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Image corporelle

Le développement d’une image corporelle positive


L’insatisfaction corporelle (IC) est un facteur de risque reconnu des troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) [1]. Cette caractéristique commune des TACA prend diverses formes, mais le résultat demeure le même : des hommes souffrent.

Les personnes intervenant auprès d’individus souffrant de TACA sont donc invitées à les guider vers le développement d’une image corporelle positive. Cet article vous permettra de découvrir les signes associés à une telle représentation, ainsi que certaines approches et ressources permettant d’aider les personnes souffrant de TACA à développer une relation saine par rapport à leur corps et leur poids.

Ce que vous devez retenir:

• L’insatisfaction corporelle (IC) englobe des aspects cognitifs, émotionnels et externes contribuant au développement d’une perception négative du corps.

• Il importe de reconnaître les signes d’une image corporelle positive ou négative et de désamorcer l’IC, qui peut entraîner diverses conséquences physiques, psychologiques et comportementales.

• L’image corporelle (la perception du corps) évolue et est modifiable. Les professionnels de la santé sont donc invités à adapter leurs interventions, leurs attitudes et leurs comportements de façon à favoriser le développement d’une image corporelle positive chez leurs patients.

• Miser sur la pleine conscience, sur l’acceptation et sur la bienveillance peut contribuer au développement d’une image corporelle positive.

• Le niveau de compassion qu’une personne a envers elle-même semble être un facteur qui influencerait particulièrement son image corporelle ainsi que sa santé mentale.

L’insatisfaction corporelle et les TACA

Englobant autant des aspects cognitifs qu’émotionnels, l’IC peut prendre diverses formes : avoir une image déformée de son corps, considérer que son corps ne correspond pas aux idéaux de beauté, éprouver des sentiments négatifs à l’égard de son corps, etc [2].

En plus d’être influencée par des facteurs internes (les pensées, les émotions, l’apparence physique, la génétique, etc.), la représentation corporelle des individus est également influencée par plusieurs facteurs externes inter-reliés (la famille, les pairs, la culture, la communauté, etc.) [3].

La littérature scientifique indique d’ailleurs que les TACA impliquent une combinaison de facteurs qui peuvent contribuer au développement de l’IC : des schémas de pensée déformée, des problèmes de régulation émotionnelle, des relations interpersonnelles perturbées, une forte réponse à des pressions culturelles et médiatiques, etc. [4].

 

L’importance de désamorcer l’insatisfaction corporelle

L’IC est un facteur de risque reconnu des TACA, qui peut avoir des conséquences néfastes pour la santé physique et psychologique (ex. dépression, faible estime de soi, etc.) des individus qui en souffrent, tout en favorisant les comportements à risque pour la santé (ex. pratique excessive d’activité physique, régime strict, usage de substances nocives, etc.) [1, 5-7]. Il importe donc de désamorcer l’IC des personnes atteintes de TACA par le biais d’interventions axées sur le développement d’une image corporelle positive [3].

Pour ce faire, il est tout d’abord important de reconnaître les signes associés à une image corporelle positive et négative. L’image corporelle positive comporte différentes composantes de base sur lesquelles il est possible de miser : apprécier, respecter, et accepter son corps tel qu’il est; avoir une conception large de la beauté; filtrer l’information de façon à protéger son corps (ex. accorder peu d’importance aux commentaires sur le poids, voir l’idéal de beauté présenté dans les médias comme étant irréaliste); accorder son énergie à d’autres aspects de sa vie, etc [8, 9].

