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Questionnaire SCOFF pour dépister l’anorexie et la boulimie


Les professionnels de la santé qui soupçonnent chez leurs patients la présence d’anorexie ou de boulimie, deux troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA), peuvent utiliser des outils de dépistage, tels que le questionnaire SCOFF, pour les aider à déterminer une tendance de comportements alimentaires troubles  [1, 2]. Un dépistage précoce accélère ainsi la prise en charge clinique du patient, ce qui laisse entrevoir un meilleur pronostic [3, 4].

Ce que vous devez retenir:

• Le questionnaire SCOFF permet de dépister la présence potentielle d’anorexie ou de boulimie chez un patient afin de le référer ensuite aux bons professionnels de la santé pour établir un diagnostic officiel.

• Simple à utiliser et facile à mémoriser, le questionnaire SCOFF comprend cinq courtes questions. Un résultat est considéré positif lorsque le patient répond « oui » à au moins 2 questions.

• La fiabilité du questionnaire SCOFF a été validée majoritairement auprès d’une population féminine. Il serait intéressant d’évaluer sa fiabilité auprès de sujets masculins.

SCOFF : un questionnaire simple à utiliser

Développé en 1999 par Morgan et coll. [5], le questionnaire SCOFF a été conçu pour aider les professionnels de la santé à dépister la présence potentielle d’un TACA chez un patient [2, 4, 6-8]. Sa grande sensibilité et spécificité ont été confirmées dans plusieurs études [2-4, 6, 7]. Le questionnaire compte cinq questions dichotomiques (de type « oui/non ») et ne prend que 30 secondes à compléter [1, 3-5, 7]. Les questions concernent les habitudes alimentaires du patient ainsi que ses attitudes en lien avec son poids et son image corporelle [2]. Chaque « oui » compte pour 1 point. Un résultat égal ou supérieur à 2 points (c’est-à-dire lorsque le patient répond « oui » à au moins deux des cinq questions) est considéré positif, ce qui laisse entrevoir la présence potentielle d’un TACA. Un suivi clinique et médical est alors requis pour établir un diagnostic officiel [1, 3, 4]. Le SCOFF-F représente la version française dudit questionnaire [3, 4].

Le questionnaire SCOFF-F comprend les questions suivantes[1, 5, 6] :

• Vous faites-vous vomir lorsque vous avez une sensation de trop plein?
Oui/Non

• Êtes-vous inquiet(e) d’avoir perdu le contrôle des quantités que vous mangez?
Oui/Non

• Avez-vous récemment perdu plus de 6,8 kg (15 lb) en moins de 3 mois?
Oui/Non

• Vous trouvez-vous gros(se) alors même que les autres disent que vous êtes trop mince?
Oui/Non

• Diriez-vous que la nourriture domine votre vie?
Oui/Non

La validité du questionnaire SCOFF a été évaluée majoritairement avec des sujets féminins, il est donc pertinent de se demander si sa fiabilité est aussi importante chez des patients masculins.

Que signifie l’acronyme SCOFF? [5]

L’acronyme SCOFF représente les premières lettres des mots-clés (dans la version anglaise) des cinq questions du questionnaire:
S : Do you make yourself Sick (vomit) because you feel uncomfortably full?
C : Do you worry you have lost Control over how much you eat?
O : Have you recently lost more than One stone in a 3 month period?
F : Do you believe yourself to be Fat when others say you are too thin?
F : Would you say that Food dominates your life?

Comparaison du SCOFF avec d’autres outils de dépistage des TACA

Certaines études ont comparé l’efficacité du questionnaire SCOFF avec d’autres outils de dépistage des TACA.

