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Masculinité

L’influence des médias : jusqu’où peut-elle aller?


Constamment exposés à des images de corps toujours plus musclés et parfaitement découpés, les hommes sont poussés à atteindre l’inatteignable. Des effets néfastes sur l’estime de soi et la perception de l’image corporelle s’ensuivent de cette influence médiatique perverse.

Ce que vous devez retenir:

• Une exposition élevée à des images d’idéaux corporels irréalistes augmente l’insatisfaction corporelle et diminue l’estime de soi.

• Cette influence des médias se traduit particulièrement chez les hommes par une insatisfaction de la dimension de leurs muscles, de leur taille et de leur poitrine.

• Le fait de se comparer à une personne ayant des attributs considérés supérieurs aux siens pourrait avoir une contribution importante aux conséquences négatives des images médiatiques.

• Plus les individus sont exposés aux médias de masse, plus ils seraient susceptibles d’internaliser des images de corps idéal et de les considérer comme étant des buts réalistes à atteindre.

Cultiver l’insatisfaction

Au cours des dernières décennies, les images présentant un idéal masculin ont évolué vers des représentations difficilement atteignables naturellement qui se sont multipliées dans les médias de toutes sortes : magazines, vidéos clips, télévision, cinéma, etc. [1].

Pendant que l’auditoire féminin se fait marteler de minceur, l’idéal corporel au masculin dans les médias est plutôt dépeint comme étant oui mince, mais également musclé et de type mésomorphe [2]. Tel qu’est le cas pour les femmes, le corps masculin idéal présenté dans les médias est significativement non concordant avec la taille masculine moyenne [3]. Inévitablement, cette exposition à des idéaux irréalistes a provoqué une augmentation du nombre d’hommes vivant avec une insatisfaction de leurs muscles [4, 5] et, du même coup, une incidence accrue des perturbations de l’image corporelle cliniquement significatives, telles que la dysmorphie musculaire [6].

Plusieurs chercheurs se sont penchés sur l’impact de cette exposition médiatique élevée sur l’estime de soi et l’insatisfaction corporelle. Par exemple, dans une étude citée par Ogden [7], femmes et hommes devaient indiquer leur degré de satisfaction corporelle avant et après avoir regardé des images de femmes et d’hommes minces et gros. Tous les participants ont indiqué éprouver plus de satisfaction lorsqu’ils examinaient des images de personnes en surpoids et moins lorsqu’ils étaient confrontés à des images de personnes minces [7]. Comme l’indique Ogden (2003), si les participants réagissent aussi promptement après avoir regardé brièvement des images, cette étude laisse entrevoir l’ampleur de l’impact d’être exposé à des images de façon continue et à long terme [7].

 

Conséquences néfastes spécifiques aux hommes

Plus spécifiquement aux hommes, l’une des premières études à investiguer l’impact des médias sur l’image corporelle masculine [5] révélait que les hommes ayant été exposés aux publicités imprimées illustrant de la musculature rapportaient une inconsistance significativement plus grande entre leur corps actuel et idéal que le groupe contrôle. Ce résultat a été corroboré par une autre étude [3] qui concluait que les auto-évaluations des hommes exposés aux publicités imprimées axant sur les muscles prédisaient un écart significativement plus grand entre la dimension actuelle et idéale de leur taille et pectoraux.

Les publicités de télévision semblent avoir un impact similaire, puisque d’autres études ont montré que les hommes ayant vu des annonces illustrant un corps masculin idéal rapportaient des niveaux significativement plus élevés d’insatisfaction corporelle [8] et de plus faibles sentiments d’attirance physique et de satisfaction musculaire [9] comparativement aux hommes ayant vu des annonces neutres.

Barlett et coll. (2005) [10] ont obtenu des résultats semblables en utilisant des figurines d’action : ils ont invité des étudiants à se livrer à un jeu structuré avec des figurines musclées soit de façon modérée, soit de façon irréaliste. Les étudiants ayant joué avec des figurines abusivement musclées ont rapporté une estime de leur image corporelle significativement plus faible que ceux ayant joué avec des figurines modérément musclées, et que ceux n’ayant pas joué avec des figurines du tout.

 

Explications possibles de cet impact médiatique

Deux théories ont été mises de l’avant par Carper et coll.  (2010) [11] pour expliquer cet impact des messages médiatiques sur les préoccupations de l’image corporelle.

