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Dépression

Quand la relation amoureuse devient toxique


Pour plusieurs troubles psychiatriques, une relation hostile, critique ou en difficulté avec son ou sa partenaire intime augmente le risque de persistance et de rechutes de la maladie [1]. Découvrez ici comment un ou une partenaire peut influencer le développement d’un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA).

Ce que vous devez retenir:

• Les hommes entretenant une préoccupation en lien à ce que peut penser un ou une partenaire potentiel(le) de leur apparence sont vulnérables au développement de symptômes reliés aux TACA.

• Les partenaires intimes (p. ex. époux(se), conjoint(e)) sont susceptibles d’exercer une grande influence sur l’image corporelle et sur l’internalisation d’un idéal de minceur des hommes et des femmes.

• Les difficultés maritales, intimes et amoureuses concomitantes seraient associées aux TACA et susceptibles d’en être des facteurs de maintien.

À la recherche d’un(e) partenaire

Avant même d’être en couple, il semble que d’être à la recherche d’un ou d’une partenaire intime soit source de préoccupations relatives à l’image corporelle. En effet, en documentant l’évolution culturelle des valeurs de jeunes hommes et femmes américaines, des chercheurs ont constaté de grands changements quant à l’importance accordée à différents critères lorsqu’ils sont à la recherche d’une personne à marier [2]. Ainsi, Buss et coll. (2001) [2] ont observé que de 1939 à 1996, avoir une belle apparence est un critère qui est passé du 14e au 8e rang des critères importants considérés par les hommes, tandis qu’il est passé de 17e au 13e rang pour les femmes.

Plus récemment, Fussner et coll. (2015) [3] ont exploré les perceptions que des hommes gais et hétérosexuels ont des préférences d’apparence physique d’un ou d’une partenaire potentiel(le) en relation avec des symptômes de TACA. Plus spécifiquement, ils ont investigué l’écart entre la silhouette corporelle des participants telle qu’ils se perçoivent et la silhouette corporelle désirée par un(e) partenaire potentiel(le) selon ces participants. Cet écart fut ensuite mis en relation avec les symptômes de TACA présentés par les participants. Tel qu’ils l’avaient prédit, cet écart était relié à plusieurs symptômes de TACA autant chez les hommes gais qu’hétérosexuels, comme la restriction et les préoccupations alimentaires et les préoccupations à l’égard du poids et de la silhouette. Les auteurs croient donc que, peu importe l’orientation sexuelle, les hommes qui entretiennent une préoccupation en lien à ce que peut penser un ou une partenaire potentiel(le) de leur apparence sont potentiellement vulnérables au développement de symptômes reliés aux TACA [3].

 

Le ou la partenaire : un catalyseur potentiel d’insatisfaction corporelle

Une fois en couple, les préoccupations relatives à l’image corporelle ne semblent pas s’atténuer. En raison de la montée du corps idéal masculin de type mésomorphe tel que dépeint dans les publicités et magazines de fitness, les hommes peuvent être particulièrement vulnérables à une augmentation de l’insatisfaction corporelle et à l’internalisation d’un idéal de minceur [4-6].

Selon Ramirez et coll. (2012) [7], cette  internalisation se produit notamment parce que les individus internalisent les attitudes approuvées ou socialement renforcées par des personnes significatives pour eux. Parmi les relations interpersonnelles significatives, les partenaires amoureux sont considérés comme l’une des sources d’influence les plus importantes. Dans une enquête nationale du Psychology Today [4], on constatait que 40% des femmes et 29% des hommes interrogés avaient répondu que l’opinion de leur partenaire à propos de leur apparence constituait un facteur qui favorisait leur insatisfaction corporelle. D’autres études ont également constaté que les critiques en lien avec le poids provenant des époux(ses) étaient reliées à une plus faible estime de soi (données non publiées de St. Peter 1997 [8], citées par Ramirez et coll. (2012) [7]) et une plus faible estime corporelle [9]. Les partenaires intimes des hommes et femmes adultes sont donc susceptibles d’exercer une grande influence sur l’image corporelle et sur l’internalisation d’un idéal de minceur [10].

Plus récemment, les chercheurs d’une autre étude observaient que l’anxiété d’attachement chez les adultes, décrite comme étant la peur de perdre son partenaire intime, était positivement associée à l’internalisation d’un idéal de minceur encouragé par les médias, qui à son tour était positivement reliée à l’insatisfaction corporelle [11]. Ces résultats mettent en évidence l’importance de continuer à explorer le rôle des partenaires amoureux comme facteurs de risque de TACA et de les considérer comme acteurs importants dans le traitement.

 

Les difficultés relationnelles peuvent-elles causer un TACA?

