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Hyperphagie - Boulimie

Miser sur le développement de la pleine conscience


Notamment en raison de la présence de filtres cognitifs, les individus souffrant de troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) ayant une image négative de leur corps ne sont pas en mesure d’observer objectivement leur corps ou d’autres aspects de leurs attributs.

Les approches basées sur la pleine conscience (mindfulness) et l’acceptation représentent des avenues intéressantes pour cultiver leurs habiletés à observer avec plus d’objectivité leur corps et à recueillir de multiples points de vue, plutôt qu’une vision strictement négative et simpliste de soi [1].

Ce que vous devez retenir:

• La pleine conscience vise l’observation et l’acceptation des pensées, des émotions, des sensations physiques et des expériences vécues, sans évaluer leur importance, sans tenter de s’en échapper, de les éviter ou de les changer.

• Miser sur la pleine conscience et sur l’acceptation pourrait contribuer au développement d’une image corporelle positive chez les personnes souffrant de TACA, ainsi qu’à la réduction de l’anxiété et des crises de boulimie chez les personnes souffrant d’hyperphagie boulimique.

• Les hommes plus conscients seraient plus en mesure de faire face aux pensées négatives liées au poids ou à l’apparence et seraient moins susceptibles d’être affectés négativement par l’idéal de beauté masculin affiché dans les médias.

• Diverses activités axées sur l’acceptation et la pleine conscience peuvent être intégrées aux traitements ciblant les personnes souffrant de TACA, notamment la pratique de la méditation et du yoga, le scan corporel, la respiration affective, etc.

En quoi consiste la pleine conscience (mindfulness) ?

Basée sur des concepts de neutralité émotionnelle et d’acceptation, la pratique de la pleine conscience encourage l’acceptation sans jugement des expériences et des sensations vécues [1, 2].

Notamment enseignée par la pratique de la méditation consciente, les participants de ce type d’intervention apprennent à maintenir leur attention sans jugement sur des stimulus internes, tels des émotions ou des sensations physiques. Ils sont ainsi invités à observer ces stimulus sans évaluer leur importance, sans tenter de s’en échapper, de les éviter ou de les changer [1, 3]. Ce faisant, les émotions peuvent perdre leur pouvoir de provoquer de la détresse et de l’impulsivité. [1]

En s’exerçant à être plus attentifs à leur environnement et à leurs réactions, les individus peuvent également mieux identifier les éléments déclencheurs rencontrés. Puis, lorsque ceux-ci surviennent, ils sont invités à adopter des comportements plus conscients (ex. la respiration, la méditation, etc.) au lieu de se livrer à des comportements autodestructeurs, évitants ou impulsifs (ex. la boulimie, la purge, la pratique excessive d’activité physique, l’automutilation, etc.). Au bout du compte, les stimulus ou les événements qui étaient autrefois des déclencheurs solides d’une évaluation corporelle négatives, de certaines pensées ou comportements ne sont plus des activateurs, mais tout simplement des événements qui sont observés, sans une évaluation, ni jugement [1].

Ultimement, la réactivité face aux pensées, les distorsions cognitives et les raccourcis cognitifs peuvent être remplacés par la conscience accrue, la neutralité et l’acceptation de la personne dans sa globalité, dans le moment présent [1].

 

Les effets associés à la pratique de la pleine conscience

Bien que l’utilisation d’une telle approche demeure peu étudiée, les résultats disponibles à ce jour sont plutôt prometteurs. Les résultats d’une étude effectuée chez 296 jeunes hommes suggèrent d’ailleurs que la pleine conscience est associée à de plus grands niveaux de satisfaction corporelle, ainsi qu’à moins de comportements liés à la poursuite d’un corps musclé correspondant à l’idéal corporel masculin présenté par les médias [4].

Les résultats d’une étude randomisée contrôlée publiée en 2014 suggèrent que même de brèves séances de méditation (20 minutes pendant 3 semaines) axées sur la compassion pouvaient réduire le niveau d’insatisfaction corporelle des participants, tout en augmentant leur niveau de compassion et d’appréciation envers leur corps [5].

