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Masculinité

Le rapport des hommes aux services de santé


Les hommes consultent moins, mais pourquoi? Plusieurs chercheurs tentent de mieux comprendre ce qui nuit à la demande d’aide chez les hommes et ce qui pourrait être mis en place pour améliorer la situation. Voici un portrait de la réalité au Québec et les conclusions qui ressortent des diverses études à ce sujet.

Ce que vous devez retenir:

• La majorité des hommes préfèrent s’organiser seuls lorsqu’ils ont un problème.

• Plusieurs hommes entretiennent une certaine méfiance envers les services offerts.

• Le modèle de masculinité traditionnelle, le besoin d’autonomie, la faible connaissance des hommes à propos des services disponibles et la méconnaissance des besoins des hommes de la part des intervenants expliquent en partie le phénomène de sous-consultation observé chez les hommes.

Portrait de la situation

Bien que les hommes soient davantage touchés par les principales causes de décès au Canada [1], 73% d’entre eux n’ont pas de médecin de famille à Montréal, comparativement à 55% pour les femmes. Ils ont toutefois deux fois plus recours à l’urgence, où le dépistage des problèmes de santé est malheureusement moins optimal. Bien que les hommes et les femmes soient atteints dans les mêmes proportions par des problèmes de santé mentale, les hommes représentent seulement 38% de la clientèle en santé mentale des CLSC du Québec [2].

Bien que davantage de femmes reçoivent un diagnostic de dépression, on note trois fois plus de suicides chez les hommes [3]. La gravité de la dépression est souvent plus grande chez les hommes car ceux-ci tardent à consulter. Face à leurs problèmes, les hommes se retrouvent plus souvent seuls et démunis. D’ailleurs, une étude révèle que 85% des hommes questionnés préféraient s’organiser seuls en cas de problème [4].

 

Méfiance envers les services : pourquoi?

Plusieurs hommes entretiennent une certaine méfiance envers les services. Pour quelles raisons? L’équipe de recherche Masculinités & Société s’est penchée sur le sujet en réalisant une méta-synthèse à partir de 65 études publiées entre 2002 et 2013 et en analysant les résultats d’un sondage mené auprès de 2084 hommes [5].

D’après ce rapport, le modèle de masculinité traditionnelle expliquerait le phénomène de sous-consultation observé chez les hommes. Ceux qui se souscrivent aux normes de la masculinité traditionnelle nient leur souffrance et leurs faiblesses, restent en contrôle, se sentent invincibles, sont indépendants et stoïques [6]. Demander de l’aide pour un problème d’ordre physique ou mental n’est donc pas une option pour ces messieurs. Le tableau suivant est tiré du rapport de l’étude réalisée par le ROHIM (Regroupement des organismes pour hommes de l’île de Montréal) [7] et illustre les conséquences de la socialisation masculine pour les hommes et les services.

Tableau 1 : Conséquences de la socialisation masculine pour les hommes et les services [7]

Socialisation masculine Conséquences pour les hommes Adaptations nécessaires par les services
La demande d’aide est un signe de faiblesse. Ne demandent pas d’aide, même s’ils en ont grand besoin. Aller vers les hommes, plutôt que d’attendre qu’ils ne demandent de l’aide (politique de la main tendue).
Il ne faut demander de l’aide qu’en cas d’extrême nécessité. Ne consultent que lorsqu’ils ont épuisé toutes les autres options et que la situation s’est considérablement aggravée. Ils demandent alors une aide immédiate. Limiter les délais et les listes d’attente.
L’agressivité est perçue comme utile dans les situations d’urgence. Peuvent parler fort, gesticuler et exiger agressivement des services s’ils sont en grande souffrance. Savoir désamorcer les comportements agressifs et comprendre la demande sous-jacente.
L’aide extérieure est probablement inutile. Sont sceptiques à l’égard de l’aide fournie et abandonnent s’ils perçoivent que les résultats tardent à venir. S’assurer que dès la première rencontre, des résultats concrets soient présents.
L’expression des émotions doit être réprimée. Ne sont pas à l’aise avec le dévoilement de soi et les thérapies de la parole. Ils préfèrent se mettre en action et poser des gestes concrets. Offrir une aide moins axée sur l’expression des émotions, mais davantage sur l’action.
Tiré du rapport « Les hommes de la région de Montréal » réalisé par le ROHIM [7]

La quête d’autonomie est un aspect important pour les hommes et expliquerait en partie leur difficulté à demander de l’aide. Il est primordial pour eux de contrôler la situation et de conserver leur intimité. Il est préoccupant de constater que 70% des hommes se reconnaissent dans l’affirmation: « Mes problèmes, je préfère les garder pour moi » et que 60 % d’entre eux « […] hésite[nt] à demander de l’aide même si [ils savent] que ça pourrait [les] aider » [4].

La relation aux services dépend aussi de la scolarisation. Les hommes moins scolarisés sont les plus réticents à avoir recours aux services de santé. D’où l’importance, dans les stratégies établies pour rejoindre plus efficacement les hommes, de tenir compte de leur profil particulier. Rejoindre les hommes directement dans leur milieu est d’ailleurs une des stratégies proposées. La déconstruction du modèle de masculinité traditionnelle fait également partie de l’équation pour améliorer le rapport des hommes aux services. Tout comme l’importance de former les intervenants aux besoins et réalités masculines. Une méconnaissance de ceux-ci peut contribuer à l’éloignement des hommes des services et nuit à l’efficacité de leurs interventions [5].

Qu’est-ce que les hommes recherchent lorsqu’ils viennent consulter pour un problème de santé? Le caractère humain et personnalisé des interventions est crucial. Les hommes préfèrent une intervention basée sur l’action et des solutions concrètes. Les interventions en groupes peuvent être particulièrement efficaces avec ce type de clientèle. Une étude révèle que seul 12,6 % des hommes se soucient du sexe de l’intervenant [4]. Finalement, un rapport égalitaire entre l’usager et l’intervenant doit être favorisé [5].

 

Références

  1. Oliffe, J., et al., Men’s health in Canada: A 2010 update. Journal of Men’s Health, 2010. 7(3): p. 189-192.
  2. Roy, J., et al., Un portrait social et de santé des hommes au Québec : Des défis pour l’intervention. 2015, Québec: Masculinités & Société.
  3. Légaré, G., et al., La mortalité par suicide au Québec : 1981 à 2012 – Mise à jour 2015. 2015, Québec: Institut national de santé publique du Québec.
  4. Tremblay, G., et al., Où en sont les hommes québécois en 2014? Sondage sur les rôles sociaux, les valeurs et sur le rapport des hommes québécois aux services – Rapport préliminaire. 2015, Québec: Masculinités & Société.
  5. Roy, J., G. Tremblay, and D. Guilmette, Perceptions ds hommes québécois de leurs besoins psychosociaux et de santé ainsi que leurs rapports aux services : Méta-synthèse. 2014, Université Laval: Québec.
  6. Brooks, G.R., A New Psychotherapy for Traditional Men. 1998, San Francisco, CA: Jossey-Bass.
  7. Lajeunesse, S.L., et al., Les hommes de la région de Montréal : Analyse de l’adéquation entre leurs besoins psychosociaux et les services qui leur sont offerts. 2013, ROHIM: Montréal. p. 73.

Dernière mise à jour : 31 mars 2016 à 11h23

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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