidépresseurs et les antipsychotiques atypiques (APA) ont été étudiés pour traiter ce TACA, mais les résultats demeurent mitigés et peu concluants, sans réels bénéfices pour ces patients [1, 2, 4]. De plus, les difficultés à conduire des essais contrôlés randomisés efficaces (dues à un recrutement difficile et un haut taux d’abandon) compliquent l’interprétation des données [1, 2, 5]. Cependant, Miniati et coll. [2] mentionnent que ces types de médication pourraient améliorer l’anxiété, l’irritabilité, la labilité (humeur instable) et les symptômes dépressifs qui accompagnent souvent l’anorexie [4].

Psychothérapie vs médication

Golden et coll. [1] et Miniati et coll. [2] soulignent que la psychopharmacologie ne devrait pas représenter un traitement de premier choix pour l’anorexie, mais qu’elle représente une option secondaire pour les patients présentant une résistance à la psychothérapie.

Antidépresseurs

Les anorexiques manifestent souvent des symptômes de dépression et les premières études s’intéressant à la médication pour traiter l’anorexie se sont penchées sur l’utilisation d’antidépresseurs [1, 2]. Selon divers résultats regroupés dans la revue de littérature de Golden et coll. [1], les antidépresseurs tricycliques (ATC) clomipramine et amitriptyline n’ont pas montré d’effets prometteurs sur la reprise du poids chez les anorexiques, et comme ils sont associés à plusieurs effets secondaires cardiaques importants (tachycardie, hypotension, arythmies avec prolongation de l’intervalle QT), ils ne sont plus recommandés pour ces patients [2, 4].

Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) présentent un profil plus sécuritaire que les ATC et les ont remplacés au cours des années 1980 [1, 2]. L’utilisation de tels médicaments s’est basée sur la similarité des symptômes entre l’anorexie, la dépression et les troubles obsessifs-compulsifs, mais à ce jour, il n’y a pas de preuves claires justifiant l’utilisation d’ISRS [2]. Les études s’étant intéressé aux effets de la fluoxétine chez des anorexiques n’ont pas montré de résultats convaincants [1, 2, 4].

Antipsychotiques atypiques

Les APA agissent pour réduire l’anxiété, l’agitation, la dépression et les pensées obsessives (des comorbidités souvent observées chez les anorexiques) et ont l’avantage d’induire un gain de poids [1, 2, 5]. L’olanzapine est l’APA le plus étudié [1, 2]. Dans les revues de littérature de Golden et coll. [1] et de Miniati et coll. [2], plusieurs études s’intéressant à l’olanzapine lui confèrent des résultats intéressants quant au gain de poids et à la réduction des préoccupations et des symptômes dépressifs et anxieux chez des patients anorexiques, mais leur utilisation demeure encore peu concluante [4, 5].

 

Traitements pharmacologiques de la boulimie

Contrairement à l’anorexie, plusieurs médicaments se sont avérés efficaces pour réduire les symptômes associés à la boulimie. Cependant, un TP devrait habituellement être considéré et utilisé dans le cadre d’un plan de traitement multimodal (i.e. combiné à une thérapie cognitivo-comportementale) [1, 3].

Antidépresseurs

La fluoxétine (60 mg) est le seul médicament à avoir reçu l’approbation de la Food and Drug Administration (FDA) aux États-Unis pour usage thérapeutique dans le traitement de la boulimie [1, 3, 4], et elle constitue la médication la plus communément utilisée chez les patients boulimiques adultes. La fluoxétine est aussi commercialisée au Canada. Cet ISRS diminuerait les comportements typiques de la boulimie (orgies alimentaires suivies de comportements compensatoires inappropriés (CCI)) [1, 4].

Topimarate

La topimarate, un anticonvulsivant, a été étudiée comme traitement de la boulimie à cause de ses propriétés coupe-faim et ses effets au niveau de la stabilisation de l’humeur [1, 4]. La revue de littérature de Golden et coll. [1] souligne les résultats positifs de ce médicament chez les boulimiques, mais les effets secondaires associés (concentration, mémoire et vocabulaire altérés et paresthésies périphériques) compliquent son utilisation.

Odansetron

Bien qu’il ne soit pas fréquemment prescrit pour le traitement de la boulimie, l’odansetron (de la famille des antagonistes des récepteurs 5-HT3) permettrait de réduire la fréquence des comportements boulimiques typiques en contrôlant les orgies alimentaires et les CCI (tels les vomissements) [1, 4].

 

Traitements pharmacologiques de l’hyperphagie boulimique

Le TP de l’HB est spécifiquement utilisé pour réduire les symptômes typiques de ce TACA tels que l’impulsivité à manger, les orgies alimentaires ainsi que les émotions négatives ressenties [6]. Trois classes de médicaments (antidépresseurs, anticonvulsivants et agents anorexigènes) semblent efficaces pour réduire les fréquences d’orgies alimentaires et induire une perte de poids [7]. Mais bien que la médication pour traiter les symptômes associés à l’HB se soit montrée efficace, la psychothérapie (soit la thérapie cognitivo-comportementale) demeure le traitement de premier choix pour traiter l’HB [1, 6].

