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Dépression

Lorsque le trouble alimentaire s’immisce dans le couple


Souffrir d’un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) n’empêche pas d’être en couple. Par contre, certains peuvent avoir de la difficulté à maintenir une saine relation de couple à travers le TACA, puisque la maladie met à l’épreuve non seulement l’individu qui en souffre mais également son ou sa partenaire et leur relation. Petit tour d’horizon sur les conséquences d’un TACA qui s’immiscent dans un couple.

Ce que vous devez retenir:

• L’anorexie serait associée à un stress considérable et prolongé pour les proches aidants comme les conjoint(e)s et la famille.

• Contrairement aux femmes anorexiques, les hommes anorexiques seraient moins impliqués dans des relations amoureuses ou amicales.

• Les couples avec TACA rapportent significativement plus de détresse relationnelle, des niveaux moins élevés d’interactions positives et davantage de communications négatives que les couples sans TACA.

• Une nouvelle thérapie pour couple, dont les résultats préliminaires sont très prometteurs, a été conçue pour traiter spécifiquement les couples pour lesquels l’un des partenaires souffre d’anorexie.

L’impact d’un TACA sur les proches aidants

Bien que le fardeau de prendre soin d’une personne souffrant de TACA ait été moins documenté comparativement à d’autres maladies psychiatriques [1-3], il n’en demeure pas moins lourd. Selon Bulik et coll. (2012) [4], l’anorexie par exemple serait associée à un stress considérable et prolongé pour les proches aidants comme les conjoint(e)s et la famille, puisque les personnes qui en souffrent deviennent de plus en plus dépendantes, autant émotionnellement que financièrement. La perte de poids, la malnutrition et les traitements de longue durée provoqués par l’anorexie entraînent davantage de pertes d’emploi, de diminutions de travail et d’isolement social [5].

La prestation de soins par les proches de personnes anorexiques a également été rapportée comme étant plus stressante que pour les boulimiques [6] et les schizophrènes [5]. Certains facteurs spécifiques aux TACA tels que le refus de manger, la purge alimentaire, la dépendance du patient envers son aidant, les rechutes, la chronicité, le secret, les préjugés et le coût des traitements sont particulièrement difficiles à gérer pour les familles et conjoint(e)s [5-8].

 

Est-ce que TACA rime avec célibat?

Contrairement aux femmes atteintes de TACA qui s’engagent dans des relations à un taux comparable à celui de femmes en bonne santé [9], les hommes souffrant d’anorexie seraient moins impliqués dans des relations amoureuses ou amicales. Selon les observations de Gueguen et coll. (2012) [10], les hommes anorexiques avaient moins tendance à être en couple et à vivre avec leur partenaire que les femmes anorexiques de l’étude. D’après ces auteurs, les hommes et les femmes atteints d’anorexie peuvent différer en termes d’interactions interpersonnelles, d’investissement social et de relations de soutien.

 

Difficultés vécues par les couples aux prises avec un TACA

Bien que les personnes souffrant de TACA puissent s’engager dans des relations de couples, plusieurs d’entre elles ont du mal à maintenir une saine relation à travers la maladie. En effet, les couples avec TACA rapportent significativement plus de détresse relationnelle, des niveaux moins élevés d’interactions positives et davantage de communications négatives que les couples sans TACA [11-13]. Des difficultés au niveau sexuel et au niveau de l’intimité du couple sont également fréquentes [14, 15].

La gestion d’un être cher souffrant de TACA provoque tout un éventail de réponses émotionnelles chez les conjoint(e)s, telles que la colère, le chagrin, la honte, l’anxiété, la dépression et la culpabilité [4]. Ceux-ci peuvent également éprouver des difficultés en lien avec le TACA; ils rapportent fréquemment des difficultés à comprendre le TACA et trouvent difficile de vivre avec le secret entourant les conduites alimentaires inappropriées [16]. Malgré de bonnes intentions, plusieurs décrivent des sentiments d’impuissance, comme si leurs tentatives de soutien envers l’être aimé produisaient des effets inverses. Certains partenaires deviennent craintifs de dire ou faire quelque chose de blessant ou de contre-productif. De ce fait, certains finissent par éviter le problème, tandis que d’autres finissent par émettre des critiques ou des blâmes. Malheureusement, ces comportements peuvent de façon involontaire soutenir ou exacerber les sentiments de honte, le secret et la nature autocritique de la personne souffrante [17].

En bref, les conjoint(e)s veulent venir en aide, mais souvent ne savent pas quoi faire. Ces défis peuvent causer de la détresse et s’ajouter au fardeau des proches aidants [18, 19], contribuant parfois à une escalade de conflits et des problèmes de couple.

 

Thérapie de couples pour mieux traiter le TACA

La thérapie cognitivo-comportementale pour couple développé par Epstein et Baucom (2002) [20] s’est montré efficace dans le traitement de plusieurs troubles psychiatriques, dont la dépression et l’anxiété. Étant deux comorbidités importantes des TACA, ces données ont motivé l’équipe du Dre Bulik à développer la première thérapie de couple pour anorexiques qu’ils ont surnommé UCAN pour Uniting Couples in the Treatment of Anorexia Nervosa  [21]. Vu la complexité de l’anorexie, UCAN a été conçu pour complémenter (et non remplacer) la thérapie individuelle, le counseling nutritionnel et le traitement médical.

