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Autres troubles

Le diabète et les troubles du comportement alimentaire


On dénote une association importante entre le diabète et les troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA). En effet, les patients atteints de diabète de type 1 (DT1) sont considérés à haut risque de développer un TACA comme l’anorexie, la boulimie ou un autre trouble spécifié de l’alimentation et des conduites alimentaires (ATSACA) [1, 2, 5-7], alors que ceux présentant déjà des symptômes d’un TACA, comme l’hyperphagie boulimique (HB) ou le trouble de l’alimentation nocturne (ou Night Eating Syndrome (NES)), sont plus à risque de développer un diabète de type 2 (DT2) [8, 9].

Ce que vous devez retenir:

• Les patients atteints de DT1 sont considérés à haut risque de développer un TACA. Ce lien semble plus fort chez les jeunes filles.

• L’omission d’injections d’insuline constitue une méthode compensatoire (dangereuse) que les diabétiques insulino-dépendants atteints d’un TACA utilisent pour perdre du poids. Ce comportement présente de nombreux risques pour la santé.

• Plusieurs patients aux prises avec le DT2 présentent des symptômes associés à des TACA, l’HB étant le trouble le plus souvent observé. Dans bien des cas, l’HB est présente avant le diabète et augmenterait même les risques de développer cette maladie chronique.

Diabète de type 1

Bien que certains auteurs présentent des résultats différents [5], les patients atteints de DT1 (surtout les jeunes filles) semblent avoir une prévalence plus élevée de comportements alimentaires troubles (CAT) et de TACA lorsque comparés à la population générale [1-3, 6, 7, 10, 11]. Parmi les hypothèses pouvant expliquer l’association entre les TACA et le DT1, on recense les portées d’une condition médicale chronique sur l’image corporelle et l’estime de soi, le régime restrictif associé au contrôle du DT1 ainsi que la prise de poids induite par l’utilisation d’insuline [1, 2]. Comme l’adolescence est une période sujette à l’insatisfaction corporelle, les adolescents atteints de DT1 (particulièrement les filles) semblent présenter un risque plus élevé de développer un TACA par rapport aux adolescents non-diabétiques puisqu’ils doivent 1-porter une attention particulière à leur régime alimentaire et 2-constatent souvent un gain de poids en lien avec l’usage des doses d’insuline [2, 5, 6]. Chez les garçons diabétiques, la préoccupation corporelle se situe davantage au niveau du contrôle du gras corporel et de l’augmentation de leur masse musculaire [6].

Certains comportements typiques des TACA, tels que des orgies alimentaires, l’utilisation de comportements compensatoires ainsi que l’adoption fréquente de régimes alimentaires restrictifs et excessifs, sont fréquemment observés chez les diabétiques de type 1, particulièrement chez les adolescentes [1, 2, 10]. L’omission d’injections d’insuline ou la réduction des doses requises constitue une autre méthode compensatoire souvent employée chez les patients insulino-dépendants [1-3, 5, 7, 10]. Le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fifth Edition) [12] souligne d’ailleurs ce comportement comme étant un élément associé au diagnostic de l’anorexie et de la boulimie chez les patients atteints de diabète. Neumark-Sztainer et coll. [13] soulignent que 15% de leurs sujets masculins ont fait l’usage de comportements malsains pour contrôler leur poids. De plus, Ackard et coll. [5] rapportent que 1,4% des garçons de leur étude réduisaient ou omettaient leurs doses d’insuline dans le même but. Cette restriction insulinique engendre une augmentation du glucose sanguin; cette hyperglycémie provoque une plus grande excrétion de glucose urinaire, ce qui amène conséquemment une perte de poids [1, 2].

« Diaboulimie »

La coexistence d’un TACA et de diabète se nomme aussi « diaboulimie ». Ce terme populaire (mais non reconnu par le DSM-5) fait référence à l’omission ou l’usage inadéquat (ou insuffisant) des doses d’insuline nécessaires pour contrôler le DT1 dans le but de perdre du poids [1-4].

Un patient diabétique de type 1 atteint d’un TACA présente plus de risques pour la santé qu’un patient atteint seulement d’un TACA [1, 7]. En effet, on remarque chez ces patients qui restreignent leurs injections d’insuline un contrôle métabolique grandement altéré (soit une hémoglobine glycosylée (ou glyquée/HbA1C) au-dessus des cibles), des épisodes plus fréquents d’acidocétose diabétique, un risque plus élevé (et prématuré) de complications micro-vasculaires (comme la rétinopathie diabétique), de même qu’un taux de mortalité plus élevé [1, 2, 5, 7, 10, 11, 13]. On recense aussi des taux plus élevés de dépression chez les adolescents atteints de DT1 et d’un TACA [5, 6]. Bien que les TACA soient plus fréquents chez les jeunes filles, les professionnels de la santé devraient aussi être vigilants quant au développement de tels troubles chez leurs patients masculins atteints de DT1 [2].

