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Comorbidités

Quand l’usage de substances devient problématique


Une étude réalisée à Montréal [1] démontre qu’un nombre similaire d’hommes et de femmes souffrent de troubles mentaux, mais la nature des troubles diffère toutefois. Les hommes seraient plus souvent atteints de troubles liés à l’usage de substances (TLUS). Or, une relation entre ce type de trouble et les troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) a été identifiée à maintes reprises dans la littérature, notamment chez les boulimiques et les anorexiques qui présentent des comportements purgatifs [2].

Ce que vous devez retenir:

• Le TLUS est parmi les troubles mentaux qui affectent le plus les hommes.

• Plusieurs études soulèvent une association entre les TACA et les TLUS, particulièrement chez ceux qui présentent un comportement de type boulimique.

• Un dépistage précoce de la coexistence des deux troubles est important puisque plusieurs conséquences pour la santé peuvent survenir.

En 2012, 21,6% des Canadiens, soit près de 6 millions de personnes, avaient rencontré les critères associés au TLUS au moins une fois au courant de leur vie. L’alcool figure au premier rang des substances reliées au trouble [3]. Dans la dernière version du DSM (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders 5) [4], les termes « abus » et « dépendance » pour décrire la maladie ont été abolis. Ce trouble est caractérisé par un usage inadéquat d’une substance, menant à différents problèmes, notamment à une souffrance significative et au dysfonctionnement de l’individu [5]. Il regroupe des symptômes à la fois cognitifs, comportementaux et physiologiques [4].

 

Association entre TLUS et TACA

Bien que plusieurs associations aient été soulevées entre les TLUS et les TACA, la nature de cette relation demeure incertaine [6]. Toutefois, la présence simultanée de ces deux troubles est observée dans de nombreuses études. En effet, plus de 50% des individus atteints de TACA présenteraient un TLUS. À l’inverse, 35% des adultes qui souffrent de TLUS développeraient un TACA, une prévalence nettement supérieure à celle observée dans la population générale [7]. Les résultats sont similaires chez les adolescents qui présentent un TACA puisqu’on note une prévalence de 20 à 40 % plus grande de TLUS chez ceux-ci comparé aux adolescents en général [8].

Plusieurs études se sont penchées sur la relation entre TACA et TLUS. Certains suggèrent des traits de personnalités communs aux deux troubles, rendant ainsi ces individus plus vulnérables à ce type de dépendance [2]. Les chercheurs ne s’entendent toutefois pas pour dire qu’une personnalité dépendante typique existe réellement [9]. Par contre, il semble que les symptômes et les comportements associés aux TACA augmenteraient la probabilité de développer un TLUS [2].

 

Boulimie : plus à risque?

Parmi tous les types de TACA, la boulimie semble être le trouble le plus souvent associé au TLUS [10-13]. Viendrait ensuite l’hyperphagie boulimique, alors que l’anorexie de type restrictif représente la prévalence de TLUS la plus faible [14]. Bien que la boulimie obtienne la plus forte prévalence de TLUS dans plusieurs études, d’autres suggèrent que ce serait plutôt les autres troubles spécifiés de l’alimentation et des conduites alimentaires (ATSACA) qui présenteraient les taux les plus élevés de TLUS [13].

Une étude rapporte que la dépression, une préoccupation excessive par rapport au poids et les vomissements provoqués figurent parmi les principaux facteurs de risque de développer une dépendance à l’alcool chez les individus atteints de TACA [15]. Aussi, une association a été identifiée entre la présence d’un traumatisme pendant l’enfance et la comorbidité de TACA et TLUS [16], notamment en raison du comportement impulsif qu’amènent ces traumatismes (un comportement typique aux boulimiques et au TLUS) [17]. Finalement, les individus qui présentent à la fois un TACA et un TLUS seraient plus susceptibles d’avoir un diagnostic de trouble de personnalité limite (TPL) [2, 18]. Il est à noter que les critères diagnostics du TPL recoupent ceux de la boulimie et des TLUS, ce qui peut expliquer ces résultats [2].

