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Migraines : facteur de risque ou conséquence?


Les patients atteints de troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA), tels que l’anorexie et la boulimie, présentent une plus grande incidence de migraines que la population normale. Certaines études suggèrent même que les migraines constitueraient une condition prédisposant l’apparition des TACA [1].

Ce que vous devez retenir:

• Les patients atteints d’anorexie et de boulimie souffriraient davantage de migraines que des sujets sains, avec une prévalence de 75% contre 12% respectivement.

• Chez la majorité des patients, les migraines débutent avant ou au même moment que les symptômes d’anorexie et de boulimie, ce qui suggère que la migraine pourrait être une condition pathologique liée à l’apparition de ces TACA.

• La grande majorité des études relatant le lien entre les TACA et les migraines regroupent des sujets féminins. Il serait intéressant d’évaluer si les hommes atteints de TACA présentent les mêmes troubles de santé.

Migraine et TACA : un lien potentiel

Un lien potentiel existe entre les TACA et la migraine. En effet, il semblerait que les patients atteints de migraine présentent une dysfonction des mêmes régions du cerveau (soit hypothalamique et limbique) que les TACA. De plus, chez la majorité des patients, le début des attaques de migraines débute avant ou au même moment que les symptômes de l’anorexie et de la boulimie. Ces deux caractéristiques suggèrent un rôle pathophysiologique potentiel des migraines dans le développement des TACA. La migraine pourrait ainsi être un facteur de risque prédisposant dans l’apparition des TACA [1-3].

Les patients atteints de TACA se plaignent souvent d’étourdissements ou de vertiges. Ces symptômes sont habituellement reliés à [4] :
- la déshydratation, souvent secondaire aux vomissements, à l’abus de laxatifs et/ou à l’utilisation de diurétiques;
- un faible état nutritionnel et/ou à la privation alimentaire;
- une bradycardie sévère suite à un faible métabolisme;
- une combinaison d’un ou de plusieurs de ces facteurs.

 

Migraine, TACA et dépression

Mustelin et coll. relatent de leur côté une association entre les TACA, la migraine et la dépression. En effet, ceux-ci ont remarqué que les TACA et les migraines seraient reliés à un trouble dépressif majeur (TDM). Dans leur étude, les femmes atteintes de TACA et d’un TDM avaient une prévalence très élevée de migraines. Selon ces auteurs, le lien biologique entre ces trois conditions semble plausible. D’abord, les TACA constituent une comorbidité importante des TDM, puis l’association entre les migraines et les TDM a déjà été établie dans le passé (où l’on montrait que 1-le TDM était trois fois plus commun chez les patients migraineux que les sujets sains et 2-les migraines étaient deux à trois fois plus répandues chez les patients atteints de TDM que chez les sujets contrôles). Il semblerait donc que la migraine peut précéder la dépression, mais le contraire se peut également. En clinique, le traitement de la dépression semble réduire la fréquence des migraines [4].

 

Prévalence

La migraine est un trouble neurologique débilitant très commun qui réduit la qualité de vie des patients. La prévalence (sur un an) dans la population en général représente environ 12%, soit 18% chez les femmes et 6% chez les hommes. Dans l’étude d’Ostuzzi et coll. [1], la prévalence de la migraine chez 109 sujets (féminins) atteints d’anorexie et de boulimie était de 75%, une statistique très élevée lorsque comparée à la prévalence de migraine dans la population générale (qui se situe plutôt autour de 12%). Cependant, l’étude de Seidel et coll. [5] n’observe pas de différence de la prévalence de migraines chez les patients TACA. Ceci dit, des études consultées, la majorité indique une prévalence de migraines largement plus élevée dans la population de patients atteints de TACA [1, 3-5].

Les études portant sur le lien entre les TACA et les migraines regroupent habituellement des sujets féminins. Aucune d’entre elles n’a pu confirmer si les migraines étaient un facteur de risque et/ou une conséquence de l’anorexie et de la boulimie chez les hommes. D’autres études sont nécessaires pour associer un lien possible entre ces deux conditions de santé.

 

Références

  1. Ostuzzi, R., et al., Eating disorders and headache: coincidence or consequence? Neurol Sci, 2008. 29 Suppl 1: p. S83-7.
  2. D’Andrea, G., et al., Migraine prevalence in eating disorders and pathophysiological correlations. Neurol Sci, 2009. 30 Suppl 1: p. S55-9.
  3. D’Andrea, G., et al., Is migraine a risk factor for the occurrence of eating disorders? Prevalence and biochemical evidences. Neurol Sci, 2012. 33 Suppl 1: p. S71-6.
  4. Mustelin, L., et al., Association between eating disorders and migraine may be explained by major depression. Int J Eat Disord, 2014.
  5. Seidel, S., et al., Migraine in patients with eating disorders: a study using a sister-pair comparison design. Headache, 2011. 51(2): p. 220-5.

Dernière mise à jour : 10 juillet 2015 à 12h52

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