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Autres troubles

Le mérycisme : le trouble de la rumination


Le mérycisme est un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) caractérisé par la régurgitation volontaire et répétée de la nourriture. Les aliments régurgités peuvent être remastiqués, avalés de nouveau ou crachés [1].

Ce que vous devez retenir:

• Le mérycisme se caractérise par la régurgitation volontaire et répétée de nourriture, pouvant ensuite être remastiquée, puis ravalée ou crachée.

• Les données quant à la prévalence du mérycisme sont peu concluantes.

Le mérycisme expliqué

Le mérycisme se caractérise essentiellement par la régurgitation répétée d’aliments pendant une période d’au moins 1 mois. La nourriture préalablement avalée, et donc partiellement digérée, est renvoyée dans la bouche volontairement et sans effort particulier, sans que la personne présente de malaises apparents tels des nausées, des haut-le-cœur involontaires ou un dégoût. Les aliments sont alors remastiqués puis crachés ou ravalés [1-3].

Pour parler de mérycisme, la régurgitation doit être fréquente, se manifestant plusieurs fois par semaine, habituellement sur une base quotidienne. La personne ne présente pas de troubles gastro-intestinaux particuliers ni de problèmes de santé pouvant expliquer la régurgitation, tels des reflux gastro-œsophagiens (RGO) ou une sténose pylorique. De plus, le trouble survient sans être associé à d’autres TACA tels une anorexie, une boulimie, une hyperphagie boulimique ou un trouble de la prise alimentaire évitant/restrictif [1, 2].

 

Mérycisme et régurgitations pathophysiologiques

Certaines études semblent faire la distinction entre le mérycisme en tant que TACA et les régurgitations pathophysiologiques. Ces dernières seraient engendrées par une augmentation de la pression intra-gastrique, générée par une contraction volontaire, mais souvent non intentionnelle (ou subconsciente), de la musculature de la paroi abdominale, lors d’une basse pression au niveau du sphincter œsophagien inférieur, provoquant ainsi un mouvement rétrograde du contenu gastrique dans l’œsophage [4-7].

 

Des conséquences importantes

Pour dissimuler leurs régurgitations en public, certaines personnes placent une main devant leur bouche ou simulent une toux. D’autres évitent tout simplement les repas de groupes étant bien au fait de leur comportement inapproprié. Certains choisissent plutôt de ne rien manger avant de se rendre à un lieu spécifique pour éviter d’être embarrassé devant leur entourage, sachant que leurs épisodes de régurgitation peuvent se prolonger après le repas. Avec le temps, la vie sociale de ces individus risque d’être grandement affectée [1, 3].

Au-delà de la détresse psychologique associée au mérycisme, plusieurs complications médicales peuvent survenir en parallèle tels des problèmes dentaires comme des caries, de l’érosion et/ou une mauvaise haleine, un déséquilibre électrolytique, une malnutrition ainsi qu’un faible poids corporel et/ou une perte de poids importante. La perte de poids survient généralement lorsque la régurgitation est accompagnée d’une restriction des apports alimentaires dans le but d’éviter des situations embarrassantes.  [1, 2, 4, 6, 8].

 

Prévalence

Les données quant à la prévalence du mérycisme sont peu concluantes. Bien que certains mentionnent une prévalence plus fréquente chez les enfants et les personnes présentant une déficience intellectuelle sévère, il semblerait que ce trouble puisse se présenter à tout âge de la vie (soit de l’enfance à l’âge adulte) et indépendamment des capacités cognitives [1, 2, 6, 8].

Certains suggèrent une association entre le mérycisme et la boulimie avançant que 20% des boulimiques présenteraient des symptômes typiques du mérycisme et que 17% des personnes avec un mérycisme ont déjà reçu un diagnostic de boulimie dans le passé [7].

 

Critères diagnostiques

Dans l’ancienne version du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-IV), le mérycisme se retrouvait dans la section des « Troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires de la 1ère ou 2ème enfance ». Le DSM-5 a déplacé le mérycisme dans la section des TACA [2, 8]. Ce dernier ne représente donc plus uniquement un trouble de l’alimentation chez l’enfant [9].

Quatre critères doivent être présents afin de poser un diagnostic de mérycisme [1]:

Critère A Régurgitation répétée de nourriture pendant au moins 1 mois. Les aliments régurgités peuvent être remastiqués, ravalés ou crachés.

Critère B La régurgitation répétée n’est pas attribuable à un trouble gastro-intestinal ni une condition médicale particulière (par exemple un TGO ou une sténose pylorique).