 

Déterminants communs

Plusieurs symptômes sont communs aux TACA et au TLUS, notamment la perturbation de l’appétit et de la satiété, des crises d’hyperphagie (avec la nourriture ou l’alcool), un comportement autodestructeur, du déni et des conséquences médicales sérieuses [19-21]. Les similarités partagées suggèrent une étiologie commune et un chevauchement de facteurs de risques, à la fois génétiques, neurochimiques, culturels et sociaux [21].

L’impulsivité, de même que l’anxiété et l’instabilité affective, sont des aspects communs des deux types de trouble [22]. Chez les personnes qui présentent un TACA, la consommation abusive d’alcool aurait plusieurs objectifs, notamment réguler les émotions et l’humeur, contrôler la colère, éviter des problèmes ou encore contrôler l’alimentation [22].

 

Les conséquences d’une comorbidité entre TACA et TLUS

Plusieurs conséquences sont reliées à la coexistence de TACA et de TLUS. Tout d’abord, il faut noter que la présence du second trouble aggrave d’emblée les symptômes du premier [23, 24]. De plus, la comorbidité des deux troubles mène à des complications médicales sévères [25], un temps de guérison plus long [10, 15], d’autres comorbidités psychiatriques plus fréquentes et/ou plus sévères [10, 23], un taux plus important de tentatives de suicides [10, 26] et une mortalité accrue [27, 28]. Ces résultats démontrent donc l’importance d’un dépistage précoce et de l’évaluation des personnes qui souffrent de TACA ou de TLUS afin de valider la présence ou non d’un trouble associé [29, 30].

 

Ressources utiles

Voici quelques ressources intéressantes à consulter et/ou à fournir à vos patients de même qu’à leur entourage en ce qui concerne les TLUS.

Tox Québec : La référence québécoise en matière de toxicomanie

Centre québécois de documentation en toxicomanie

Centre canadien de lutte contre les toxicomanies

 

