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Night Eating Disorder

Night Eating Syndrome ou trouble de l’alimentation nocturne


Le trouble de l’alimentation nocturne, plus connu sous le nom Night Eating Syndrome (NES), se caractérise par une anorexie en début de journée, une hyperphagie en soirée et/ou une consommation d’aliments la nuit, le tout accompagné d’insomnie [1]. Ce trouble, relativement nouveau et encore peu connu, serait plus prévalent notamment chez les obèses en processus de perte de poids, chez les personnes aux prises avec un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) et chez les insomniaques. Les hommes et les femmes semblent être affectés par ce trouble dans les mêmes proportions [2, 3].

Ce que vous devez retenir:

• La prévalence du NES est plus importante chez les personnes en processus de perte de poids, chez ceux qui présentent déjà un TACA et chez les insomniaques, mais il ne semble pas y avoir de différence de prévalence entre les hommes et les femmes.

• Le NES se caractérise par une anorexie matinale, une hyperphagie en soirée et/ou une consommation alimentaire nocturne et est souvent associé à une détérioration de l’humeur (surtout en soirée) et à de l’anxiété.

• Les causes soupçonnées jusqu’à présent sont d’ordre génétique et hormonal. Un événement stressant est souvent à l’origine du développement du NES.

• Les traitements ayant démontrés des résultats prometteurs jusqu’à maintenant sont la thérapie cognitivo-comportementale, la luminothérapie et la médication avec les ISRS.

Les critères diagnostics et cliniques

Le NES figure parmi les autres troubles spécifiés de l’alimentation et des conduites alimentaires du DSM-5 [4]. C’est en 2008 que les critères diagnostics officiels du NES ont été présentés lors d’un premier symposium sur le sujet [5]. Les critères en question sont les suivants :

A. Le comportement alimentaire se caractérise par une augmentation de la consommation alimentaire en soirée et/ou la nuit. Il se manifeste par un ou les critères suivants :

1. Au moins 25 % de l’apport énergétique est consommé après le repas du soir.
2. Présence d’au moins deux épisodes d’alimentation nocturne par semaine.

B. Les personnes sont conscientes et se souviennent de leurs épisodes d’alimentation nocturne.

C. Le portrait clinique est caractérisé par au moins trois des aspects suivants :

1. Désintérêt à manger le matin et/ou omission du déjeuner 4 fois et plus par semaine.
2. Présence d’un sentiment d’urgence de manger entre le souper et le coucher et/ou pendant la nuit.
3. Présence d’insomnie 4 nuits ou plus par semaine.
4. Croyance de devoir manger afin de pouvoir se rendormir.
5. Humeur fréquemment dépressive et/ou détérioration de l’humeur en soirée.

D. Le trouble est associé à une importante détresse ou à une altération du fonctionnement de l’individu.

E. Le trouble est présent depuis au moins 3 mois.

F. Le trouble n’est pas secondaire à l’abus ou à la dépendance de substances, à des problèmes médicaux, à des médicaments, ni tout autre trouble psychiatrique.

Le NES apparaît généralement entre la fin de l’adolescence et la fin de la vingtaine et coïncide souvent avec un événement particulièrement stressant [6-8]. La prévalence chez la population générale est d’environ 1,5 %, alors que chez les obèses, elle serait plutôt de l’ordre de 10 % [9, 10]. La différence de prévalence selon le sexe varie dans les études selon la base de données utilisée. Quelques études observent une prévalence plus élevée chez les hommes, mais la majorité conclut plutôt qu’il n’y pas de différence selon le genre [11]. Aucune étude actuellement ne traite du NES chez les hommes en particulier. Pour l’instant, il n’est pas possible de savoir si ce trouble se présente d’une façon spécifique chez ceux-ci.

