------------------------ Article ------------------------

Dépression

Les hommes consultent peu les professionnels de la santé


Les hommes ont moins tendance à visiter les professionnels de la santé pour discuter de leurs problèmes de santé. Différents éléments expliquent cette tendance et différents facteurs peuvent influencer les attitudes et perceptions à cet égard.

Ce que vous devez retenir:

• Les hommes adoptent davantage de comportements défavorables à la santé et éprouvent plus de réticences à consulter les professionnels de la santé.

• Le modèle de masculinité ainsi que les attentes et valeurs associées à ce modèle expliqueraient cette tendance.

• Ces attitudes et perceptions ont un impact important sur l’évolution des problématiques de santé et l’évaluation de la santé des hommes.

• La présence de symptômes physiques importants s’avère habituellement le facteur qui poussera les hommes à consulter.

• Il est important de créer une alliance thérapeutique avec le patient, peu importe si le professionnel de la santé traitant soit une femme ou un homme.

Attitudes et perceptions masculines à l’égard de la santé

Les hommes ont tendance à adopter des comportements défavorables en matière de santé (ex. : tabagisme et consommation d’alcool excessive), les comportements favorables étant associés à la féminité ou à l’homosexualité [1-5]. Selon des études citées par Näslindh-Ylispangar et coll. (2008) [2], les hommes auraient aussi tendance à percevoir leur santé meilleure qu’elle ne l’est en réalité. En outre, les hommes sont réticents à parler de leur santé, taisent tout problème qu’ils pourraient avoir et sont moins informés en matière de santé que les femmes [1]. Ils sont aussi moins portés à consulter les professionnels de la santé [1, 6], notamment en lien avec les troubles de l’alimentation [7].

La masculinité explique en partie ces différentes attitudes chez les hommes [1-3, 5, 6], en plus de la tendance à faire passer le travail avant toute autre responsabilité (dont s’occuper de sa santé) et à vouloir être autonome dans la gestion de sa santé. Le sentiment d’invulnérabilité et de contrôle, le manque d’intérêt à l’égard de la santé ainsi que le désir de masquer toute faiblesse poussent les hommes à ignorer ou normaliser leurs symptômes et à ne pas aller chercher de l’aide auprès des professionnels de la santé [1, 3, 5-7]. La peur d’être perçus faibles, hypochondriaques, paranoïaques ou non masculins semble motiver les hommes à rester silencieux sur leur état de santé physique et psychologique [3, 5-7]. Pour un homme, dévoiler ses problèmes à d’autres signifie qu’il échoue en tant qu’homme, en n’y faisant pas face seul [1]. Plus particulièrement, dans le cas des troubles de l’alimentation, ceux-ci sont perçus comme étant des problèmes « féminins » [7, 8], ce qui suppose que les « hommes » ne devraient pas développer de tels troubles.

 

Conséquences de ces attitudes et perceptions

Les hommes semblent éprouver de la difficulté à reconnaître leurs préoccupations liées à l’image corporelle [9], le fait d’avoir un trouble de l’alimentation [8] et les symptômes de maladies telles que le cancer testiculaire [6] et par conséquent, à les communiquer. Comme Adams et coll. (2005) le soulignent, étant donné ces difficultés, l’évaluation de ces préoccupations s’avère limitée, voire ardue [9]. En outre, les hommes reçoivent aussi moins d’information de leur médecin lorsqu’ils consultent [2]. Dans l’étude de Buckley et coll. (2010) [3], certains répondants étaient si préoccupés par les conséquences possibles d’une visite chez le médecin qu’ils demandaient à leur conjointe d’y aller à leur place pour décrire leurs symptômes et obtenir les médicaments pour eux. En outre, dans l’étude de Dearden et coll. (2013) [7] auprès d’hommes aux prises avec des troubles de l’alimentation, les médecins jouent un rôle primordial dans la reconnaissance du problème par les patients : si un médecin ne prend pas au sérieux les signes et symptômes d’un patient, ce dernier aura plus de facilité à nier son état de santé problématique.