L’organisme ÉquiLibre présente d’ailleurs les différents signes associés à une image corporelle positive ou négative sur son site Internet [10] :

Signes d’une image corporelle positive Signes d’une image corporelle
négative

· Voir son corps tel qu’il est

· L’accepter comme il est dans le moment présent

· Accepter les habiletés et les
particularités de son corps

· Avoir confiance en son corps et ses capacités

· Traiter son corps avec bienveillance

· Jouir de son corps tel qu’il est

· Faire confiance à ses choix alimentaires

· Manger selon son appétit

· Accepter que son poids varie à l’occasion

· Avoir une perception erronée de la grosseur ou des formes de son corps (une distorsion de l’image corporelle)

· Éprouver du regret, de la honte, de la culpabilité ou de la haine à l’égard de son corps

· Déprécier ou rejeter certaines parties ou dimensions de son corps

· Douter de son corps et de ses habiletés physiques

· Écouter peu, ne pas reconnaître ou nier les besoins de son corps

· Chercher à transformer son corps en fonction d’un idéal

· Se mettre au régime sévère

· S’entraîner intensivement

· Faire de l’exercice par obligation et non pas par plaisir

*Tiré du site Internet d’ÉquiLibre : http://www.equilibre.ca/approche-et-problematique/les-problemes-de-poids/l-image-corporelle/

 

Bonne nouvelle : l’image corporelle est modifiable

Compte tenu que l’image corporelle d’une personne est basée sur des perceptions, elle peut évoluer dans le temps et être modifiée [10]. Certaines interventions de groupe semblent être en mesure de favoriser le développement d’une meilleure image corporelle chez les personnes insatisfaites de leur apparence.

Une revue de la littérature publiée en 2015 a d’ailleurs permis de démontrer que les femmes qui avaient initialement un haut niveau d’IC ainsi qu’un risque accru de développer un TACA avaient développé une meilleure image de leur corps (réduction de l’IC, de la comparaison basée sur l’apparence, de l’évitement de l’image de soi, etc.) suite à des interventions thérapeutiques de groupe de type cognitivo-comportementales (TCC) ou d’acceptation et d’encouragement (ACT) axées sur le développement d’une image corporelle positive [1]. McLean (2011) [11] a également démontré que l’amélioration de ces paramètres avait été maintenue au suivi de 6 mois.

De plus, selon Lewis-Smith (2015) [1], ce type d’intervention pourrait également améliorer certains comportements alimentaires problématiques, telles les restrictions alimentaires, l’alimentation émotionnelle, le fait de manger selon des stimulus externes, les régimes alimentaires, les crises de boulimie et la préoccupations à l’égard de l’alimentation. Par contre, l’efficacité de ce type de traitement n’a pas encore été testée chez les hommes, ce qui ne permet pas de transposer les résultats à cette clientèle.

Les professionnels de la santé intervenant auprès de personnes atteintes de TACA sont donc appelés à adapter leurs interventions, leurs attitudes et leurs comportements de façon à favoriser le développement d’une image corporelle positive chez leurs patients.

En guise de piste d’intervention et de réflexion, voici certaines thématiques traitées dans le cadre des séances de groupe « Set your body free » développé par McLean (2011) [11] :

• L’impact d’une image corporelle négative et des troubles alimentaires ;
• Les bénéfices et les inconvénients associés au changement de comportement (balance décisionnelle) ;
• Des stratégies comportementales pour réduire les rages alimentaires ;
• Des stratégies comportementales pour réduire l’alimentation émotionnelle ;
• Les stimulus externes associés à l’acte de manger ;
• Des exercices pour développer la pleine conscience en mangeant ;
• Des stratégies pour cesser les commentaires négatifs sur son apparence et des exercices de visualisation ;
• Le développement de pensées alternatives ;
• La planification d’activités pour prendre soin de soi ;
• Les pressions et les normes socioculturelles incitant à correspondre à un certain idéal de beauté, etc.

Comme les thèmes abordés dans ces rencontres de groupes variaient grandement et qu’aucune étude n’a inclus d’information permettant de déterminer quels éléments étaient responsables des impacts positifs observés, de plus amples études sont nécessaires afin de mieux connaître les mécanismes sous-jacents [1]. Notons également qu’il serait souhaitable d’inclure des hommes dans ces études afin d’évaluer l’impact auprès de ceux-ci.

