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Autres troubles

Ostéoporose : une complication importante de l’anorexie


Selon Ostéoporose Canada, « l’ostéoporose est une maladie caractérisée par une faible masse osseuse et une détérioration du tissu osseux qui entraine une plus grande fragilité des os et augmente les risques de fractures (particulièrement de la hanche, de la colonne vertébrale et du poignet) » [1]. L’anorexie, un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA), souvent associée à une dénutrition sévère, peut être à l’origine d’une faible densité minérale osseuse (DMO) engendrant à plus ou moins long terme des problèmes osseux importants telles une ostéopénie, une ostéoporose et/ou des fractures [2-8].

Ce que vous devez retenir:

• L’ostéopénie, l’ostéoporose et des fractures associées à une faible DMO constituent des complications courantes de l’anorexie.

• Selon plusieurs études, les hommes anorexiques seraient plus à risque de développer une faible DMO et de l’ostéoporose que les femmes anorexiques.

Le lien entre l’ostéoporose et l’anorexie

Les facteurs de risque associés à l’ostéoporose sont nombreux et incluent habituellement l’âge, le sexe et les antécédents familiaux. Une ostéoporose dite primaire survient à la suite d’une ménopause chez la femme ou conséquemment au processus de vieillissement chez la femme et chez l’homme. Ce type d’ostéoporose est le plus commun et regroupe 80% de tous les cas d’ostéoporose, dont la prévalence est plus importante chez les femmes. Cependant, d’autres facteurs peuvent engendrer une perte de masse osseuse, provoquant ainsi un amincissement des os et un plus grand risque d’ostéoporose et de fractures. On parle alors d’ostéoporose secondaire, puisque celle-ci survient à la suite d’une autre condition médicale ou de modes de vie dommageables à la santé (comme la cigarette ou l’abus d’alcool). Bien que ce type d’ostéoporose soit moins commun, il est de plus en plus remarqué, particulièrement chez les hommes (chez qui 40% à 60% de tous les cas d’ostéoporose sont de type secondaire) [8].

Parmi les conditions influençant la diminution de la DMO, on compte certains TACA, particulièrement l’anorexie qui constitue un facteur de risque de l’ostéopénie, de l’ostéoporose et de fractures, puisqu’elle accélérerait la déminéralisation osseuse [3-10].

Puisque davantage de femmes sont touchées par l’anorexie [10, 11], la majorité des études relatant un lien entre ce TACA et l’ostéoporose regroupent des sujets féminins [2, 6, 9]. Ceci dit, les hommes comptent tout de même pour 10% des cas d’anorexie [5, 11] et les conséquences au niveau osseux chez ces patients sont tout aussi importantes que chez les femmes, sinon plus. En effet, il semblerait que la perte osseuse chez des sujets masculins anorexiques soit plus prononcée que chez les sujets féminins présentant ce même TACA en raison de la réduction importante du taux de testostérone [6, 9].

Chez les sujets anorexiques, la déminéralisation osseuse s’explique principalement par un taux de résorption osseuse plus élevé que celui de formation osseuse, résultant en une perte nette de masse osseuse. Les conditions influençant une telle perte osseuse sont multifactorielles et complexes. De façon générale, un faible poids corporel ainsi qu’un bas niveau de l’IGF-1 (insulin-like growth factor 1), deux caractéristiques typiques de l’anorexie, se traduisent en un déséquilibre de la fonction des ostéoblastes et des ostéoclastes au niveau osseux. Chez les femmes anorexiques, la durée de la maladie et la prolongation de l’aménorrhée (absence des règles) constituent des facteurs aggravant de la déminéralisation osseuse. Chez les hommes anorexiques, une faible masse maigre ainsi qu’un niveau de testostérone* bas sont des conditions généralement associées à une DMO plus faible, et donc à un plus grand risque de développer l’ostéoporose. De plus, une faible DMO est habituellement associée à un risque accru de fractures, autant chez les femmes que chez les hommes [2-7, 9].

Une prolongation de la durée de la maladie (i.e. l’anorexie) représente aussi un facteur de risque de la déminéralisation osseuse. Lorsque celle-ci se prolonge au-delà de 12 mois, le patient présente une plus grande perte de masse osseuse [4]. De plus, Mehler et coll. soulignent que chaque année additionnelle de la maladie d’anorexie augmente le risque de développer de l’ostéoporose de 57% [6].

*Les mécanismes expliquant l’intervention de la testostérone sur la santé des os demeurent encore mal compris à ce jour[6].