Le programme UCAN vise à travailler avec les êtres chers des patients (c.-à-d., les conjoint(e)s) dans une relation d’égal à égal dans le but d’atteindre des décisions communes quant au traitement et au rétablissement de la maladie [21]. Les résultats préliminaires provenant de l’essai pilote sont très encourageants. En effet, selon Kirby et coll. (2015) [17], l’implication des conjoint(e)s a aidé à maintenir les patients dans le programme en diminuant le taux d’abandon à seulement 5% comparativement à un abandon se situant entre 25 et 40% pour les interventions médicamenteuses et comportementales précédentes [22]. Le programme UCAN a également entraîné un gain de poids plus élevé des patients comparativement à d’autres interventions cliniques [22], une diminution de la sévérité des symptômes typiques de TACA et une amélioration du fonctionnement de la relation de couple. Bref, ces données suggèrent que la participation au programme UCAN améliore le traitement des adultes souffrant d’anorexie [17].

Les bénéfices du programme ont naturellement encouragé l’équipe de recherche à développer une thérapie de couple ciblant spécifiquement les autres types de TACA, tels que l’hyperphagie boulimique. Ce dernier programme est actuellement en cours d’essai pilote. Les auteurs ont l’intention de développer des plateformes de diffusion facilement accessibles pour permettre la formation de ces interventions prometteuses aux thérapeutes et professionnels de la santé de partout intéressés à utiliser cette approche dans leur pratique [17].

 

Références

  1. Szmukler, G.I., et al., A controlled trial of a counselling intervention for caregivers of relatives with schizophrenia. Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, 1996. 31(3-4): p. 149-155.
  2. Szmukler, G.I., et al., Caring for relatives with serious mental illness: the development of the Experience of Caregiving Inventory. Social Psychiatry and Psychiatric Epidemiology, 1996. 31(3-4): p. 137-148.
  3. Szmukler, G.I., T. Wykes, and S. Parkman, Care-giving and the impact on carers of a community mental health service. PRiSM Psychosis Study. 6. The British Journal of Psychiatry, 1998. 173(5): p. 399-403.
  4. Bulik, C.M., D.H. Baucom, and J.S. Kirby, Treating anorexia nervosa in the couple context. Journal of cognitive psychotherapy, 2012. 26(1): p. 19.
  5. Treasure, J., et al., The experience of caregiving for severe mental illness: a comparison between anorexia nervosa and psychosis. Social psychiatry and psychiatric epidemiology, 2001. 36(7): p. 343-347.
  6. Santonastaso, P., D. Saccon, and A. Favaro, Burden and psychiatric symptoms on key relatives of patients with eating disorders: a preliminary study. Eating and Weight Disorders-Studies on Anorexia, Bulimia and Obesity, 1997. 2(1): p. 44-48.
  7. Treasure, J., et al., A description of multiple family workshops for carers of people with anorexia nervosa. European Eating Disorders Review, 2012. 20(1): p. e17-e22.
  8. Whitney, J., et al., Experience of caring for someone with anorexia nervosa: qualitative study. Vol. 187. 2005. 444-449.
  9. Maxwell, M., et al., Life beyond the eating disorder: education, relationships, and reproduction. International Journal of Eating Disorders, 2011. 44(3): p. 225-232.
  10. Gueguen, J., et al., Severe anorexia nervosa in men: comparison with severe AN in women and analysis of mortality. Int J Eat Disord, 2012. 45(4): p. 537-45.
  11. Van den Broucke, S., W. Vandereycken, and H. Vertommen, Marital communication in eating disorder patients: A controlled observational study. International Journal of Eating Disorders, 1995. 17(1): p. 1-21.
  12. Whisman, M.A., et al., Marital functioning and binge eating disorder in married women. International Journal of Eating Disorders, 2012. 45(3): p. 385-389.
  13. Woodside, D.B., J.B. Lackstrom, and L. Shekter-Wolfson, Marriage in eating disorders Comparisons between patients and spouses and changes over the course of treatment. Journal of Psychosomatic Research, 2000. 49(3): p. 165-168.
  14. Pinheiro, A.P., et al., Sexual functioning in women with eating disorders. International Journal of Eating Disorders, 2010. 43(2): p. 123-129.
  15. Van den Broucke, S., W. Vandereycken, and H. Vertommen, Marital intimacy in patients with an eating disorder: A controlled self-report study. British Journal of Clinical Psychology, 1995. 34(1): p. 67-78.
  16. Huke, K. and P. Slade, An exploratory investigation of the experiences of partners living with people who have bulimia nervosa. European Eating Disorders Review, 2006. 14(6): p. 436-447.
  17. Kirby, J.S., et al., Couple-Based Interventions for Adults With Eating Disorders. Eating disorders, 2015(ahead-of-print): p. 1-10.
  18. Fischer, M.S., et al., Partner distress in the context of adult anorexia nervosa: The role of patients’ perceived negative consequences of AN and partner behaviors. International Journal of Eating Disorders, 2015. 48(1): p. 67-71.
  19. Zabala, M.J., P. Macdonald, and J. Treasure, Appraisal of caregiving burden, expressed emotion and psychological distress in families of people with eating disorders: A systematic review. European Eating Disorders Review, 2009. 17(5): p. 338-349.
  20. Epstein, N.B. and D.H. Baucom, Enhanced cognitive-behavioral therapy for couples: A contextual approach. 2002: American Psychological Association.
  21. Bulik, C.M., et al., Uniting couples (in the treatment of) anorexia nervosa (UCAN). International Journal of Eating Disorders, 2011. 44(1): p. 19-28.
  22. Berkman, N.D., et al., Management of eating disorders. Evidence report/technology assessment no. 135 (Prepared by the RTI International-University of North Carolina Evidence-Based Practice Center under contract no. 290-02-0016). 2007, Agency for Healthcare Research and Quality: Rockvill, MD.

Dernière mise à jour : 23 mars 2016 à 15h36

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