Attendre avant de consulter un professionnel de la santé fait en sorte que les hommes arrivent dans les cabinets aux prises avec des problèmes plus sévères et difficiles à traiter [3]. Selon les études citées par Buckley et coll. (2010) [3], cette attitude constitue l’un des facteurs contribuant au taux de mortalité plus élevé des hommes. Dans l’étude de Dearden et coll. (2013) [7], les organisations et les professionnels de la santé consultés indiquent que, lorsque les hommes aux prises avec un trouble de l’alimentation en arrivent à la consultation, ils se présentent avec des symptômes beaucoup plus développés et des comorbidités associées. Cette situation fait en sorte que les troubles de l’alimentation sont caractérisés par l’un des plus hauts taux de mortalité [7].

 

Perceptions des hommes à l’égard des professionnels de la santé

Dans l’étude de Buckley et coll. (2010) [3], les hommes ont indiqué éviter les consultations médicales puisqu’ils ressentent un manque de respect de la part des professionnels de la santé ou une perte de dignité en leur présence. Certains indiquent également se sentir exclus, ignorés ou infantilisés par les cliniciens [3, 8] ou encore inconfortables ou vulnérables avec eux [6]. Dans une étude citée par Buckley et coll. (2010) [3], de nombreux participants ont aussi mentionné se sentir déconnectés des services de soins de santé, notamment parce que leurs besoins et leurs peurs n’étaient pas pris en considération par les professionnels de santé.

 

Quand et comment décident-ils de consulter?

Dans les études de Galdas et coll. (2005) [6] ainsi que de Dearden et coll. (2013) [7], l’apparition de symptômes physiques constitue le facteur déterminant qui décident les hommes à consulter un professionnel de la santé. L’encouragement d’un conjoint, d’un employeur ou d’un parent peut aussi être favorable [7]. Les problèmes et la détresse d’ordre psychosocial sont moins signalés par les hommes [6]. Comme les hommes sont réticents à demander de l’aide, ils reportent la visite chez les professionnels de la santé tout en rationalisant leurs symptômes, et ce, malgré une souffrance importante [6]. Selon une étude citée par Buckley et coll. (2010) [3], les hommes étudiés ont une approche passive à l’égard de la gestion de leur santé, y portant une attention seulement lorsqu’ils sont malades, et redoutent les diagnostics.

Dans l’étude de Dearden et coll. (2013) auprès de 15 organisations spécialisées en troubles de l’alimentation en Australie, il a été relevé que les hommes communiquent avec ces organismes principalement en étant référés par un psychologue / psychiatre (60 %; 9/15) ou un médecin généraliste (53 %; 8/15) ou par bouche-à-oreille (46 %; 7/15). La publicité (20 %; 3/15), une référence par d’autres instances en santé mentale (20 %; 3/15), Internet (13 %; 2/15) et un accès direct (13 %; 2/15) sont d’autres moyens, moins utilisés, par lesquels les hommes arrivent à ces organismes [7].

 

Avec qui les hommes préfèrent-ils se dévoiler?

Il semble préférable de laisser le choix aux hommes de déterminer s’ils veulent discuter de leurs préoccupations avec un ou une professionnelle de la santé [7, 9]. Ce sont Adams et coll. (2005) qui soulèvent ce besoin de liberté dans le choix puisqu’ils ont relevé un conflit de perceptions entre leurs résultats et ceux d’une étude consultée [9] : dans la leur comme dans celle de Dearden et coll. (2013) [7], les hommes préféraient rencontrer une femme thérapeute alors que dans l’autre, ce sont les hommes thérapeutes qui semblaient être préférés. Dans l’étude de Dearden et coll. (2013) [7], les hommes ayant indiqué préférer consulter une femme invoquent comme raisons le fait de se sentir plus en sécurité émotionnellement et physiquement. Toutefois, le point central demeure la création d’une alliance thérapeutique entre le professionnel de la santé et le patient [4, 7, 8]. Smith et coll. (2008) [10] ont relevé cinq qualités recherchées par les hommes chez les médecins : 1) une approche franche, concise, concrète et directe; 2) une compétence démontrée; 3) une utilisation intelligente de l’humour; 4) l’empathie; et 5) une capacité à résoudre rapidement les cas soit en posant le bon diagnostic, soit en référant rapidement à un autre professionnel de la santé.