En fait, la flexibilité cognitive que requiert l’expérimentation de la pleine conscience entraînerait une meilleure acceptation du corps et de l’image corporelle [1]. Autrement dit, les hommes plus conscients et démontrant une plus grande flexibilité cognitive seraient plus en mesure de faire face aux pensées négatives liées au poids ou à l’apparence et seraient, par le fait même, moins susceptibles d’être affectés négativement par l’idéal de beauté masculin affiché dans les médias. [1, 4]

De plus, d’autres études ont démontré que l’application de ce type d’approche pouvait améliorer l’humeur, diminuer la fréquence et la sévérité des crises de boulimie, ainsi que le niveau d’anxiété des personnes souffrant d’hyperphagie boulimique. [6, 7]

 

Des activités axées sur la pleine conscience et l’acceptation

Dans cette section, des exemples d’activités favorisant le développement d’une image corporelle positive seront brièvement exposés en guise de pistes d’intervention. La pratique de la méditation et du yoga représentent des avenues particulièrement intéressantes afin de favoriser l’acceptation de son image corporelle, la résilience, la propension à prendre soin de son corps, et la réduction de certains symptômes associés aux TACA [5, 8-11].

La méditation consciente

Contrairement à la pratique de la relaxation qui vise simplement à relaxer le corps et l’esprit, la méditation consciente cherche à améliorer l’engagement actif de l’esprit dans le moment présent et n’est donc pas un processus passif.

À travers la pratique régulière, ce type de méditation effectuée dans un environnement calme et non menaçant, permet aux individus de cultiver leurs habiletés à faire face aux aspects difficiles des expériences vécues (ex. peur de prendre du poids, dégoût de soi, etc.) avec attention, intuition et compassion [1].

Le yoga et la danse créative

Ce type d’activité permet aux participants d’établir une meilleure connexion entre l’esprit et le corps et d’identifier leurs habiletés à bouger, à se sentir gracieux, déterminé et confiant dans leurs mouvements [1].

Le scan corporel 

Le participant est invité à s’allonger au sol, une main sur le cœur, pour se rappeler de faire preuve de tendresse envers soi-même. En attirant son attention des pieds jusqu’à la tête, le participant est appelé à remarquer les diverses sensations ressenties à travers tout son corps. Si des jugements surviennent, le participant est convié à respirer profondément, et à simplement retourner à l’observation de ses sensations [5].

La respiration affective

Le participant est invité à faire un scan rapide de son corps en s’attardant aux sensations ressenties. Puis, il est appelé à prendre 3 respirations profondes afin de laisser aller les tensions, et à reprendre une respiration normale. Ensuite, sans tenter de contrôler sa respiration, il est convié à remarquer à quel endroit la respiration est ressentie le plus fortement. Puis, le participant est invité à adopter un demi-sourire et à observer comment il se sent. Il est ensuite invité à fixer une intention à sa respiration en faisant preuve d’affection et de tendresse envers lui-même [5].

La reconnaissance de son identité, de ses valeurs et de ses attributs (autres que physiques) 

Chez les individus ayant une image corporelle perturbée, l’estime de soi et l’estimation de leur valeur dépendent grandement de leur poids et de leur apparence. Aider ces personnes à identifier consciemment et à accepter leurs attributs (autres que l’apparence) peut les aider à relativiser la place que leur apparence physique occupe dans l’estime qu’elles ont d’elles-mêmes.

Une bonne façon de transmettre cette idée dans un contexte thérapeutique est d’illustrer aux patients qu’ils « ne sont pas leur corps ». Autrement dit, leur image corporelle ne définit pas et ne reflète pas leur personnalité, leurs talents et leur valeur globale [1].