Selon la théorie de la comparaison sociale [12], les individus s’autoévaluent en se comparant aux autres. Les répercussions sur l’individu varient selon le type de comparaison sociale. Par exemple, plusieurs chercheurs suggèrent qu’une comparaison sociale ascendante (consistant à se comparer à une personne considérée comme mieux que soi) aurait une contribution importante aux conséquences négatives des images médiatiques. Tiggemann et McGill (2004) [13] ont appuyé cette idée de façon empirique. En effet, leurs résultats suggèrent qu’une comparaison sociale de type ascendante sert d’intermédiaire dans la relation entre l’exposition aux médias et l’insatisfaction corporelle. En d’autres termes, ces auteurs ont observé que plus les sujets étaient engagées dans un processus de comparaison, plus ils risquaient de présenter une humeur négative, une insatisfaction corporelle et une anxiété relative au poids.

La théorie de la culture [14], quant à elle, suggère plutôt que l’internalisation des messages médiatiques, aussi implicites soient-ils, ait un effet cumulatif sur la perception de la réalité sociale des individus. Appliquée à l’image corporelle et aux troubles alimentaires, cette théorie propose que plus les individus sont exposés aux médias de masse, plus ils sont susceptibles d’internaliser des images de corps idéal et de les considérer comme étant des buts réalistes à atteindre [15]. La théorie de la culture est également appuyée par des données empiriques dans la littérature scientifique [16, 17].

Somme toute, les hommes tout comme les femmes ne sont point à l’abri de cette influence médiatique malsaine. En cultivant une éternelle insatisfaction corporelle, les médias peuvent contribuer à la genèse de troubles de l’image corporelle. Ainsi, il est dans l’intérêt des professionnels de la santé de rester à l’affût des symptômes de ce genre de troubles et d’encourager les représentations saines et diversifiées du corps dans les médias.

 

Références

  1. Pope, H.G., Jr., K.A. Phillips, and R. Olivardia, The Adonis Complex: How to Identify, Treat, and Prevent Body Obsession in Men and Boys. 2000: Touchstone. 286 pages.
  2. McCreary, D.R. and D.K. Sasse, An exploration of the drive for muscularity in adolescent boys and girls. J Am Coll Health, 2000. 48(6): p. 297-304.
  3. McCabe, M.P., K. Butler, and C. Watt, Media influences on attitudes and perceptions toward the body among adult men and women. Journal of applied biobehavioral research, 2007. 12(2): p. 101-118.
  4. Garner, D., The 1997 body image survey results. . Psychology Today, 1997. 1(Jan-Feb): p. 30-84.
  5. Leit, R.A., J.J. Gray, and H.G. Pope, The media’s representation of the ideal male body: A cause for muscle dysmorphia? International Journal of Eating Disorders, 2002. 31(3): p. 334-338.
  6. Pope, H.G., et al., Muscle dysmorphia: An underrecognized form of body dysmorphic disorder. Psychosomatics, 1997. 38(6): p. 548-557.
  7. Ogden, J., Body Dissatisfaction, in The Psychology of Eating : from Healthy to Disordered Eating. 2003, Blackwell Publishing: Malden. p. 302.
  8. Agliata, D. and S. Tantleff-Dunn, The impact of media exposure on males’ body image. Journal of Social and Clinical Psychology, 2004. 23(1): p. 7-22.
  9. Hargreaves, D.A. and M. Tiggemann, Muscular ideal media images and men’s body image: Social comparison processing and individual vulnerability. Psychology of Men & Masculinity, 2009. 10(2): p. 109-119.
  10. Barlett, C., et al., Action figures and men. Sex Roles, 2005. 53(11-12): p. 877-885.
  11. Carper, T.L., C. Negy, and S. Tantleff-Dunn, Relations among media influence, body image, eating concerns, and sexual orientation in men: A preliminary investigation. Body Image, 2010. 7(4): p. 301-9.
  12. Festinger, L., A theory of social comparison processes. Human relations, 1954. 7(2): p. 117-140.
  13. Tiggemann, M. and B. McGill, The role of social comparison in the effect of magazine advertisements on women’s mood and body dissatisfaction. Journal of Social and Clinical Psychology, 2004. 23(1): p. 23-44.
  14. Gerbner, G., Toward “cultural indicators”: The analysis of mass mediated public message systems. Educational Technology Research and Development, 1969. 17(2): p. 137-148.
  15. Duggan, S.J. and D.R. McCreary, Body image, eating disorders, and the drive for muscularity in gay and heterosexual men: the influence of media images. J Homosex, 2004. 47(3-4): p. 45-58.
  16. Nabi, R.L. and S. Clark, Exploring the limits of social cognitive theory: Why negatively reinforced behaviors on TV may be modeled anyway. Journal of Communication, 2008. 58(3): p. 407-427.
  17. Stice, E., et al., Relation of media exposure to eating disorder symptomatology: an examination of mediating mechanisms. Journal of abnormal psychology, 1994. 103(4): p. 836.

Dernière mise à jour : 6 janvier 2016 à 16h49

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