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Hyperphagie - Boulimie

L’hyperphagie boulimique : le trouble caché du surpoids


Entre 30 et 50 % des personnes obèses présentent de l’hyperphagie boulimique. Contrairement aux autres troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) qui affectent une majorité de femmes, 40 % des personnes qui souffrent d’hyperphagie boulimique sont des hommes [1, 2]. C’est donc un aspect important à considérer et à garder en tête lors d’une consultation professionnelle avec un homme.

Ce que vous devez retenir:

• Les personnes qui souffrent d’hyperphagie boulimique sont généralement en surpoids ou obèses et développent ce trouble davantage à l’âge adulte. Près de la moitié des personnes atteintes sont des hommes.

• L’hyperphagie boulimique se caractérise par des crises de boulimie récurrentes sans comportement compensatoire et est souvent associée à la pratique de régimes restrictifs et/ou d’activité physique intense dans le cas des hommes.

• Les valeurs métaboliques telles le niveau de cholestérol sanguin et la glycémie à jeun sont davantage affectées chez les hommes hyperphagiques et nécessitent une prise en charge interdisciplinaire.

Qu’est-ce que l’hyperphagie boulimique

L’hyperphagie boulimique se caractérise par des épisodes récurrents de crises de boulimie, en l’absence toutefois de comportements compensatoires [3]. L’apport excessif de calories lors de ces crises explique en partie le surplus de poids présent chez les gens atteints de ce trouble.

Comparativement aux autres TACA comme l’anorexie et la boulimie qui affectent un faible pourcentage d’hommes (respectivement 0,3 % et 0,5 %), la prévalence de l’hyperphagie boulimique chez les hommes est de 2,5%, soit un taux comparable à celui des femmes (3%) [1]. Malgré la forte prévalence des hommes dans cette condition, ceux-ci demeurent sous-représentés dans les études cliniques à ce sujet et les professionnels de la santé connaissent encore peu ce type de TACA, notamment chez les hommes [4].

Tandis que l’anorexie et la boulimie surviennent davantage au cours de l’adolescence, l’hyperphagie boulimique apparaît souvent à l’âge adulte, et ce, tant chez les hommes que chez les femmes [5]. L’insatisfaction corporelle combinée à la pratique de régimes restrictifs sont des facteurs précipitants pour ce type de TACA. Les restrictions mènent aux compulsions alimentaires, qui sont souvent reliées à une mauvaise gestion des émotions (stress, frustration, tristesse, etc.) [6, 7]. Très peu d’études abordent la difficulté de gestion des émotions chez les hommes. Toutefois, il est démontré que, comparativement aux femmes, les hommes seraient plus enclins à utiliser la pratique d’activité physique intense pour gérer leur poids [8].

Les critères diagnostiques

Dans la dernière version du DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders) publiée en 2013, l’hyperphagie boulimique est officiellement devenue un TACA à part entière [9]. Voici les critères du DSM-5 permettant le diagnostic de l’hyperphagie boulimique [3]:

A. Survenue récurrente de crises de boulimie (« binge eating »). Une crise de boulimie se caractérise par les deux critères suivants :

– Absorption, en une période de temps limitée (par exemple, moins de 2 heures), d’une quantité de nourriture largement supérieure à ce que la plupart des gens absorberaient en une période de temps similaire et dans les mêmes circonstances.

– Sentiment de perte de contrôle sur le comportement alimentaire pendant la crise.

B. Les crises de boulimie sont associées à trois des caractéristiques suivantes (ou plus):

a. Manger beaucoup plus rapidement que la normale.
b. Manger jusqu’à éprouver une sensation pénible de distension abdominale (augmentation du volume de l’abdomen lié entre autres aux ballonnements).
c. Manger de grandes quantités de nourriture en l’absence d’une sensation physique de faim.
d. Manger seul par gêne de la quantité de nourriture absorbée.
e. Se sentir dégoûté de soi-même, déprimé ou très coupable après avoir trop mangé.

C. Le comportement boulimique est source d’une souffrance marquée.

D. Le comportement boulimique survient, en moyenne, une fois par semaine pendant 3 mois.

E. Le comportement boulimique n’est pas associé au recours régulier à des comportements compensatoires inappropriés (c.-à-d. vomissements provoqués, emploi abusif de laxatifs, diurétiques ou lavements, jeûne, exercice physique abusif) et ne survient pas exclusivement au cours d’une anorexie mentale ou d’une boulimie.

La fréquence des crises de boulimie permet d’évaluer la sévérité de la maladie [3].

Comment intervenir

De façon générale pour ce trouble, les professionnels de la santé doivent mettre de côté les stéréotypes reliés aux TACA et être vigilants afin d’identifier leurs patients en surpoids à risque de développer de l’hyperphagie boulimique. Une prise en charge interdisciplinaire demeure la clé d’une intervention réussie [9]. Malgré la présence d’un surpoids, les régimes et les objectifs de perte de poids doivent être mis de côté lors du processus de traitement de l’hyperphagie boulimique. L’accent doit plutôt être mis sur une meilleure gestion des émotions et l’amélioration de la satisfaction corporelle.

Il est à noter que plusieurs études démontrent que les valeurs métaboliques des hommes hyperphagiques sont davantage affectées par leur condition. Ceux-ci ont en effet des taux de cholestérol sanguin et une glycémie à jeun plus élevés [10]. Puisque la prise en charge d’un patient avec un syndrome métabolique ne sera pas la même si celui-ci souffre en plus d’hyperphagie boulimique, il est primordial que les professionnels de la santé ouvrent l’œil et soient à l’affût de l’existence de ce trouble, spécialement chez les hommes.

 

Références

  1. Hudson, J.I., et al., The prevalence and correlates of eating disorders in the National Comorbidity Survey Replication. Biol Psychiatry, 2007. 61(3): p. 348-58.
  2. Spitzer, R.L., et al., Binge Eating Disorder: A Multisite Field Trial of the Diagnostic Criteria. International Journal of Eating Disorders, 1991. 11(3): p. 191-203.
  3. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  4. Franko, D.L., et al., Racial/ethnic differences in adults in randomized clinical trials of binge eating disorder. J Consult Clin Psychol, 2012. 80(2): p. 186-95.
  5. Wilfley, D.E., et al., Classification of eating disorders: toward DSM-V. Int J Eat Disord, 2007. 40 Suppl: p. S123-9.
  6. Blomquist, K.K., et al., Interpersonal problems and developmental trajectories of binge eating disorder. Compr Psychiatry, 2012. 53(8): p. 1088-95.
  7. Brockmeyer, T., et al., Difficulties in emotion regulation across the spectrum of eating disorders. Compr Psychiatry, 2014. 55(3): p. 565-71.
  8. Udo, T., et al., Sex differences in biopsychosocial correlates of binge eating disorder: a study of treatment-seeking obese adults in primary care setting. Gen Hosp Psychiatry, 2013. 35(6): p. 587-91.
  9. Stein, K., The politics and process of revising the DSM-V and the impact of changes on dietetics. J Acad Nutr Diet, 2014. 114(3): p. 350-65.
  10. Hudson, J.I., et al., Longitudinal study of the diagnosis of components of the metabolic syndrome in individuals with binge-eating disorder. Am J Clin Nutr, 2010. 91(6): p. 1568-73.

Dernière mise à jour : 24 mars 2016 à 11h27

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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