 

Les interventions basées sur la pleine conscience, l’acceptation et la bienveillance envers soi-même

Depuis quelques années, des interventions basées sur la pleine conscience (mindfulness), sur l’acceptation et sur la bienveillance envers soi-même sont utilisées dans le traitement des TACA. Certaines données empiriques limitées mais croissantes soutiennent leur pertinence, notamment pour favoriser le développement d’une image corporelle positive [3, 12-16].

Ces programmes d’intervention incluent notamment la thérapie cognitive basée sur la pleine conscience (MBCT), la thérapie basée sur l’acceptation et l’engagement (ACT), la thérapie dialectique comportementale (DBT) et la pratique de l’alimentation consciente (MB-EAT) [12].

À la croisée de toutes ces approches, le niveau de compassion qu’une personne a envers elle-même semble être un facteur qui influencerait particulièrement son image corporelle ainsi que sa santé mentale [15, 17-21]. Il a d’ailleurs été démontré qu’un haut niveau de compassion envers soi-même était associé à un niveau plus bas de troubles mentaux, notamment de dépression et d’anxiété [17], à moins de rumination et de peur de l’échec [22], à moins de honte [20], ainsi qu’à moins de préoccupation à l’égard du poids et de l’image corporelle [15, 18]. Par le fait même, les interventions basées sur les principes théoriques de la thérapie centrée sur la compassion (CFT) semblent être favorables.

Les résultats d’une étude randomisée contrôlé publiée en 2014 suggèrent d’ailleurs que, comparativement au groupe contrôle, les participantes préoccupées par leur image corporelle qui étaient assignées de brèves séances de méditation (20 minutes pendant 3 semaines) axées sur la compassion ont expérimenté une réduction plus importante de leur niveau d’IC, ainsi qu’une augmentation plus importante du niveau de compassion et d’appréciation envers leur corps [15]. De plus, ces améliorations ont été maintenues au suivi effectué 3 mois après la fin du programme d’intervention. [15]

Figure 1. Les composantes de la compassion envers soi-même selon Neff (2003) [22] :

Figure IC

En se basant sur les trois piliers de la compassion de Neff (2003) [22], favoriser le développement d’un haut niveau de compassion pourrait réduire l’IC des individus pour différentes raisons selon Albertson (2014) [15] :

  • Faire preuve de tendresse, de gentillesse et de bienveillance envers son corps au lieu d’être critique envers lui et de le juger permet de l’accepter tel qu’il est, dans le moment présent.
  • Reconnaître que le corps des autres n’est également pas parfait et qu’un éventail de formes de corps existe permet d’atténuer les sentiments associés à la honte du corps.
  • En évitant d’amplifier et d’accorder trop d’importance aux parties du corps moins aimées, la pleine conscience peut aider les individus à gérer leurs émotions et leurs pensées désagréables liées à leur image corporelle, de façon plus équilibrée [15].

 

Des outils favorisant le développement d’une image corporelle positive

Visant à diminuer les problèmes reliés au poids et à l’image corporelle chez les jeunes, la campagne Derrière le miroir de l’organisme ÉquiLibre invite les jeunes « à remettre en question le modèle unique de beauté et à participer activement au changement des normes sociales en ce qui a trait aux modèles de beauté, au culte du corps et aux préjugés entourant l’obésité » [23]

Le site Internet Derrière le miroir représente ainsi une ressource intéressante afin de développer le sens critique des jeunes et de favoriser le développement d’une image corporelle positive. Vous y trouverez entre autres :

  • des billets de blogue écrits par des jeunes.
  • des jeux interactifs permettant de découvrir les tactiques utilisées par l’industrie de la mode, des médias et de la publicité pour faire rêver d’un corps dit « idéal ».

De plus, l’organisme ÉquiLibre met à la disposition des intervenants différents outils utiles pour intervenir auprès des jeunes, de leurs parents et d’adultes. En voici quelques-uns :

  • La brochure « Votre influence a du poids ! » destinée aux parents d’adolescents.
  • La plateforme web de La Semaine « Le poids? Sans commentaire! », qui vise à sensibiliser la population à l’omniprésence et aux conséquences négatives des commentaires sur le poids, offre plusieurs outils intéressants pour les intervenants.
  • L’espace Web monÉquilibre qui livre de l’information crédible sur la gestion du poids et de l’image corporelle.

