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Image corporelle

L’insatisfaction corporelle


Gros, maigre, pas assez musclé, chauve, l’insatisfaction corporelle prend différentes formes. Sa genèse est multifactorielle, mais son résultat est le même : des hommes qui souffrent. Apprenez-en plus sur les idéaux et les facteurs qui la nourrissent ainsi que sur ses conséquences.

Ce que vous devez retenir:

• L’insatisfaction corporelle prend différentes formes : avoir une image déformée de son corps, considérer que son corps ne correspond pas aux idéaux ou éprouver des sentiments négatifs à l’égard de son corps.

• Les hommes désirent avoir un corps musclé et mince, en forme de V et sont plus souvent insatisfaits de leur torse, de leurs bras, de leurs épaules ou de leurs abdominaux.

• Les hommes insatisfaits de leur corps se perçoivent différemment, souvent de façon pire, et ont l’impression qu’ils sont les seuls aux prises avec cette perception.

• Différents facteurs affectent l’insatisfaction corporelle, notamment l’estime de soi, l’intériorisation des idéaux corporels et la comparaison sociale.

• Il importe de désamorcer l’insatisfaction corporelle puisqu’elle peut mener à l’adoption de diverses mesures compensatoires et qu’il s’agit d’un facteur de risque du développement d’un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires.

En quoi consiste l’insatisfaction corporelle?

L’insatisfaction corporelle fait partie des troubles liés à l’image corporelle et peut prendre différentes formes : avoir une image déformée de son corps, considérer que son corps ne correspond pas aux idéaux et éprouver des sentiments négatifs à l’égard de son corps [1]. Se regarder dans un miroir, essayer des vêtements dans un magasin ou centrer son attention de façon exagérée ou sélective sur ses défauts pourraient par exemple déclencher l’insatisfaction corporelle, comme l’illustrent les réponses de participants de l’étude d’Adams et coll. (2005) [2]. Au départ, il était cru que seules les personnes aux prises avec des troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires éprouvaient de l’insatisfaction corporelle [1]. Toutefois, il est reconnu de nos jours qu’elle affecte des personnes de tous les horizons [1].

 

L’ampleur et l’impact de l’insatisfaction corporelle

Au Québec, selon une enquête effectuée par ÉquiLibre en 2012 auprès de 1 005 Québécoises et Québécois, 18 % des hommes seraient insatisfaits de leur poids et 44 % souhaitent modifier leur poids dans les prochaines années [3]. De ce lot, 21 % d’hommes affirment se mettre de la pression pour effectuer ces changements; 14 % et 12 % indiquent avoir été obsédés et angoissés, respectivement, par leur poids [3]. Enfin, 5 % des hommes considèrent que leur poids les rend malheureux et 4 %, qu’il a un impact négatif sur l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes [3].

Dans le cadre des Body Image Surveys de la revue Psychology Today, d’importants sondages effectués aux États-Unis à trois périodes (1972, 1985 et 1997) [4], les chercheurs ont poussé plus loin la réflexion. Ils ont voulu savoir à quel point il était important pour les participants d’avoir le poids qu’ils souhaitaient. Ils ont donc formulé leurs questions en terme d’années que les participants étaient prêts à sacrifier pour atteindre leurs objectifs pondéraux [4]. Parmi les répondants, 17 % des hommes seraient prêts à sacrifier plus de trois ans de leur vie et 11 %, plus de cinq ans.

 

Quel corps les hommes désirent-ils avoir?

De nombreuses études sur l’image corporelle indiquent que les hommes aspirent généralement à avoir une morphologie mésomorphe, c’est-à-dire à avoir un corps musclé (torse, bras et épaules) et mince (taille et hanches) en forme de V [1, 2, 5-9]. Les corps mésomorphes se trouvent entre ceux de type ectomorphe (maigre) et endomorphe (en surpoids).