Références

  1. Lajeunesse, S.L., et al., Les hommes de la région de Montréal : Analyse de l’adéquation entre leurs besoins psychosociaux et les services qui leur sont offerts. 2013, ROHIM: Montréal. p. 73.
  2. Wolfe, W.L. and S.A. Maisto, The relationship between eating disorders and substance use: moving beyond co-prevalence research. Clin Psychol Rev, 2000. 20(5): p. 617-31.
  3. Statistique Canada. Troubles mentaux et troubles liés à l’utilisation de subtsances au Canada. 2013 15-12-2014]; Available from: http://www.statcan.gc.ca/pub/82-624-x/2013001/article/11855-fra.htm.
  4. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  5. Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM). Définition et épidémiologie de la toxicomanie. 15-12-2014]; Available from: http://santementaletoxicomanie.ca/la-toxicomanie-en-sante-mentale/epidemiologie-de-cette-problematique-au-quebec/.
  6. Jackson, T.D. and C.M. Grilo, Weight and eating concerns in outpatient men and women being treated for substance abuse. Eat Weight Disord, 2002. 7(4): p. 276-83.
  7. The National Center on Addiction and Substance Abuse at Columbia University, Food for tought: Substance abuse and eating disorder. 2003: New York. p. 73.
  8. Denoth, F., et al., The Association between Overweight and Illegal Drug Consumption in Adolescents: Is There an Underlying Influence of the Sociocultural Environment? PLoS ONE, 2011. 6(11): p. e27358.
  9. Chiauzzi, E.J. and S. Liljegren, Taboo topics in addiction treatment. An empirical review of clinical folklore. J Subst Abuse Treat, 1993. 10(3): p. 303-16.
  10. Glasner-Edwards, S., et al., Bulimia Nervosa Among Methamphetamine Dependent Adults: Association With Outcomes 3 Years After Treatment. Eating disorders, 2011. 19(3): p. 259-269.
  11. Gregorowski, C., S. Seedat, and G.P. Jordaan, A clinical approach to the assessment and management of co-morbid eating disorders and substance use disorders. BMC Psychiatry, 2013. 13: p. 289.
  12. Krug, I., et al., Lifetime substance abuse, family history of alcohol abuse/dependence and novelty seeking in eating disorders: comparison study of eating disorder subgroups. Psychiatry Clin Neurosci, 2009. 63(1): p. 82-7.
  13. Krug, I., et al., Present and lifetime comorbidity of tobacco, alcohol and drug use in eating disorders: a European multicenter study. Drug Alcohol Depend, 2008. 97(1-2): p. 169-79.
  14. Calero-Elvira, A., et al., Meta-analysis on drugs in people with eating disorders. Eur Eat Disord Rev, 2009. 17(4): p. 243-59.
  15. Franko, D.L., et al., How do eating disorders and alcohol use disorder influence each other? Int J Eat Disord, 2005. 38(3): p. 200-7.
  16. Baker, J.H., S.E. Mazzeo, and K.S. Kendler, Association between broadly defined bulimia nervosa and drug use disorders: common genetic and environmental influences. Int J Eat Disord, 2007. 40(8): p. 673-8.
  17. Corstorphine, E., et al., Trauma and multi-impulsivity in the eating disorders. Eat Behav, 2007. 8(1): p. 23-30.
  18. Grilo, C.M., et al., Eating disorders with and without substance use disorders: a comparative study of inpatients. Compr Psychiatry, 1995. 36(4): p. 312-7.
  19. Brewer, S., Eating disorders as addictions. 2012, Newburyport: MA: The Carlat Psychiatry Report.
  20. Harrop, E.N. and G.A. Marlatt, The comorbidity of substance use disorders and eating disorders in women: prevalence, etiology, and treatment. Addict Behav, 2010. 35(5): p. 392-8.
  21. Mann, A.P., et al., Factors Associated With Substance Use in Adolescents With Eating Disorders. Journal of Adolescent Health, 2014. 55(2): p. 182-187.
  22. Thaler, L. and S. Landry, Troubles des conduites alimentaires et abus de substances. 2016, Institut universitaire en santé mentale Douglas: Montréal.
  23. Stock, S.L., et al., Substance use in female adolescents with eating disorders. J Adolesc Health, 2002. 31(2): p. 176-82.
  24. Courbasson, C.M., P.D. Smith, and P.A. Cleland, Substance use disorders, anorexia, bulimia, and concurrent disorders. Canadian Journal of Public Health/Revue Canadienne de Sante’e Publique, 2005: p. 102-106.
  25. Thompson‐Brenner, H., et al., Personality pathology and substance abuse in eating disorders: a longitudinal study. International Journal of Eating Disorders, 2008. 41(3): p. 203-208.
  26. García-Gómez, M.d.C., et al., Rhabdomyolysis and drug abuse in a patient with bulimia nervosa. International Journal of Eating Disorders, 2009. 42(1): p. 93-95.
  27. Bodell, L.P., T.E. Joiner, and P.K. Keel, Comorbidity-independent risk for suicidality increases with bulimia nervosa but not with anorexia nervosa. Journal of psychiatric research, 2013. 47(5): p. 617-621.
  28. Crow, S., et al., Increased mortality in bulimia nervosa and other eating disorders. American Journal of Psychiatry, 2009. 166(12): p. 1342-1346.
  29. Keel, P.K., et al., Predictors of mortality in eating disorders. Archives of General Psychiatry, 2003. 60(2): p. 179-183.
  30. Killeen, T.K., et al., Assessment and treatment of co-occurring eating disorders in privately funded addiction treatment programs. Am J Addict, 2011. 20(3): p. 205-11.

Dernière mise à jour : 3 février 2016 à 15h14

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