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Image corporelle

L’idéal corporel au masculin


Les idéaux corporels projetés par différents médias ne touchent pas seulement les femmes : les hommes en sont aussi affectés. Confrontés à cet idéal corporel masculin, les hommes nourrissent diverses perceptions qui peuvent jusqu’à se transformer en préoccupations destructives.

Ce que vous devez retenir:

• Le corps idéal au masculin est musclé aux épaules, aux bras et au torse et mince aux hanches et à la taille.

• Les idéaux corporels ne sont pas les mêmes pour les hommes que pour les femmes : pour les hommes, cet idéal est beaucoup plus musclé que pour les femmes.

• Être musclé et mince est le symbole de la masculinité et est associé à des caractéristiques jugées positives comme le charme, la force, la bravoure, le contrôle et le fait d’être heureux.

• La représentation du corps masculin dans divers médias a évolué pour laisser place à un idéal pratiquement inatteignable de façon saine.

• Ne pas atteindre l’idéal corporel rendrait les hommes vulnérables, leur ferait vivre de l’anxiété ainsi qu’un sentiment d’échec.

Caractéristiques du corps idéal

Avoir un corps idéal pour un homme signifie avoir le haut du corps (épaules, torse et bras) musclé et le bas du corps mince (taille et hanches) [1-8]. Une telle morphologie est dite mésomorphe et se trouve entre celles de type ectomorphe (maigre, à gauche) et endomorphe (en surpoids, à droite) (voir figure 1).

Figure 1 | Morphologies masculines

Figure 1 | Morphologies masculines

Chez les homosexuels, l’idéal corporel inclurait aussi le fait d’avoir une apparence jeune selon les études citées par Tiggerman et coll. (2007) [9]. Ces auteurs soulignent toutefois que cette caractéristique aurait été peu étudiée [9].

 

Idéal corporel : ce qu’en perçoivent les hommes et les femmes

Selon la revue de littérature de McCabe et Ricciardelli (2004) [10], plusieurs études ont démontré que les hommes jugent que le corps masculin idéal est beaucoup plus massif que le leur. Selon plusieurs chercheurs, les hommes pensent aussi que les femmes ont comme idéal corporel masculin des hommes plus musclés qu’ils ne le sont [1, 10, 11]. Dans leurs études aux États-Unis et en Europe, Pope et coll. (2000) [11] ont notamment constaté que les hommes pensent que les femmes recherchent un homme dont le corps est de 7 à 10 kilos (15 à 20 livres) plus musclé que celui qu’elles indiquent rechercher en réalité.

 

Ce que les apparences disent

Particulièrement populaire dans les médias occidentaux, ce type de corps, mince et musclé, est idéalisé par les hommes [1, 3, 4, 11]. À cette physionomie sont associées différentes significations.

Au-delà du fait de représenter la masculinité, être mince et musclé s’accompagnerait de caractéristiques jugées positives telles qu’être séduisant, fort, efficace, heureux [1, 3, 8]. Certains auteurs ont aussi relevé que plusieurs des répondants considèrent que l’apparence en dit long sur la masculinité d’une personne, sa force, sa bravoure, sa viabilité génétique et son pouvoir [4, 8, 10].

Cette physionomie montre aussi une capacité au contrôle, comme l’illustre cette remarque de David Zinczenko, auteur du livre The Abs Diet, citée par Sarah Grogan (2008) [12] : « d’une certaine façon, être mince est plus que jamais un symbole de statut vu l’ampleur du poids de certaines personnes. Si vous avez un ventre plat, vous êtes probablement en contrôle malgré un contexte très éprouvant. De nos jours (…) tout le monde peut s’acheter une télévision plasma. Avoir un ventre plat est beaucoup plus difficile à faire. C’est une façon de se démarquer. »

 

Évolution des représentations de l’idéal masculin

Que ce soit dans les magazines, les vidéoclips, à la télévision, au cinéma ou dans la publicité, la représentation de l’idéal masculin a évolué au cours des dernières décennies. Plusieurs auteurs ont étudié cette représentation dans différents médiums pour constater l’accroissement de la musculature chez les hommes [3, 10, 11, 13]. Leit et coll. (2001) [13] ont examiné de près les pages centrales du magazine Playgirl de 1973 à 1997. Ces auteurs ont conclu que les corps des hommes deviennent de plus en plus musclés au fil des années, à un point tel qu’il devient impossible d’avoir le même type de corps sans recourir à des moyens malsains [13]. Pope et coll. (2001) [11] ont fait le même constat en étudiant les figurines pour garçons, celles-ci arborant une musculature extrême, voire irréaliste, au torse et aux abdominaux taillés au couteau (voir figure 2).

Figurines Star Wars

Figure 2 | Évolution des figurines de 1978 à 1998
(Image tirée de Pope et coll. (1999) [14])

En outre, les magazines pour hommes qui portent sur la santé, la mise en forme ou la mode se sont multipliés au cours des dernières décennies [2, 11]. Le nombre d’abonnements à ceux-ci a également augmenté de façon marquée [11]. Les publicités sont aussi plus nombreuses à présenter les hommes comme des objets de diverses natures pour vendre de tout [2, 8, 9, 15].