Arcelus et coll. (2015) [12] ont passé en revue la littérature scientifique disponible dans le domaine des TACA et des relations intimes et amoureuses. À la lumière de leur revue, les études suggèrent que des difficultés maritales, intimes et amoureuses concomitantes soient associées aux TACA et susceptibles d’être des facteurs de maintien de la maladie. Par contre, il est important de noter que dans plusieurs des études, on ne peut établir si les problèmes d’attachement interpersonnel constituent une cause des problèmes de TACA ou un effet de ceux-ci [13]. Il est également important d’insister sur la complexité de cette association et de la possibilité qu’il y ait des facteurs médiateurs qui influencent le TACA et la qualité de la relation, tels que la dépression et l’anxiété [14] et certains traits de personnalité comme l’affect négatif (que l’on définit comme une sensibilité aux stimuli négatifs) [15].

Malgré les différentes critiques émises par les auteurs pour plusieurs des études relevées, ceux-ci croient qu’il est important d’insister sur le fait que la recherche a clairement démontré que les patients souffrant de TACA présentent des difficultés relationnelles, des problèmes d’intimité et de l’insatisfaction maritale. Il n’est cependant pas clair encore si certaines de ces difficultés constituent des facteurs précipitants dans le développement des TACA. Cependant, il est clair que des problèmes potentiels au sein d’une relation amoureuse jouent un rôle dans le maintien des TACA. Bien que la direction de la causalité entre les deux ne soit pas encore claire, les conclusions de cette revue de littérature [12] suggèrent que la thérapie de couple mérite d’être prise en considération par les professionnels de la santé dans le traitement de patients souffrant de TACA.

 

Références

  1. Hooley, J. and J. Hiller, Family relationships and major mental disorder: Risk factors and preventive strategies., in Personal Relationships: Implications for Clinical and Community Psychology., B. Sarason and S. Duck, Editors. 2001, John Wiley: New York. p. 61-87.
  2. Buss, D.M., et al., A half century of mate preferences: The cultural evolution of values. Journal of Marriage and Family, 2001. 63(2): p. 491-503.
  3. Fussner, L.M. and A.R. Smith, It’s Not Me, It’s You: Perceptions of Partner Body Image Preferences Associated With Eating Disorder Symptoms in Gay and Heterosexual Men. Journal of homosexuality, 2015(ahead-of-print): p. 1-16.
  4. Garner, D., The 1997 body image survey results. . Psychology Today, 1997. 1(Jan-Feb): p. 30-84.
  5. Leit, R.A., J.J. Gray, and H.G. Pope, The media’s representation of the ideal male body: A cause for muscle dysmorphia? International Journal of Eating Disorders, 2002. 31(3): p. 334-338.
  6. Pope, H.G., et al., Muscle dysmorphia: An underrecognized form of body dysmorphic disorder. Psychosomatics, 1997. 38(6): p. 548-557.
  7. Ramirez, A.L., M. Perez, and A. Taylor, Preliminary examination of a couple-based eating disorder prevention program. Body image, 2012. 9(3): p. 324-333.
  8. St. Peter, C., Marital quality and psychosocial determinants of self-esteem and body image of mid-life women. 1997, Arizona State University: Unpublished doctoral dissertation.
  9. McKinley, N.M., Women and objectified body consciousness: mothers’ and daughters’ body experience in cultural, developmental, and familial context. Developmental psychology, 1999. 35(3): p. 760.
  10. Markey, C.N., P.M. Markey, and L.L. Birch, Interpersonal predictors of dieting practices among married couples. Journal of Family Psychology, 2001. 15(3): p. 464.
  11. Cheng, H.-L. and B. Mallinckrodt, Parental bonds, anxious attachment, media internalization, and body image dissatisfaction: Exploring a mediation model. Journal of Counseling Psychology, 2009. 56(3): p. 365.
  12. Arcelus, J., A. Yates, and R. Whiteley, Romantic relationships, clinical and sub-clinical eating disorders: A review of the literature. Sexual and Relationship Therapy, 2012. 27(2): p. 147-161.
  13. Broberg, A.G., I. Hjalmers, and L. Nevonen, Eating disorders, attachment and interpersonal difficulties: A comparison between 18-to 24-year-old patients and normal controls. European Eating Disorders Review, 2001. 9(6): p. 381-396.
  14. Evans, L. and E. Wertheim, Intimacy patterns and relationship satisfaction of women with eating problems and the mediating effects of depression, trait anxiety and social anxiety. Journal of Psychosomatic Research, 1998. 44(3): p. 355-365.
  15. Eggert, J., A. Levendosky, and K. Klump, Relationships among attachment styles, personality characteristics, and disordered eating. International Journal of Eating Disorders, 2007. 40(2): p. 149-155.

Dernière mise à jour : 25 janvier 2016 à 15h21

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