Tout comme l’hyperphagie boulimique, le NES n’est pas accompagné de comportement compensatoire. Par contre, les collations en soirée sont beaucoup moins volumineuses en termes de calories que lors des crises d’hyperphagie. Elles sont toutefois plus fréquentes et associées à de plus importants troubles du sommeil [12]. La sévérité du trouble augmente lorsque la personne se lève la nuit pour manger [13].

Quelles sont les causes?

Les raisons pour lesquelles certaines personnes développent le NES sont encore incertaines et nécessitent de plus amples recherches. Toutefois, on soupçonne une prédisposition génétique puisque ce trouble est souvent présent chez plusieurs membres d’une même famille. Aussi, un dérèglement hormonal pourrait être en cause, notamment en ce qui concerne la mélatonine, qui régule le sommeil, la leptine, qui contrôle en partie la faim, et le cortisol, une hormone de stress. La diminution des taux de mélatonine et de leptine en soirée retarderait le rythme circadien de l’alimentation, ce qui viendrait par le fait même interférer avec le sommeil. L’apparition du NES est la plupart du temps déclenchée par un événement stressant, survenant chez des personnes particulièrement vulnérables au stress [12].

Comment intervenir

Plusieurs questionnaires ont été développés et améliorés ces dernières années afin de permettre l’évaluation et le diagnostic du NES. Parmi les plus utilisés, on retrouve le Night Eating Questionnaire (NEQ) qui évalue 4 aspects du trouble : la consommation alimentaire nocturne, l’hyperphagie en soirée, l’anorexie en matinée ainsi que l’humeur et le sommeil [14]. Le Night Eating Diagnostic Questionnaire (NEDQ), quant à lui, comprends 21 questions et se remplie facilement en 15 minutes [5].

Les traitements utilisés jusqu’à maintenant se présentent sous deux axes. Le premier concerne le traitement psychologique. La thérapie cognitivo-comportementale, de même que la luminothérapie, semblent être des traitements prometteurs [12]. En parallèle, le recours à la médication peut également aider à l’amélioration des symptômes. Les inhibiteurs sélectifs du recaptage de la sérotonine (ISRS), notamment la sertraline (Zoloft), seraient les plus efficaces jusqu’à présent [15].

Le livre Overcoming Night Eating Syndrome : A step-by-step guide to breaking the cycle [8] aborde la guérison du NES selon plusieurs axes, entre autres via  l’éducation de saines habitudes alimentaires, l’hygiène de sommeil, des stratégies de relaxation, la pratique d’activités physiques et la restructuration cognitive. Un autre livre, Night Eating Syndrome : Research, Assessment and Treatment, [16] est également un outil intéressant, spécifique aux professionnels de la santé.

En conclusion

Les professionnels de la santé doivent être attentifs aux symptômes du NES chez leurs patients, notamment chez ceux qui sont en processus de perte de poids, qui présentent déjà un TACA ou qui font de l’insomnie. Chez ces populations plus spécifiques, il est important d’évaluer l’humeur, le niveau d’anxiété, l’alimentation et le sommeil. Les troubles du sommeil peuvent être associés au développement du diabète, de l’obésité, de l’hypertension artérielle et de maladies cardio-vasculaires [17-20]. Les personnes qui souffrent du NES et qui présentent le critère de l’insomnie sont donc possiblement plus à risque du syndrome métabolique, d’où l’importance de les identifier et de les prendre en charge le plus tôt possible.

Une étude [21] réalisée aux États-Unis a démontré que 61 % des patients atteints du NES étaient insatisfaits du traitement offert par leur médecin. Le trouble était, pour la plupart, non identifié ou simplement non traité. Il peut être embarrassant pour un patient de faire part de ses comportements alimentaires nocturnes. Le fait d’identifier le problème et de nommer le type de TACA auquel ils font face peut les soulager et les aider à mieux comprendre leurs agissements. Afin de préserver la confiance du patient envers les professionnels de la santé qui l’entourent, ceux-ci se doivent d’être à l’affût de ce type de trouble et de le prendre au sérieux.