Antidépresseurs

Les ISRS (dont la fluoxétrine et la sertraline) constituent la catégorie d’antidépresseurs la plus étudiée pour le traitement de l’HB et montrent une amélioration des symptômes associés à l’HB, mais aussi au niveau des symptômes dépressifs et de l’anxiété souvent observée chez ces patients [1, 4, 6-10].

Médicaments induisant la perte de poids

La topimarate (anticonvulsivant aux propriétés coupe-faim), la sibutramine et le rimonabant (anorexigènes utilisés dans le traitement de l’obésité nutritionnelle) ainsi que le zonisamide (anti-épilectique ayant des propriétés coupe-faim) ont été étudiés chez les adultes souffrant d’HB et se sont montrés efficaces pour réduire les symptômes d’orgies alimentaires et pour induire une perte de poids [1, 4, 6-10]. Cependant, la sibutramine et le rimonabant sont désormais retirés du marché pour des raisons de sécurité au niveau de la santé cardiovasculaire (sibutramine) et d’événements psychiatriques indésirables (rimonabant) [4, 8-10] alors que la topimarate et le zonisamide présentent plusieurs effets secondaires indésirables (tels des maux de tête et de la somnolence pour la topimarate et un assèchement de la bouche, de la fatigue et des troubles de mémoire pour le zonisamide) les rendant moins attrayants [7, 8].

L’orlistat (inhibiteur de la lipase) facilite la perte de poids chez certains patients atteints d’HB, mais n’améliore pas sur les symptômes typiques de ce TACA [1, 4, 8, 9].

L’atomoxétine (de la famille des inhibiteurs sélectifs du recaptage de la norépinéphrine) est habituellement utilisée dans le traitement du trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité (TDAH). Elle est connue pour ses effets coupe-faim et serait efficace chez les patients-HB pour réduire la fréquence des symptômes et induire une perte de poids, mais n’aurait pas d’effets sur l’amélioration des symptômes dépressifs [1]. Le dimésylate de lisdexamfétamine (ou Vyvanse – nom commercial) est aussi une médication approuvée pour le traitement du TDAH qui s’est montrée efficace dans le traitement de l’HB modérée à sévère [11].

 

Traitements pharmacologiques du trouble de l’alimentation nocturne

Peu d’études se sont intéressées aux TP du NES.

Antidépresseurs

Golden et coll. [1] ont recensé un seul essai contrôlé où la sertraline (antidépresseur ISRS) a été utilisée pour traiter le NES. L’utilisation de ce médicament a été associée à une plus grande amélioration des symptômes du NES (incluant la diminution de la fréquence des réveils et des ingestions nocturnes) lorsque comparé au groupe placebo.

 

Références

  1. Golden, N.H. and E. Attia, Psychopharmacology of eating disorders in children and adolescents. Pediatric clinics of North America, 2011. 58(1): p. 121-138.
  2. Miniati, M., et al., Psychopharmacological options for adult patients with anorexia nervosa. CNS spectrums, 2015: p. 1-9.
  3. Cooper, M. and H. Kelland, Medication and psychotherapy in eating disorders: is there a gap between research and practice? Journal of eating disorders, 2015. 3(1): p. 1-8.
  4. McElroy, S.L., et al., Psychopharmacologic treatment of eating disorders: emerging findings. Current psychiatry reports, 2015. 17(5): p. 1-7.
  5. Marzola, E., et al., Atypical antipsychotics as augmentation therapy in anorexia nervosa. PloS one, 2015. 10(4): p. e0125569.
  6. Amianto, F., et al., Binge-eating disorder diagnosis and treatment: a recap in front of DSM-5. BMC psychiatry, 2015. 15(1): p. 1.
  7. Goracci, A., et al., Binge eating disorder: from clinical research to clinical practice. Journal of addiction medicine, 2015. 9(1): p. 20-24.
  8. Goracci, A., et al., Pharmacotherapy of binge-eating disorder: a review. Journal of addiction medicine, 2015. 9(1): p. 1-19.
  9. Reas, D.L. and C.M. Grilo, Pharmacological treatment of binge eating disorder: update review and synthesis. Expert opinion on pharmacotherapy, 2015. 16(10): p. 1463-1478.
  10. Brownley, K.A., et al., Pharmacological approaches to the management of binge eating disorder. Drugs, 2015. 75(1): p. 9-32.
  11. McElroy, S.L., et al., Lisdexamfetamine Dimesylate Effects on Binge Eating Behaviour and Obsessive–Compulsive and Impulsive Features in Adults with Binge Eating Disorder. European Eating Disorders Review, 2015.

Dernière mise à jour : 23 mars 2016 à 15h19

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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