 

SCOFF et ESP

Tout comme le questionnaire SCOFF, le questionnaire ESP (Eating Disorder Screen for Primary care) compte cinq courtes questions permettant de dépister la présence d’un TACA chez un patient ayant recours à des soins de santé primaires (visites chez le médecin de famille, conseils d’un pharmacien, consultations avec des infirmiers praticiens, etc.). Les questions évaluent non seulement les attitudes de la personne envers les aliments et le poids, mais aussi la présence (actuelle ou passée) d’un TACA [6]. Selon les résultats de Cotton et coll. [9], les questions du questionnaire SCOFF sont moins sensibles que celles du questionnaire ESP pour dépister un TACA. Ceci dit, Hill et coll. [6] croient que les questions du ESP sont plus difficiles à mémoriser d’un point de vue pratique que les questions du questionnaire SCOFF.

 SCOFF et EDE-Q

Le questionnaire EDE-Q (Eating Disorder Examination Questionnaire) fournit une évaluation complète de la psychopathologie des TACA (format d’auto-évaluation). Les résultats de Mond et coll. [8] montrent que le questionnaire EDE-Q performe mieux que le questionnaire SCOFF. Ceci dit, la concision du questionnaire SCOFF constitue un avantage considérable pour faciliter l’administration du questionnaire en clinique (comparativement au questionnaire EDE-Q qui nécessite plus de temps à répondre) [6, 8].

 SCOFF et EAT-26

Développé par Garner et Garfinkel [10, 11], le questionnaire EAT (Eating Attitudes Test) a pour but d’évaluer les comportements associés à l’anorexie, mais peut aussi être utilisé pour dépister un TACA chez un patient. Cet outil comprenait originalement 40 questions (EAT-40) [10], mais une version abrégée comprenant 26 questions (EAT-26) [11] a ensuite été élaborée et est maintenant la version la plus largement utilisée (et l’outil de dépistage le plus communément utilisé). Noma et coll. [7] ont comparé la performance du questionnaire SCOFF à celle du EAT-26. Les scores obtenus par ces deux questionnaires étaient positivement corrélés. Par conséquent, le questionnaire SCOFF est extrêmement valide pour détecter la présence de TACA, particulièrement l’anorexie et la boulimie [7].

 

Références

  1. Hague, A.L., Eating disorders: screening in the dental office. J Am Dent Assoc, 2010. 141(6): p. 675-8.
  2. Lähteenmäki, S., et al., Validation of the Finnish version of the SCOFF questionnaire among young adults aged 20 to 35 years. BMC Psychiatry, 2009. 9(1): p. 1-8.
  3. Garcia, F.D., et al., Detection of eating disorders in patients: validity and reliability of the French version of the SCOFF questionnaire. Clin Nutr, 2011. 30(2): p. 178-81.
  4. Garcia, F.D., et al., Validation of the French version of SCOFF questionnaire for screening of eating disorders among adults. World J Biol Psychiatry, 2010. 11(7): p. 888-93.
  5. Morgan, J.F., F. Reid, and J.H. Lacey, The SCOFF questionnaire: assessment of a new screening tool for eating disorders. Vol. 319. 1999. 1467-1468.
  6. Hill, L.S., et al., SCOFF, the development of an eating disorder screening questionnaire. Int J Eat Disord, 2010. 43(4): p. 344-51.
  7. Noma, S.I., et al., Comparison between the SCOFF Questionnaire and the Eating Attitudes Test in patients with eating disorders. International Journal of Psychiatry in Clinical Practice, 2006. 10(1): p. 27-32.
  8. Mond, J.M., et al., Screening for eating disorders in primary care: EDE-Q versus SCOFF. Behav Res Ther, 2008. 46(5): p. 612-22.
  9. Cotton, M.A., C. Ball, and P. Robinson, Four simple questions can help screen for eating disorders. J Gen Intern Med, 2003. 18(1): p. 53-6.
  10. Garner, D.M. and P.E. Garfinkel, The eating attitudes test : an index of the symptoms of anorexia nervosa. Psychological medecine, 1979. 9: p. 273-279.
  11. Garner, D.M., et al., The eating attitudes test: psychometric features and clinical correlates. Psychological medecine, 1982. 12(871-878).

 

 

 

Dernière mise à jour : 25 janvier 2016 à 12h11

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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