 

Références                                                                                               

  1. Suntkard, A., et al., Binge eating disorder and the night-eating syndrome. International Journal of Obesity, 1996. 20: p. 1-6.
  2. Lundgren, J.D., et al., Prevalence of the Night Eating Syndrome in a Psychiatric Population. Am J Psychiatry, 2006. 163: p. 156-158.
  3. Calugi, S., R. Dalle Grave, and G. Marchesini, Night eating syndrome in class II-III obesity: metabolic and psychopathological features. Int J Obes (Lond), 2009. 33(8): p. 899-904.
  4. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  5. Allison, K.C., et al., Proposed diagnostic criteria for night eating syndrome. Int J Eat Disord, 2010. 43(3): p. 241-7.
  6. Marshall, H.M., et al., Night eating syndrome among nonobese persons. Int J Eat Disord, 2004. 35(2): p. 217-22.
  7. Napolitano, M.A., Binge Eating Disorder and Night Eating Syndrome: Psychological and Behavioral Characteristics. Int J Eat Disord, 2001. 30: p. 193-203.
  8. K. C. Allison, A.J.S., s. L. Their, Overcoming night eating syndrome. 2004, Oakland, CA: New Harbinger.
  9. The University of Pennsylvania Health System. New Study Shows Night Eating Syndrome Characterized by Eating, Sleeping and Mood Dysfunction.  [cited 2014 14 mai]; Available from: http://www.uphs.upenn.edu/news/News_Releases/aug99/nighteat.shtml
  10. Rand, C.S.W., A.M.C. Macgregor, and A.J. Stunkard, The Night Eating Syndrome in the General Population and among Postoperative Obesity Surgery Patients. Int J Eat Disord, 1996. 22: p. 65-69.
  11. Striegel-Moore, R.H., et al., Night Eating: Prevalence and Demographic Correlates. Obesity, 2006. 14(1): p. 139-147.
  12. Vander Wal, J.S., Night eating syndrome: a critical review of the literature. Clin Psychol Rev, 2012. 32(1): p. 49-59.
  13. Colles, S.L., J.B. Dixon, and P.E. O’Brien, Night eating syndrome and nocturnal snacking: association with obesity, binge eating and psychological distress. Int J Obes (Lond), 2007. 31(11): p. 1722-30.
  14. Allison, K.C., et al., The Night Eating Questionnaire (NEQ): psychometric properties of a measure of severity of the Night Eating Syndrome. Eat Behav, 2008. 9(1): p. 62-72.
  15. O’Reardon, J.P., et al., A Randomized, Placebo-Controlled Trial of Sertraline in the Treatment of Night Eating Syndrome. Am J Psychiatry, 2006. 163: p. 893-898.
  16. J. D. Lundgren, K.C.A., A. J. Stunkard, Night eating syndrome: Definition, assessment and treatment. 2012, New York: Guilford.
  17. Gangwisch, J.E., et al., Sleep Duration as a Risk Factor for Diabetes Incidence in a Large US Sample. Sleep, 2007. 30(12): p. 1667-1673.
  18. Knutson, K.L., et al., The metabolic consequences of sleep deprivation. Sleep Med Rev, 2007. 11(3): p. 163-78.
  19. Takama, N. and M. Kurabayashi, Influence of untreated sleep-disordered breathing on the long-term prognosis of patients with cardiovascular disease. Am J Cardiol, 2009. 103(5): p. 730-4.
  20. Gottlieb, D.J., et al., Association of Usual Sleep Duration With Hypertension: The Sleep Heart Health Study. Sleep, 2006. 29(8): p. 1009-1014.
  21. Goncalves, M.D., et al., The treatment of night eating: the patient’s perspective. Eur Eat Disord Rev, 2009. 17(3): p. 184-90.

Dernière mise à jour : 24 mars 2016 à 11h03

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