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Dépression

Les risques d’un réseau social peu soutenant


Le soutien social est considéré comme un élément important dans la promotion de la santé, puisqu’il fournit une assistance aux besoins physiques et émotionnels d’un individu et aide à atténuer les facteurs de stress qui affectent sa qualité de vie [1]. Découvrez ici comment un réseau social peu soutenant peut devenir un risque pour le développement d’un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA).

Ce que vous devez retenir:

• L’absence d’un réseau social actif, stable et fiable est considérée par certains chercheurs comme un facteur de risque pour le développement de diverses maladies.

• La perception de manquer de soutien inconditionnel de son réseau social prédisposerait un individu à développer des sentiments négatifs à l’égard de son image corporelle et des symptômes de TACA.

• Pour une quantité équivalente de soutien social disponible, les personnes boulimiques seraient davantage insatisfaites du soutien social qu’elles reçoivent comparativement aux personnes atteintes d’anorexie.

• Les sites Web et forums en ligne offrent un soulagement à court terme des difficultés reliées aux symptômes de TACA, mais ne pourraient remplacer à long terme le support social des relations hors ligne requis pour le rétablissement d’un TACA.

• Dans le traitement d’un TACA, les interventions développées pour encourager les patients à élargir leur réseau social et développer de meilleures méthodes pour susciter du soutien social peuvent être très utiles lorsqu'elles sont accompagnées d’une thérapie cognitivo-comportementale standard.

Le réseau social, un déterminant de la santé en général

Dès la naissance, les individus établissent des liens émotifs à travers une interaction régulière avec les gens de leurs réseaux sociaux. Selon plusieurs recherches citées par Leonidas et dos Santos [2], ces interactions sont cruciales à la qualité de vie en générale [3-5]. Sluzki [4] (cité par Leonidas et don Santos [2]) croit spécifiquement que la santé des individus serait directement reliée à l’établissement d’un réseau social actif, stable et fiable. L’absence de ce type de relation sociale peut être considérée comme un facteur de risque pour le développement de diverses maladies [4].

 

Un faible soutien social : facteur de risque ou de maintien des TACA?

Dans le cas spécifique des TACA, le mécanisme précis par lequel le soutien social influence leur développement est encore inconnu [5]. Par contre, des études suggèrent que les symptômes de TACA pourraient être reliés à des niveaux appauvris de soutien social [6, 7].

Certains chercheurs soutiennent que l’acceptation perçue par un individu de la part des membres de son environnement social agirait comme un filet de protection contre le développement de TACA [8]. Dans le cas contraire, la perception d’avoir un manque de soutien inconditionnel prédisposerait l’individu au développement de sentiments négatifs à l’égard de son image corporelle ainsi que de symptômes de TACA [9].

D’autres auteurs croient que les difficultés à établir et maintenir des relations interpersonnelles pourraient être reliées à la prédisposition, la perpétuation et/ou le maintien de symptômes de TACA [2]. Stice [10] suggère quant à lui que les niveaux de soutien social peuvent diminuer une fois qu’un TACA s’établit, plutôt que de mener au développement du TACA; les caractéristiques des TACA mènent souvent les individus qui en souffrent à vivre de plus en plus dans le secret, notamment concernant la quantité d’aliments ingérés, l’utilisation de techniques de purge et la quantité de poids perdu. Ainsi, les opportunités d’avoir des relations de confiance ouvertes peuvent être limitées et la personne souffrante peut avoir de la difficulté à chercher de l’aide lorsque le besoin se présente.

 

Boulimie vs. Anorexie : des perceptions différentes

La recherche a montré que les individus souffrant de boulimie ont souvent peu d’habiletés à développer un bon réseau social; ceux-ci auraient de la difficulté avec leurs relations interpersonnelles et ne s’adapteraient pas bien socialement [11].

D’après une étude de Tiller et coll. [12], les personnes boulimiques expriment généralement des niveaux plus élevés d’insatisfaction à l’égard de leur soutien social, tandis que les personnes anorexiques tendent à être plus satisfaites. Selon les auteurs, ces différences reflètent davantage une variation dans les attentes à l’égard du soutien plutôt que de réelles différences dans la quantité de soutien social disponible pour chacun des deux groupes.

 

Sites Web et forums en ligne, est-ce une bonne source de soutien?

Outre les réseaux sociaux formés de la famille et des amis, les sites Web et forums en ligne ont également été étudiés et caractérisés par les utilisateurs comme des sources potentielles de soutien social [13-15]. Par contre, s’agit-il vraiment d’un soutien durable?

Des chercheurs ont voulu explorer le phénomène des sites Web pro-anorexiques et pro-boulimiques [13-16]. Les utilisateurs interrogés dans ces recherches ont rapporté, entre autres, recevoir moins de support dans leurs relations hors ligne (c.-à-d. les interactions en face à face avec les personnes de leur environnement social) que dans leurs relations en ligne sur ces sites Web, autant par rapport à leurs préoccupations générales que leurs difficultés reliées à l’alimentation [15, 16].

Certains de ces auteurs [13] croient que l’aspect le plus problématique de ces sites Web pro-TACA est qu’ils offrent aux utilisateurs une sorte de mirage social : le sentiment de soutien, de connexion et d’interactions sociales qui leur manquent dans leur environnement hors ligne. Malgré un soulagement des difficultés reliées au TACA à court terme, Brotsky et Giles [13] sont d’avis que ce sentiment de soutien ne parvient pas à procurer le support requis à long terme pour se protéger contre les dévastations physiques, psychologiques et émotionnelles de TACA comme l’anorexie et la boulimie. Un clic de souris suffit pour supprimer des cyber-amis en ligne; ceux-ci ne pourront donc jamais remplacer l’amour et l’attention des amis, des conjoint(e)s et des membres de la famille [13].