La psychoéducation

Afin que les individus souffrant de TACA puissent prendre conscience des facteurs qui précipitent et qui maintiennent leurs préoccupations à l’égard de leur image corporelle, de leur apparence et de leur poids, il est possible de les inviter à explorer la façon dont certains facteurs individuels et externes influencent la perception de leur corps.

Les intervenants peuvent ainsi ouvrir un dialogue concernant les normes sociales de beauté et le modèle unique de beauté présenté dans les médias, tout en discutant de leur effet sur la perception qu’ils ont de leur propre corps.

Afin de démontrer le caractère irréaliste de ce modèle, il est également possible d’explorer les diverses tactiques utilisées par les médias et l’industrie de la beauté (ex. chirurgies plastiques, utilisation des logiciels de retouches photos, etc.) pour leur faire rêver de cet idéal de beauté.

De plus, il est possible de discuter de l’évolution des modèles de beauté à travers les années ou dans divers pays, afin de démontrer que la beauté est subjective et correspond à une variété de formes de corps.

Des discussions portant sur le « poids d’équilibre » ou « poids naturel » grandement déterminé par le bagage génétique ainsi que par divers facteurs (l’essai de nombreux régimes, l’âge, la prise de médicaments, le stress psychologique, etc.) peuvent aussi avoir lieu [1].

 

Notons également que la faculté de médecine de l’Université de Montréal offre gratuitement sur son site Internet 12 ateliers de méditation visant à cultiver la pleine conscience [12].

 

Références

  1. Stewart, T.M., Light on body image treatment acceptance through mindfulness. Behavior Modification, 2004. 28(6): p. 783-811.
  2. Baer, R.A., Mindfulness training as a clinical intervention: A conceptual and empirical review. Clinical psychology: Science and practice, 2003. 10(2): p. 125-143.
  3. Kabat-Zinn, J. and T.N. Hanh, Full catastrophe living: Using the wisdom of your body and mind to face stress, pain, and illness. 2009: Delta.
  4. Lavender, J.M., K.L. Gratz, and D.A. Anderson, Mindfulness, body image, and drive for muscularity in men. Body Image, 2012. 9(2): p. 289-92.
  5. Albertson, E.R., K.D. Neff, and K.E. Dill-Shackleford, Self-compassion and body dissatisfaction in women: A randomized controlled trial of a brief meditation intervention. Mindfulness, 2014. 6(3): p. 444-454.
  6. Kristeller, J.L. and C.B. Hallett, An exploratory study of a meditation-based intervention for binge eating disorder. Journal of health psychology, 1999. 4(3): p. 357-363.
  7. Baer, R.A., S. Fischer, and D.B. Huss, Mindfulness and acceptance in the treatment of disordered eating. Journal of rational-emotive and cognitive-behavior therapy, 2005. 23(4): p. 281-300.
  8. Cook-Cottone, C., M. Beck, and L. Kane, Manualized-group treatment of eating disorders: Attunement in mind, body, and relationship (AMBR). The Journal for Specialists in Group Work, 2008. 33(1): p. 61-83.
  9. Kristeller, J., R.Q. Wolever, and V. Sheets, Mindfulness-based eating awareness training (MB-EAT) for binge eating: A randomized clinical trial. Mindfulness, 2014. 5(3): p. 282-297.
  10. Denny, K.N., et al., Intuitive eating in young adults. Who is doing it, and how is it related to disordered eating behaviors? Appetite, 2013. 60: p. 13-19.
  11. McIver, S., M. McGartland, and P. O’Halloran, “Overeating is Not About the Food”: Women Describe Their Experience of a Yoga Treatment Program for Binge Eating. Qualitative health research, 2009. 19(9): p. 1234-1245.
  12. Faculté de médecine – Université de Montréal. Essence: ateliers de méditation pleine conscience. 2015; Available from: http://medecine.umontreal.ca/communaute/les-etudiants/bureau-des-affaires-etudiantes-vie-facultaire-et-equilibre-de-vie/essence/#references.

Dernière mise à jour : 22 février 2016 à 12h08

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