Critère C Le comportement alimentaire trouble ne survient pas exclusivement pendant une anorexie nerveuse, une boulimie nerveuse, une hyperphagie boulimique ou un trouble de la prise alimentaire évitant/restrictif.

Critère D Si les symptômes surviennent dans un contexte d’un autre trouble de santé mentale (une déficience intellectuelle ou un autre trouble du développement neurologique), ils sont suffisamment sévères pour justifier un examen clinique.

 

Il est important de différentier certaines conditions pouvant être confondues au mérycisme [1]:

Conditions gastro-intestinales : la régurgitation volontairement provoquée dans le mérycisme ne doit pas être confondue avec la régurgitation induite par certaines conditions médicales caractérisées par des RGO ou des vomissements, tels une gastroparésie, une sténose pylorique, une hernie hiatale ou le syndrome pédiatrique de Sandifer.

*La manométrie et l’impédance sont des examens permettant de différencier des régurgitations pathophysiologiques de RGO [4].

Anorexie et boulimie :une personne souffrant d’anorexie ou de boulimie peut présenter des épisodes de régurgitation suivis de crachats des aliments dans le but de réduire le nombre de calories ingérées afin de contrôler son poids.

Pour plusieurs patients atteints de boulimie et présentant des comportements typiques de mérycisme, la régurgitation leur permet de consommer des aliments sans avoir besoin de se faire vomir et sans prendre de poids, un moyen de contrôler leur poids corporel [2].

Un diagnostic de mérycisme ne peut pas être donné si un autre TACA est présent chez le patient. Le DSM-5 précise que tous les TACA (à l’exception du pica) sont mutuellement exclusifs. Ainsi, au cours d’une même période de temps, le patient ne peut recevoir qu’un seul diagnostic de l’un ou l’autre des TACA [1].

Le mérycisme peut survenir en concomitance avec une condition médicale ou un autre trouble de santé mentale, par exemple un trouble anxieux généralisé. Dans un tel contexte, un diagnostic de mérycisme est posé seulement lorsque la sévérité de la condition dépasse la première et que les symptômes sont suffisamment sévères pour justifier un examen clinique [1].

On parle de rémission lorsque tous les critères diagnostiques du mérycisme ont été atteints et que ces caractéristiques ne sont plus présentes chez l’individu depuis une période de temps suffisamment significative [1] (la période de temps n’est pas précisée dans le DSM-5, elle dépend du jugement clinique).

Considérations particulières

Si les symptômes de régurgitation surviennent uniquement dans un contexte d’anorexie, de boulimie, d’hyperphagie boulimique ou d’un trouble de la prise alimentaire évitant/restrictif, un diagnostic de mérycisme ne peut pas être apposé, puisque ces diagnostics éclipsent le mérycisme.
Cependant, le DSM-5 n’émet pas de lignes directrices spécifiques quant à la possibilité d’un co-diagnostic entre les autres troubles spécifiés de l’alimentation et des conduites alimentaires (ATSACA), les troubles non spécifiés de l’alimentation et des conduites alimentaires (TNSACA) et le mérycisme [2].

Références 

  1. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  2. Delaney, C.B., et al., Pica and rumination behavior among individuals seeking treatment for eating disorders or obesity. Int J Eat Disord, 2014.
  3. Birmingham, C.L. and T. Firoz, Rumination in eating disorders: Literature review. Eating Weight Disord, 2006. 11: p. e85-e89.
  4. Kessing, B.F., A.J. Smout, and A.J. Bredenoord, Current Diagnosis and Management of the Rumination Syndrome. Journal of Clinical Gastroenterology, 2014. 48: p. 478-483.
  5. Kessing, B.F., A.J. Bredenoord, and A.J. Smout, Objective manometric criteria for the rumination syndrome. Am J Gastroenterol, 2014. 109(1): p. 52-9.
  6. Hejazi, R.A. and W. McCallum, Rumination Syndrome: A Review of Current Concepts and Treatments. The American Journal of the Medical Sciences, 2014. 0(0): p. 1-6.
  7. Tack, J., et al., Review article: the pathophysiology, differential diagnosis and management of rumination syndrome. Aliment Pharmacol Ther, 2011. 33(7): p. 782-8.
  8. Kelly, N.R., et al., Pediatric feeding and eating disorders: current state of diagnosis and treatment. Curr Psychiatry Rep, 2014. 16(5): p. 446.
  9. Call, C., B.T. Walsh, and E. Attia, From DSM-IV to DSM-5: changes to eating disorder diagnoses. Curr Opin Psychiatry, 2013. 26(6): p. 532-6.

Dernière mise à jour : 10 décembre 2015 à 12h56

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