 

Améliorer le réseau social dans les interventions

Dans une étude ayant suivi durant 10 ans le rétablissement de femmes boulimiques traitées, Collings et King [17] ont noté que le manque d’une relation de soutien par un proche affectait le rétablissement de ces femmes et était associé à des problèmes psychiatriques. D’après Tiller et coll. [12], il est d’ailleurs de plus en plus reconnu que la thérapie cognitivo-comportementale à elle seule ne convient pas pour certains individus et d’autres approches de traitement ciblant le fonctionnement interpersonnel devraient être développées [18]. Ces auteurs croient également que les interventions développées pour encourager les patients à élargir leur réseau social et développer de meilleures méthodes pour susciter du soutien social peuvent être très utiles lorsqu’accompagnées d’une thérapie cognitivo-comportementale standard.

Du côté préventif, quelques études [19-21] ont également montré que les groupes de soutien par les pairs pouvaient s’avérer efficaces pour prévenir les TACA chez des populations féminines adolescentes. Par contre, l’efficacité de cette méthode de prévention n’a pas encore été testée chez les garçons et les hommes.

 

Références

  1. Bullock, K., Family social support, in Promoting health in families: applying family research and theory to nursing practice, P.J. Bomar, Editor. 2004, Elsevier Health Sciences. p. 141-161.
  2. Leonidas, C. and M.A. dos Santos, Social support networks and eating disorders: an integrative review of the literature. Neuropsychiatric disease and treatment, 2014. 10: p. 915.
  3. Cavaliere, I.A.d.L. and S.G. Costa, [Social isolation, sociability and social care networks]. Physis: Revista de Saúde Coletiva, 2011. 21(2): p. 491-516. Portuguese.
  4. Sluzki, C.E., [The Social Network: Frontier of Systemic Practices]. 1996, Barcelona, Spain: Gedisa. Spanish.
  5. Limbert, C., Perceptions of social support and eating disorder characteristics. Health care for women international, 2010. 31(2): p. 170-178.
  6. Aime, A., S. Sabourin, and C. Ratte, The eating disturbed spectrum in relation with coping and interpersonal functioning. Eating and Weight Disorders-Studies on Anorexia, Bulimia and Obesity, 2006. 11(2): p. 66-72.
  7. Wonderlich-Tierney, A.L. and J.S. Vander Wal, The effects of social support and coping on the relationship between social anxiety and eating disorders. Eating behaviors, 2010. 11(2): p. 85-91.
  8. Stice, E. and K. Whitenton, Risk factors for body dissatisfaction in adolescent girls: a longitudinal investigation. Developmental psychology, 2002. 38(5): p. 669.
  9. Ghaderi, A., Structural modeling analysis of prospective risk factors for eating disorder. Eating Behaviors, 2003. 3(4): p. 387-396.
  10. Stice, E., Risk and maintenance factors for eating pathology: a meta-analytic review. Psychological bulletin, 2002. 128(5): p. 825.
  11. Striegel-Moore, R.H., L.R. Silberstein, and J. Rodin, Toward an understanding of risk factors for bulimia. American Psychologist, 1986. 41(3): p. 246.
  12. Tiller, J.M., et al., Social support in patients with anorexia nervosa and bulimia nervosa. International journal of eating disorders, 1997. 21(1): p. 31-38.
  13. Brotsky, S.R. and D. Giles, Inside the “pro-ana” community: A covert online participant observation. Eating disorders, 2007. 15(2): p. 93-109.
  14. Mulveen, R. and J. Hepworth, An interpretative phenomenological analysis of participation in a pro-anorexia internet site and its relationship with disordered eating. Journal of health psychology, 2006. 11(2): p. 283-296.
  15. Csipke, E. and O. Horne, Pro‐eating disorder websites: users’ opinions. European Eating Disorders Review, 2007. 15(3): p. 196-206.
  16. Ransom, D.C., et al., Interpersonal interactions on online forums addressing eating concerns. International Journal of Eating Disorders, 2010. 43(2): p. 161-170.
  17. Collings, S. and M. King, Ten-year follow-up of 50 patients with bulimia nervosa. The British Journal of Psychiatry, 1994. 164(1): p. 80-87.
  18. Fairburn, C.G., et al., Psychotherapy and bulimia nervosa: Longer-term effects of interpersonal psychotherapy, behavior therapy, and cognitive behavior therapy. Archives of General Psychiatry, 1993. 50(6): p. 419-428.
  19. Paxton, S.J., Prevention implications of peer influences on body image dissatisfaction and disturbed eating in adolescent girls. Eating disorders, 1996. 4(4): p. 334-347.
  20. Steese, S., et al., Understanding girls’ circle as an intervention on perceived social support, body image, self-efficacy, locus of control, and self-esteem. Adolescence, 2006. 41(161): p. 55.
  21. Thompson, C., S. Russell-Mayhew, and R. Saraceni, Evaluating the effects of a peer-support model: Reducing negative body esteem and disordered eating attitudes and behaviours in grade eight girls. Eating disorders, 2012. 20(2): p. 113-126.

Dernière mise à jour : 23 mars 2016 à 15h34

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