 

Diabète de type 2

La majorité des patients atteints de DT2 présentent une obésité, et cet excès de poids est souvent associé à des CAT [9]. On estime que 10 à 40% des diabétiques de type 2 répondraient aux critères diagnostiques d’un TACA [8]. L’HB serait le TACA le plus souvent observé chez ces patients, avec une prévalence variant de 2 à 25% selon les études [9, 14]. On précise aussi que l’HB augmenterait les risques de développer un DT2 et serait même associée à un diagnostic prématuré (soit à un plus jeune âge) [8]. Selon les résultats de Raevuori et coll. [8], les hommes atteints d’un TACA seraient davantage à risque de développer un DT2 lorsque comparés aux femmes. Nicolau et coll. [14] quant à eux précisent que les patients diabétiques de type 2 souffrant d’HB sont habituellement plus jeunes, ont une durée de la maladie (DT2) moins longue et présentent un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé que les diabétiques sans TACA.

Les professionnels de la santé rencontrant des patients atteints d’un TACA comme l’HB devraient être à l’affût que ces derniers sont plus à risque de développer un DT2. Ils devraient donc agir comme personne de soutien afin de les aider à rétablir leur santé mentale et physique, et ainsi tenter de prévenir un diagnostic de diabète à plus ou moins long terme.

 

Références

  1. Philippi, S.T., et al., Risk behaviors for eating disorder in adolescents and adults with type 1 diabetes. Revista Brasileira de Psiquiatria, 2013. 35(2): p. 150-156.
  2. Larrañaga, A., M.F. Docet, and R.V. García-Mayor, Disordered eating behaviors in type 1 diabetic patients. World journal of diabetes, 2011. 2(11): p. 189.
  3. Pinhas-Hamiel, O. and Y. Levy-Shraga, Eating disorders in adolescents with type 2 and type 1 diabetes. Current diabetes reports, 2013. 13(2): p. 289-297.
  4. Ruth-Sahd, L.A., M. Schneider, and B. Haagen, Diabulimia: what it is and how to recognize it in critical care. Dimensions of Critical Care Nursing, 2009. 28(4): p. 147-153.
  5. Ackard, D.M., et al., Disordered eating and body dissatisfaction in adolescents with type 1 diabetes and a population‐based comparison sample: comparative prevalence and clinical implications. Pediatric diabetes, 2008. 9(4pt1): p. 312-319.
  6. Peterson, C.M., S. Fischer, and D. Young-Hyman, Topical Review: A Comprehensive Risk Model for Disordered Eating in Youth With Type 1 Diabetes. Journal of pediatric psychology, 2014: p. 1-6.
  7. Dickens, Y.L., et al., Multidisciplinary Residential Treatment of Type 1 Diabetes Mellitus and Co-Occurring Eating Disorders. Eating disorders, 2015. 23: p. 134-143.
  8. Raevuori, A., et al., Highly increased risk of type 2 diabetes in patients with binge eating disorder and bulimia nervosa. International Journal of Eating Disorders, 2014.
  9. Ercan, A. and G. Kiziltan, Obesity-related abnormal eating behaviors in Type 2 diabetic patients. Pakistan journal of medical sciences, 2013. 29(6): p. 1323.
  10. Hasken, J., et al., Diabulimia and the Role of School Health Personnel*. Journal of school health, 2010. 80(10): p. 465-469.
  11. Neumark-Sztainer, D., et al., Psychosocial predictors of binge eating and purging behaviors among adolescents with and without diabetes mellitus. Journal of adolescent health, 1996. 19(4): p. 289-296.
  12. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  13. Neumark-Sztainer, D., et al., Weight Control Practices and Disordered Eating Behaviors Among Adolescent Females and Males With Type 1 Diabetes Associations with sociodemographics, weight concerns, familial factors, and metabolic outcomes. Diabetes care, 2002. 25(8): p. 1289-1296.
  14. Nicolau, J., et al., Eating disorders are frequent among type 2 diabetic patients and are associated with worse metabolic and psychological outcomes: results from a cross-sectional study in primary and secondary care settings. Acta Diabetologica, 2015: p. 1-8.

Dernière mise à jour : 25 janvier 2016 à 14h32

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