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Orthorexie

Orthorexie : quand manger santé tourne à la frénésie


Préoccupation excessive à l’égard de la qualité de la nourriture, l’orthorexie représente un souci maladif de manger sainement. C’est le médecin américain Steven Bratman qui fut le premier à parler d’orthorexie en 1997 [3, 4]. Il décrit ce trouble comme une dépendance à l’alimentation saine ou encore une fixation sur les aliments sains (ou la nourriture saine) [2, 5].

Ce que vous devez retenir:

• L’orthorexie est une préoccupation excessive quant à la qualité des aliments consommés. La personne pousse à l’extrême l’idée d’une alimentation équilibrée en privilégiant des aliments sains et en omettant de manger des aliments (ou des nutriments) qu’elle considère nuisibles.

• L’orthorexie n’est pas considéré comme un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires et ne figure pas dans le DSM-5.

• Il existe peu d’informations épidémiologiques quant à l’orthorexie. Cependant, la prévalence semble plus importante chez certains groupes de personnes, comme les professionnels de la santé et les artistes, mais il ne semble pas y avoir de différences de prévalence entre les hommes et les femmes.

Comprendre l’orthorexie

Sur le plan clinique, l’orthorexie se décrit comme étant une dépendance à l’alimentation saine, où la qualité de l’alimentation représente l’emphase principale dans la symptomatologie. Le goût et le plaisir de manger deviennent des facteurs moins importants, tandis que la valeur nutritive et la salubrité des aliments sont perçues comme des éléments essentiels [2].

Pour la personne orthorexique, les aliments sont classés selon deux catégories : « bons » ou « mauvais » pour la santé [6, 7]. Il faut privilégier les aliments sains et éviter complètement les aliments considérés comme nocifs. La personne pousse ainsi à l’extrême l’idée d’une saine alimentation en planifiant longuement son menu afin de réduire sa consommation de nutriments « nuisibles », tels le sucre, les matières grasses, le sel, les produits chimiques (comme les pesticides, le mercure, etc.) ou toute autre substance qu’elle considère néfaste pour sa santé [1, 7].

La personne orthorexique délaisse peu à peu ses aliments préférés, ce qui par conséquent réduit la variété alimentaire de son menu [2, 9].

Orthorexie vient des mots grecs « orthós » qui signifie correct/juste et « orexsis » qui signifie appétit [1].

 

Les causes possibles

Selon Bratman, l’orthorexie débute par une habitude sans importance notable entreprise pour améliorer la santé ou corriger une maladie. On dénote habituellement chez ces personnes une forte autodiscipline et un sentiment de supériorité morale envers ceux qui mangent de la malbouffe. S’ensuit alors un souci de manger des aliments plus sains de plus en plus souvent et de passer plus de temps à la planification, l’achat et la consommation de ceux-ci. Le contrôle que s’impose la personne sur ses habitudes alimentaires est perçu comme gratifiant par celle-ci, alors que lorsque les règles ne sont pas suivies ou sont transgressées, la personne vit de la culpabilité, une anxiété intense et un sentiment de honte [2, 5, 9].

Anorexie et orthorexie : quelques différences

Contrairement à la personne anorexique qui vise à réduire sa quantité d’aliments consommés quotidiennement (par peur de prendre du poids), l’orthorexique focusse davantage sur la qualité nutritionnelle de son alimentation, souvent au détriment de la notion de plaisir. Même si les préoccupations en lien avec le poids ne sont pas les mêmes, l’anorexie et l’orthorexie se rejoignent au niveau de la privation, du contrôle et des sacrifices imposés [2].
Il n’est tout de même pas rare de constater une perte de poids chez des personnes orthorexiques, à cause de leurs nombreuses restrictions alimentaires. Ceci complique parfois la différenciation entre orthorexie et anorexie [2].
Contrairement à l’anorexie qui figure dans le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) [8], l’orthorexie n’est pas considérée comme un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires [5].

 

Qui est touché par l’orthorexie?

Bien qu’il existe peu d’informations épidémiologiques concernant l’orthorexie [2], depuis quelques années, le nombre de personnes qui présentent une préoccupation extrême quant à l’idée de manger sainement est en hausse [7]. Dans la population en général, la prévalence de l’orthorexie serait de 6,9%. Cependant, ce chiffre augmenterait à 35 à 57,8% pour certains groupes plus à risque, comme les professionnels de la santé (diététistes et autres professionnels de la santé tels les étudiants en médecine) et les artistes [2-4, 9].

Lorsqu’on compare les différences de prévalence entre les hommes et les femmes, il ne semble pas y avoir de consensus. Certaines études montrent une obsession plus marquée chez les hommes alors que d’autres dénotent une tendance orthorexique plus élevée chez les femmes. Toutefois, certaines études montrent une prévalence similaire entre les hommes et les femmes. Ceci s’expliquerait par un comportement socioculturel propre à chacun à l’égard de l’apparence physique, ce qui est indépendant du genre [1, 2, 9].

 

Reconnaître les signes de l’orthorexie

L’omniprésence de conseils reliés à la santé et à l’alimentation dans les médias pourrait être en cause dans le développement de l’orthorexie [3, 7].