 

Comment faire tomber ces barrières à la consultation?

À la lumière des éléments soulevés précédemment, il importe donc pour les professionnels de la santé de contribuer à changer les perceptions à l’égard de la santé, de la santé mentale et des troubles de l’alimentation dans l’objectif de réduire l’impact des sentiments négatifs et la stigmatisation associés si l’on souhaite que les hommes s’ouvrent et soient plus enclins à aller chercher de l’aide auprès des professionnels de la santé. Dans l’étude de Dearden et coll. (2013) [7] et de Robinson et coll. (2013) [8], des suggestions ont été émises par les répondants (des organisations spécialisées en troubles de l’alimentation, des professionnels de la santé et des hommes) pour encourager les hommes à se préoccuper de leur santé et à consulter davantage :

  • faire de la sensibilisation auprès de la population, y compris les hommes eux-mêmes, et des professionnels de la santé en lien avec la façon dont les troubles de l’alimentation et de l’image corporelle sont vécus par les hommes;
  • accroître la formation des professionnels de la santé à l’égard des multiples formes que peuvent prendre les troubles de l’alimentation au masculin et de la reconnaissance des premiers signes;
  • avoir davantage de littérature autant pour les professionnels de la santé que le grand public dans une perspective d’éducation;
  • réduire la honte associée aux troubles de l’alimentation chez les hommes en normalisant le fait qu’il ne s’agit pas d’un trouble qui touche uniquement les femmes.

Ainsi, les hommes attendront-ils peut-être moins longtemps avant de se faire soigner et souffriront-ils moins.

 

Références

  1. Charles, N. and V. Walters, ‘Men are leavers alone and women are worriers’: Gender differences in discourses of health. Health, Risk & Society, 2008. 10(2): p. 117-132.
  2. Näslindh-Ylispangar, A., M. Sihvonen, and P. Kekki, Health, utilisation of health services, ‘core’ information, and reasons for non-participation: a triangulation study amongst non-respondents. Journal of Clinical Nursing, 2008. 17(22): p. 2972-2978.
  3. Buckley, J. and S. Ó Tuama, ‘I send the wife to the doctor’– Men’s behaviour as health consumers. International Journal of Consumer Studies, 2010. 34(5): p. 587-595.
  4. Collier, R., Treatment challenges for men with eating disorders. CMAJ, 2013. 185(3): p. E137-8.
  5. Mahalik, J.R., G.E. Good, and M. Englar-Carlson, Masculinity scripts, presenting concerns, and help seeking: Implications for practice and training. Professional Psychology: Research and Practice, 2003. 34(2): p. 123-131.
  6. Galdas, P.M., F. Cheater, and P. Marshall, Men and health help-seeking behaviour: literature review. Journal of Advanced Nursing, 2005. 49(6): p. 616-623.
  7. Dearden, A. and K.E. Mulgrew, Service Provision for Men with Eating Issues in Australia: An Analysis of Organisations’, Practitioners’, and Men’s Experiences. Australian Social Work, 2013. 66(4): p. 590-606.
  8. Robinson, K.J., V.A. Mountford, and D.J. Sperlinger, Being men with eating disorders: perspectives of male eating disorder service-users. J Health Psychol, 2013. 18(2): p. 176-86.
  9. Adams, G., H. Turner, and R. Bucks, The experience of body dissatisfaction in men. Body Image, 2005. 2(3): p. 271-283.
  10. Smith, J.A., et al., Qualities men value when communicating with general practitioners: implications for primary care settings. Medical Journal of Australia, 2008. 189(11-12): p. 618-621.

Dernière mise à jour : 31 mars 2016 à 9h30

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
Laisser un commentaire