 

L’ostéoporose chez les hommes anorexiques

Le pic de masse osseuse est atteint tôt chez les jeunes hommes, autour de 20 ans, et permet de prévenir le développement de problèmes osseux telle l’ostéoporose à long terme [1]. Puisque les TACA débutent souvent à l’adolescence, ces patients risquent d’atteindre de plus faibles pics de masse osseuse si aucun diagnostic n’est posé et que les interventions thérapeutiques sont retardées. Ceci explique en partie pourquoi l’anorexie est associée à des risques plus élevés de fractures à long terme [6]. De plus, lorsqu’un retard de croissance est noté chez les garçons anorexiques, celui-ci ne peut pas toujours être rattrapé, même après l’atteinte d’un poids dans des cibles normales [4].

Selon plusieurs études, les hommes anorexiques seraient plus à risque de développer une faible DMO et de l’ostéoporose que les femmes anorexiques, et ce même si la durée de la maladie d’anorexie est plus courte. Dans l’étude de Mehler et coll. [6], 65% des 70 hommes anorexiques avait développé de l’ostéopénie et 26% de l’ostéoporose [5]. Il semblerait aussi que les hommes présenteraient des fractures à une DMO plus élevée que les femmes [6, 12].

Ostéopénie

L’ostéopénie désigne une baisse de la densité osseuse qui précède l’ostéoporose.

Traitement

Le retour à un poids corporel normal constitue une étape essentielle pour rétablir la DMO [2, 3]. En effet,  cette prise de poids chez les hommes permet de recouvrer un taux normal de testostérone, un facteur important dans le maintien d’une masse osseuse saine [6, 7]. Il est donc important pour les professionnels de la santé d’être en mesure de reconnaître les TACA chez un sujet masculin et de débuter un traitement le plus rapidement possible pour éviter des conséquences sur la santé à plus ou moins long terme, telles l’ostéopénie, l’ostéoporose et des fractures. Bowden et coll. suggèrent qu’un diagnostic rapide d’anorexie (soit dès l’apparition des symptômes) chez les jeunes patients est essentiel pour éviter des complications à long terme, puisqu’une réduction de la DMO de l’ordre de 10% peut tripler les risques de fractures à l’âge adulte [4]. Pour éviter de telles complications, Mehler suggère de faire passer une densitométrie osseuse (ou ostéodensitométrie) aux patients anorexiques (dont les symptômes sont considérés modérés à sévères) lorsque la maladie se poursuit au-delà de 6 à 12 mois [6]. Cependant, puisque les garçons consultent souvent plus tardivement les professionnels de la santé, leur risque d’une faible DMO perdure.

 

Références

  1. Ostéoporose Canada. Available from: www.osteoporosecanada.ca.
  2. Misra, M., et al., Bone metabolism in adolescent boys with anorexia nervosa. J Clin Endocrinol Metab, 2008. 93(8): p. 3029-36.
  3. Misra, M. and A. Klibanski, Anorexia nervosa and bone. J Endocrinol, 2014. 221(3): p. R163-76.
  4. Bowden, D.J., F. Kilburn-Toppin, and D.J. Scoffings, Radiology of Eating Disorders: A Pictorial Review. RadioGraphics, 2013. 33: p. 1171-1193.
  5. Meczekalski, B., A. Podfigurna-Stopa, and K. Katulski, Long-term consequences of anorexia nervosa. Maturitas, 2013. 75(3): p. 215-20.
  6. Mehler, P.S., et al., High risk of osteoporosis in male patients with eating disorders. Int J Eat Disord, 2008. 41(7): p. 666-72.
  7. Rigotti, N.A., R.M. Neer, and L. Jameson, Osteopenia and Bone Fractures in a Man With Anorexia Nervosa and Hypogonadism. The Journal of the American Medical Association, 1986. 256(3): p. 385-388.
  8. Templeton, K., Secondary Osteoporosis. J Am Acad Child Orthop Surg, 2005. 13: p. 475-486.
  9. Andersen, A.E., T. Watson, and J. Schlechte, Osteoporosis and osteopenia in men with eating disorders. The Lancet, 2000. 355(9219): p. 1967-1968.
  10. Tomlinson, D. and S.L. Morgan, Eating disorders and bone. J Clin Densitom, 2013. 16(4): p. 432-8.
  11. Gueguen, J., et al., Severe anorexia nervosa in men: comparison with severe AN in women and analysis of mortality. Int J Eat Disord, 2012. 45(4): p. 537-45.
  12. Norris, M.L., et al., An examination of medical and psychological morbidity in adolescent males with eating disorders. Eat Disord, 2012. 20(5): p. 405-15.

Dernière mise à jour : 14 mars 2016 à 9h17

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