Alors que la population générale applique un certain nombre de conseils quant à leur alimentation pour améliorer leur santé, la personne souffrant d’orthorexie se conformera à toutes les recommandations nutritionnelles qui lui sont suggérées (sans rien omettre) et ce, sans raison médicale. Par exemple, une personne souffrant d’hypercholestérolémie adoptera un régime alimentaire particulier pour abaisser/normaliser son taux de lipides sanguins. Une personne orthorexique s’imposera volontairement le même régime contraignant sans même avoir de problèmes de santé particuliers.

Une personne orthorexique ne dérogera jamais aux recommandations nutritionnelles : elle consommera toutes les portions de légumes et de fruits recommandés à chaque jour, elle s’assurera de manger le nombre minimal de repas de poissons par semaine, elle évitera de consommer toutes sources de pesticides en optant pour une alimentation entièrement biologique, etc.

Certaines personnes vivant une préoccupation extrême quant à la qualité nutritionnelle de leur alimentation pousseront leur obsession jusqu’à refuser de manger par exemple des fruits (pourtant considérés comme « bons » pour la santé) si le temps de cueillette dépasse 1 heure (parce que le contenu en vitamines des fruits diminue après un certain nombre de temps suivant la cueillette). D’autres adopteront certaines manies comme mâcher au moins 50 fois leurs aliments avant de les avaler pour maximiser l’absorption des nutriments dans l’organisme.

Plusieurs choisissent aussi d’adhérer à des diètes populaires très restrictives et difficiles à suivre; habituellement, plus les règles alimentaires sont exigeantes, plus la personne désire suivre le régime [1, 3, 6, 7].

Le plaisir de manger passe donc en second plan pour la personne orthorexique, puisqu’elle mise d’abord et avant tout sur la qualité nutritionnelle de ses aliments (généralement perçus comme un médicament pouvant la protéger de tous les maux), bien souvent au détriment de ce qu’elle souhaiterait réellement manger [2]. Certains choisiront même de ne pas manger et de jeûner plutôt que de consommer un aliment considéré comme « impur » et/ou nuisible à leur santé [3, 4, 7].

En plus de l’angoisse omniprésente à bien manger, l’orthorexie peut aussi provoquer à long terme des problèmes de santé telles des carences alimentaires ou même de la malnutrition dues aux contraintes alimentaires strictes que la personne s’impose [3]. Un régime alimentaire inadéquat et/ou mal équilibré peut aussi mener à une perte de poids importante. D’autres problèmes de santé peuvent aussi survenir dus aux choix alimentaires très restrictifs tels des troubles gastro-intestinaux, de l’inflammation gastrique ou d’autres maux induits par une alimentation déficiente ou même la privation [2, 7].

Avec le temps, l’orthorexique a tendance à s’isoler puisque les repas offerts dans diverses activités sociales ne correspondent pas toujours à ses exigences. Des conflits avec la famille et les amis peuvent aussi survenir, à cause de discours moralisateurs et rigides sur la saine alimentation que la personne orthorexique impose à son entourage [2, 6, 7].

 

Évaluer les préoccupations

Bratman a élaboré un questionnaire permettant de détecter les préoccupations qu’a une personne face à son alimentation. Cependant, d’autres outils diagnostics, inspirés du questionnaire de Bratman, ont été développés pour reconnaître l’orthorexie chez une personne [2, 4, 5, 9].

L’ORTO-15 permet d’évaluer la présence de comportements associés à l’orthorexie. Il compte 15 questions à choix multiples [4, 9].

L’ORTO-11 est une adaptation turque du questionnaire ORTO-15 qui exclut 4 items non spécifiques à l’orthorexie [2, 5].

 

Références 

  1. Ramacciotti, C.E., et al., Orthorexia nervosa in the general population: A preliminary screening using a self-administered questionnaire (ORTO-15). Eating Weight Disord, 2011. 16: p. e127-e130.
  2. Varga, M., et al., Evidence and gaps in the literature on orthorexia nervosa. Eat Weight Disord, 2013. 18(2): p. 103-11.
  3. Donini, L.M., et al., Orthorexia nervosa: A preliminary study with a proposal for diagnosis and an attempt to measure the dimension of the phenomenon. Eating Weight Disord, 2004. 9: p. 151-157.
  4. Donini, L.M., et al., Orthorexia nervosa: Validation of a diagnosis questionnaire. Eating Weight Disord, 2005. 10: p. e28-e32.
  5. Varga, M., et al., When eating healthy is not healthy: orthorexia nervosa and its measurement with the ORTO-15 in Hungary. BMC Psychiatry, 2014. 14: p. 59.
  6. Mathieu, J., What is orthorexia? J Am Diet Assoc, 2005. 105(10): p. 1510-2.
  7. Bagci Bosi, A.T., D. Camur, and C. Guler, Prevalence of orthorexia nervosa in resident medical doctors in the faculty of medicine (Ankara, Turkey). Appetite, 2007. 49(3): p. 661-6.
  8. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  9. Brytek-Matera, A., et al., Adaptation of the ORTHO-15 test to Polish women and men. Eat Weight Disord, 2014. 19(1): p. 69-76.

Dernière mise à jour : 25 janvier 2016 à 15h16

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