Ne pas avoir ce type de morphologie génère de l’insatisfaction chez les hommes, particulièrement en ce qui a trait au haut du corps, notamment les épaules, le torse, les bras et le ventre [1]. Selon la revue de littérature de McCabe et coll. (2004), cette insatisfaction pousserait les adolescents à vouloir augmenter leur musculature et les adultes, à vouloir perdre du poids en plus d’accroître leur tonus musculaire [10]. McCabe et coll. (2004) indiquent aussi que plus un homme voit son corps différent de l’idéal ou plus il accorde de l’importance à atteindre cet idéal, plus il risque de souffrir d’insatisfaction corporelle [10].

 

Perceptions qu’ont les hommes de l’insatisfaction corporelle

Les hommes frappés du complexe d’Adonis sont non seulement préoccupés ou insatisfaits à l’égard de leur image corporelle, mais ils ont aussi une image déformée de leur corps, se percevant différemment (et habituellement pire) que ce qu’ils sont [11]. La perception qu’ils ont de leur masculinité est également affectée [11]. Pour certains hommes, la musculature et la force physique demeurent les dernières sphères de la masculinité, sphères où ils peuvent se distinguer des femmes en tant qu’hommes, puisque les femmes « ne seront jamais capables de soulever 350 livres en faisant du bench press » [11].

Pope et coll. (2000) indiquent aussi que ces hommes pensent habituellement que leur expérience est unique et ont de la difficulté à croire que les autres hommes qu’ils côtoient, par exemple dans un centre d’entraînement, puissent éprouver le même problème. Cette dernière perception se base entre autres sur le fait qu’un homme qui accorde beaucoup ou trop d’attention à son apparence serait considéré comme étant vaniteux, narcissique, voire féminin et ne devrait pas être affecté ainsi [2, 11]. Selon les normes sociales, les troubles de l’alimentation et de l’image corporelle sont des problématiques de femmes et non d’hommes [2, 11]. La honte d’avoir un « problème de femme » pèse lourd, le besoin du secret est grand, ainsi en parler avec l’entourage représente une tâche colossale, même avec le ou la conjoint [11].

 

Facteurs influençant l’insatisfaction corporelle

Différents facteurs, notamment individuels, influencent le degré de satisfaction ou d’insatisfaction corporelle. Chez les adolescents et les adultes, l’insatisfaction corporelle semblerait être la même, peu importe la culture d’origine [10]. L’orientation sexuelle jouerait également un rôle à l’égard de la satisfaction corporelle chez les adultes, McCabe et coll. (2004) [10] mentionnant qu’en général, la littérature indique que les homosexuels sont plus insatisfaits de leur image corporelle que les hétérosexuels [10], ce qu’appuient Tiggerman et coll. (2007) [12]. Toutefois, certaines études citées par McCabe et coll. (2004) [10] attribueraient cette insatisfaction davantage au genre qu’à l’orientation sexuelle, les homosexuels tendant davantage vers la féminité que la masculinité [10, 13-15]. Chez les adultes, le type d’activité physique pratiquée semble être un facteur d’influence et orienter le degré de satisfaction corporelle chez les hommes, les culturistes tendant à éprouver plus d’insatisfaction corporelle que les coureurs [10].

Par ailleurs, Grognan (2010) [16] relève dans sa revue de littérature que l’insatisfaction corporelle serait liée à une faible estime de soi, à l’intériorisation des idéaux corporels ainsi qu’à la comparaison sociale, c’est-à-dire à la comparaison par rapport aux standards sociaux.

 

Désamorcer l’insatisfaction corporelle

Bombe à retardement potentielle, l’insatisfaction corporelle entraîne les hommes dans une spirale de mécontentement. Plus une personne centre son attention sur son apparence physique, plus elle risque de se sentir mal à l’égard de celle-ci et d’en faire une obsession [11].

Outre qu’elle peut mener à l’adoption de diverses mesures compensatoires (activité physique, régime alimentaire sévère, prises de suppléments, abus de substances…), cette insatisfaction constitue notamment un facteur de risque pour le développement d’un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires, dont la dysmorphie musculaire [11, 12, 16].