 

Cosmétiques et chirurgies esthétiques : un marché florissant

Comme pour les magazines, la popularité des produits cosmétiques et des chirurgies esthétiques est aussi en croissance selon Pope et coll. (2000) [11]. Selon Euromonitor International, entreprise en recherche stratégique, le marché des produits de beauté pour hommes cumulait en 2012 des ventes de 34 milliards $ US, en hausse de 7 % par rapport à l’année précédente, et représente 8 % du marché mondial [16]. Du côté des chirurgies esthétiques, elles auraient augmenté de 273 % depuis 1997 chez les hommes selon le site de l’American Society for Aesthetic Plastic Surgery [17]. Plus d’un million d’interventions, telles que la liposuction ou la réduction mammaire, auraient été effectuées chez les hommes aux États-Unis, en 2013 [17].

 

Dommages collatéraux des idéaux corporels

La poursuite de l’idéal corporel est renforcée des pressions socioculturelles à l’atteindre, et ces pressions émanent de divers intermédiaires, comme les médias, les pairs ou la famille [8, 10, 11]. Mishkind et coll. (1986) [8] renchérissent en indiquant que ces pressions sont par ailleurs renforcées par le lien jugé socialement indissociable entre masculinité et force musculaire : pour être un homme, il faut être fort et musclé.

Par conséquent, comme l’idéal corporel défini précédemment constitue le porte-étendard de la masculinité, ne pas l’atteindre rendrait les hommes vulnérables, leur ferait vivre de l’anxiété ainsi qu’un sentiment d’échec [8, 10, 11]. Pope et coll. (2000) [11] indiquent aussi qu’ils se referment sur eux-mêmes, aux prises avec un sentiment d’humiliation et une anxiété face à leur échec.

Comme certains auteurs le soulignent, l’augmentation de l’insatisfaction corporelle chez les hommes pourrait donc être liée à la visibilité accrue de cet idéal dans la culture populaire [2, 11, 13]. Toutefois, pour que les hommes en soient affectés, ils doivent avoir intériorisé cet idéal corporel et vouloir l’atteindre [8, 10, 11].

Un travail de fond sur les représentations de l’idéal corporel masculin s’avère donc nécessaire pour aider les hommes à se défaire de son emprise, mais surtout de ses conséquences.

 

 Références

  1. Blashill, A.J., Gender roles, eating pathology, and body dissatisfaction in men: a meta-analysis. Body Image, 2011. 8(1): p. 1-11.
  2. Blond, A., Impacts of exposure to images of ideal bodies on male body dissatisfaction: A review. Body Image, 2008. 5(3): p. 244-250.
  3. Cafri, G. and J.K. Thompson, Measuring Male Body Image: A Review of the Current Methodology. Psychology of Men & Masculinity, 2004. 5(1): p. 18-29.
  4. Adams, G., H. Turner, and R. Bucks, The experience of body dissatisfaction in men. Body Image, 2005. 2(3): p. 271-283.
  5. Grognan, S. and H. Richards, Body Image: Focus Groups with Boys and Men. Men and Masculinities, 2002. 4(3): p. 219-232.
  6. Murnen, S.K., Gender and Body Images, in Body Image : a Handbook of Science, Practice and Prevention, T.F. Cash and L. Smolak, Editors. 2011, The Guilford Press: New Yok. p. 173-179.
  7. Ogden, J., Body Dissatisfaction, in The Psychology of Eating : from Healthy to Disordered Eating. 2003, Blackwell Publishing: Malden. p. 302.
  8. Mishkind, M.E., et al., The Embodiment of Masculinity: Cultural, Psychological, and Behavioral Dimensions. American Behavioral Scientist, 1986. 29(5): p. 545-562.
  9. Tiggemann, M., Y. Martins, and A. Kirkbride, Oh to be lean and muscular: Body image ideals in gay and heterosexual men. Psychology of Men & Masculinity, 2007. 8(1): p. 15-24.
  10. McCabe, M.P. and L.A. Ricciardelli, Body image dissatisfaction among males across the lifespan: A review of past literature. Journal of Psychosomatic Research, 2004. 56(6): p. 675-685.
  11. Pope, H.G., Jr., K.A. Phillips, and R. Olivardia, The Adonis Complex: How to Identify, Treat, and Prevent Body Obsession in Men and Boys. 2000: Touchstone. 286 pages.
  12. Grogan, S., Body image : understanding body dissatisfaction in men, women, and children. 2008, London; New York: Routledge.
  13. Leit, R.A., H.G. Pope, and J.J. Gray, Cultural expectations of muscularity in men: The evolution of playgirl centerfolds. International Journal of Eating Disorders, 2001. 29(1): p. 90-93.
  14. Pope, H.G., Jr., et al., Evolving ideals of male body image as seen through action toys. Int J Eat Disord, 1999. 26(1): p. 65-72.
  15. Trujillo, N., Machines, Missiles, and Men: Images of the Male Body on ABC’s Monday Night Football Sociology of Sport Journal, 1995. 12: p. 403-423
  16. Euromonitor. Market Leaders and Innovators in Men’s Grooming. 2013  13 novembre 2014]; Available from: http://blog.euromonitor.com/2013/11/market-leaders-and-innovators-in-mens-grooming.html.
  17. The American Society for Aesthetic Plastic Surgery. The American Society for Aesthetic Plastic Surgery Reports Americans Spent Largest Amount on Cosmetic Surgery Since The Great Recession of 2008. 2014  13 novembre 2014]; Available from: http://www.surgery.org/media/news-releases/the-american-society-for-aesthetic-plastic-surgery-reports-americans-spent-largest-amount-on-cosmetic-surger.

Dernière mise à jour : 19 août 2015 à 13h59

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