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Autres troubles

Pica ou l’obsession de manger des substances non comestibles


Le pica est un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) caractérisé par l’ingestion régulière de substances non nutritives et/ou habituellement non comestibles [1].

Ce que vous devez retenir:

• Le pica se caractérise par l’ingestion de substances non nutritives et/ou non comestibles, telles que du papier, de la terre ou du savon.

• Chez les adultes, le pica peut survenir autant chez les hommes que chez les femmes. La prévalence de ce trouble dans la population générale n’est pas claire.

Quand le pica pique la curiosité!

Le pica se définit par l’ingestion répétée pendant une période d’au moins 1 mois de substances non nutritives et/ou habituellement non comestibles pouvant nuire au développement normal de l’individu. Les substances ingérées varient selon l’âge et la disponibilité [1].

Substances non nutritives et/ou non comestibles souvent consommées chez les personnes atteintes de pica

Papier, tissu, cendres, ficelle, savon, cheveux, argile, laine, craie, peinture, métal, terre, cailloux, poudre de talc, charbon/charbon de bois, glace.

Pour parler de pica, l’ingestion de la substance non nutritive/non comestible ne doit pas représenter une pratique culturelle ou sociale normalement admise par un peuple. Par exemple, dans certaines cultures (particulièrement les cultures africaines et sud-américaines), la géophagie (le fait de manger de la terre) est une habitude très répandue à laquelle est associée des convictions spirituelles, médicales ou sociales [1].

 

Prévalence

La prévalence du pica dans la population générale n’est pas claire. Ce trouble peut survenir à tous les âges (enfance, adolescence, âge adulte), mais on dénote une plus grande incidence de pica chez les enfants [1]. Certains suggèrent un lien entre l’apparition d’un pica chez l’enfant et un sentiment de perte de contrôle et d’anxiété. Pour d’autres jeunes, l’apparition d’un pica peut plutôt prendre la forme d’une automutilation, dans le but de se blesser ou de mettre fin à ses jours [2]. Une étude rapporte d’ailleurs un cas d’une adolescente ayant tenté de se suicider en mangeant des morceaux d’éponges [3].

Chez les adultes, le pica toucherait davantage les personnes présentant un trouble de santé mentale (autisme, schizophrénie) ou une déficience intellectuelle. Il semblerait même y avoir une corrélation entre le nombre de diagnostics de pica et la sévérité du trouble mental de l’individu [1].

Le pica peut survenir autant chez les hommes que chez les femmes. Par contre, les groupes de personnes les plus susceptibles de développer un pica sont les femmes enceintes, les enfants (particulièrement de peuples africains) et les personnes présentant une anémie avec déficience en fer [1, 2, 4].

 

Critères diagnostiques

Dans l’ancienne version du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-IV), le pica se retrouvait dans la section des « Troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires de la 1ère ou 2ème enfance ». Le DSM-5 a déplacé le pica dans la section des TACA [2, 4]. Ce dernier ne représente donc plus uniquement un trouble de l’alimentation chez l’enfant [5].

Quatre critères doivent être présents afin de poser un diagnostic de pica [1]:

Critère A – Ingestion régulière de substances non nutritives/non comestibles pendant au moins 1 mois.

Critère B – L’ingestion de ces substances est inappropriée sur le plan du développement de l’individu.

Critère C – L’ingestion de ces substances n’est pas une pratique culturelle ou sociale admise par l’environnement de l’individu.

Critère D – Si le comportement survient dans un contexte d’un autre trouble de santé mentale (déficience intellectuelle, schizophrénie ou autisme) ou d’une condition médicale (incluant la grossesse), il est suffisamment sévère pour justifier un examen clinique.

Contrairement aux autres TACA qui sont mutuellement exclusifs (c’est-à-dire qu’on ne peut assigner qu’un seul diagnostic à la fois), le pica peut figurer en co-diagnostic avec un autre TACA, seulement s’il est jugé suffisamment sévère pour justifier une préoccupation médicale [1].

Considération particulière en lien avec l’anorexie

Considération particulière en lien avec l’anorexie

Une personne souffrant d’anorexie peut avoir certains comportements typiques de pica (par exemple manger du papier) dans le but de combler sa sensation de faim. Dans de tels cas, comme la consommation de substances non nutritives/non comestibles est utilisée pour contrôler le poids, l’anorexie devrait être le diagnostic principal [1].

Il n’est pas rare de remarquer des déficiences en certains nutriments (notamment en zinc ou en fer) chez les personnes avec un pica. Ceci dit, un pica peut se développer sans déficiences vitaminiques ou minérales ou sans anomalies biologiques spécifiques [1]. Cependant, une carence en fer semble augmenter l’envie de consommer de la terre (pica nommé géophagie) ou de croquer de la glace (pica nommé pagophagie).

Le diagnostic de pica survient habituellement suite à l’apparition de complications médicales sévères, tels un empoisonnement, des douleurs abdominales chroniques, de l’anémie (ou d’autres déficiences nutritionnelles), de la constipation ou des complications gastro-intestinales (obstruction et/ou perforation intestinale) [1, 2].

On parle de rémission lorsque tous les critères diagnostiques du pica ont été atteints et que ces caractéristiques ne sont plus présentes chez l’individu depuis une période de temps suffisamment significative [1] (la période de temps n’est pas précisée dans le DSM-5, elle dépend du jugement clinique).

 

Références 

  1. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  2. Kelly, N.R., et al., Pediatric feeding and eating disorders: current state of diagnosis and treatment. Curr Psychiatry Rep, 2014. 16(5): p. 446.
  3. Zganjer, V., et al., Suicide attempt by swallowing sponge or pica disorder: a case report. Acta Medica, 2011. 54(2): p. 91-93.
  4. Delaney, C.B., et al., Pica and rumination behavior among individuals seeking treatment for eating disorders or obesity. Int J Eat Disord, 2014.
  5. Call, C., B.T. Walsh, and E. Attia, From DSM-IV to DSM-5: changes to eating disorder diagnoses. Curr Opin Psychiatry, 2013. 26(6): p. 532-6.

Dernière mise à jour : 3 juin 2015 à 11h16

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