Il importe donc d’aider les hommes à trouver des moyens pour désamorcer leur insatisfaction corporelle. Les hommes doivent apprendre à reconnaître leurs problèmes, trouver de nouvelles manières de percevoir leur corps et découvrir d’autres façons d’avoir confiance en eux-mêmes et un sentiment d’accomplissement [11, 16].

L’insatisfaction corporelle n’est pas le seul déterminant qui affecte les hommes; de nombreux autres y contribuent, qu’il importe de comprendre pour venir en aide aux hommes adéquatement.

 

Références

  1. Ogden, J., Body Dissatisfaction, in The Psychology of Eating : from Healthy to Disordered Eating. 2003, Blackwell Publishing: Malden. p. 302.
  2. Adams, G., H. Turner, and R. Bucks, The experience of body dissatisfaction in men. Body Image, 2005. 2(3): p. 271-283.
  3. ÉquilLibre. Poids, image corporelle et habitudes de vie : les différences entre les hommes et les femmes – Étude réalisée par SOM pour le compte d’ÉquiLibre. 2013  [cited 18 octobre 2014; Available from: http://www.equilibre.ca/salle-de-presse/actualites/article/2013/01/cahier-special-les-differences-entre-les-hommes-et-les-femmes/.
  4. Garner, D., The 1997 body image survey results. . Psychology Today, 1997. 1(Jan-Feb): p. 30-84.
  5. Blashill, A.J., Gender roles, eating pathology, and body dissatisfaction in men: a meta-analysis. Body Image, 2011. 8(1): p. 1-11.
  6. Blond, A., Impacts of exposure to images of ideal bodies on male body dissatisfaction: A review. Body Image, 2008. 5(3): p. 244-250.
  7. Cafri, G. and J.K. Thompson, Measuring Male Body Image: A Review of the Current Methodology. Psychology of Men & Masculinity, 2004. 5(1): p. 18-29.
  8. Grognan, S. and H. Richards, Body Image: Focus Groups with Boys and Men. Men and Masculinities, 2002. 4(3): p. 219-232.
  9. Murnen, S.K., Gender and Body Images, in Body Image : a Handbook of Science, Practice and Prevention, T.F. Cash and L. Smolak, Editors. 2011, The Guilford Press: New Yok. p. 173-179.
  10. McCabe, M.P. and L.A. Ricciardelli, Body image dissatisfaction among males across the lifespan: A review of past literature. Journal of Psychosomatic Research, 2004. 56(6): p. 675-685.
  11. Pope, H.G., Jr., K.A. Phillips, and R. Olivardia, The Adonis Complex: How to Identify, Treat, and Prevent Body Obsession in Men and Boys. 2000: Touchstone. 286 pages.
  12. Tiggemann, M., Y. Martins, and A. Kirkbride, Oh to be lean and muscular: Body image ideals in gay and heterosexual men. Psychology of Men & Masculinity, 2007. 8(1): p. 15-24.
  13. Lakkis, J., L. Ricciardelli, and R. Williams, Role of Sexual Orientation and Gender-Related Traits in Disordered Eating. Sex Roles, 1999. 41(1-2): p. 1-16.
  14. Strong, S., D. Singh, and P. Randall, Childhood Gender Nonconformity and Body Dissatisfaction in Gay and Heterosexual Men. Sex Roles, 2000. 43(7-8): p. 427-439.
  15. Meyer, C., J. Blissett, and C. Oldfield, Sexual orientation and eating psychopathology: the role of masculinity and femininity. Int J Eat Disord, 2001. 29(3): p. 314-8.
  16. Grogan, S., Promoting Positive Body Image in Males and Females: Contemporary Issues and Future Directions. Sex Roles, 2010. 63: p. 757-765.

Dernière mise à jour : 19 février 2016 à 16h06

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