 

Références

  1. Lewis-Smith, H., et al., A systematic review of interventions on body image and disordered eating outcomes among women in midlife. International Journal of Eating Disorders, 2015.
  2. Ogden, J., Body Dissatisfaction, in The Psychology of Eating : from Healthy to Disordered Eating. 2003, Blackwell Publishing: Malden. p. 302.
  3. Cook-Cottone, C.P., Incorporating positive body image into the treatment of eating disorders: A model for attunement and mindful self-care. Body Image, 2015. 14(0): p. 158-167.
  4. Cook-Cottone, C., M. Beck, and L. Kane, Manualized-group treatment of eating disorders: Attunement in mind, body, and relationship (AMBR). The Journal for Specialists in Group Work, 2008. 33(1): p. 61-83.
  5. Pope, H.G., Jr., K.A. Phillips, and R. Olivardia, The Adonis Complex: How to Identify, Treat, and Prevent Body Obsession in Men and Boys. 2000: Touchstone. 286 pages.
  6. Tiggemann, M., Y. Martins, and A. Kirkbride, Oh to be lean and muscular: Body image ideals in gay and heterosexual men. Psychology of Men & Masculinity, 2007. 8(1): p. 15-24.
  7. Grogan, S., Promoting Positive Body Image in Males and Females: Contemporary Issues and Future Directions. Sex Roles, 2010. 63: p. 757-765.
  8. Wood-Barcalow, N.L., T.L. Tylka, and C.L. Augustus-Horvath, “But I like my body”: Positive body image characteristics and a holistic model for young-adult women. Body Image, 2010. 7(2): p. 106-116.
  9. Avalos, L., T.L. Tylka, and N. Wood-Barcalow, The Body Appreciation Scale: development and psychometric evaluation. Body image, 2005. 2(3): p. 285-297.
  10. ÉquiLibre. L’image corporelle. 2015; Available from: http://www.equilibre.ca/approche-et-problematique/les-problemes-de-poids/l-image-corporelle/.
  11. McLean, S.A., S.J. Paxton, and E.H. Wertheim, A body image and disordered eating intervention for women in midlife: A randomized controlled trial. Journal of consulting and clinical psychology, 2011. 79(6): p. 751.
  12. Baer, R.A., S. Fischer, and D.B. Huss, Mindfulness and acceptance in the treatment of disordered eating. Journal of rational-emotive and cognitive-behavior therapy, 2005. 23(4): p. 281-300.
  13. Lavender, J.M., K.L. Gratz, and D.A. Anderson, Mindfulness, body image, and drive for muscularity in men. Body Image, 2012. 9(2): p. 289-92.
  14. Webb, J.B., N.L. Wood-Barcalow, and T.L. Tylka, Assessing positive body image: Contemporary approaches and future directions. Body image, 2015.
  15. Albertson, E.R., K.D. Neff, and K.E. Dill-Shackleford, Self-compassion and body dissatisfaction in women: A randomized controlled trial of a brief meditation intervention. Mindfulness, 2014. 6(3): p. 444-454.
  16. Pearson, A.N., V.M. Follette, and S.C. Hayes, A pilot study of acceptance and commitment therapy as a workshop intervention for body dissatisfaction and disordered eating attitudes. Cognitive and Behavioral Practice, 2012. 19(1): p. 181-197.
  17. MacBeth, A. and A. Gumley, Exploring compassion: A meta-analysis of the association between self-compassion and psychopathology. Clinical Psychology Review, 2012. 32(6): p. 545-552.
  18. Wasylkiw, L., A.L. MacKinnon, and A.M. MacLellan, Exploring the link between self-compassion and body image in university women. Body Image, 2012. 9(2): p. 236-245.
  19. Neff, K.D., The development and validation of a scale to measure self-compassion. Self and identity, 2003. 2(3): p. 223-250.
  20. Kelly, A.C., J.C. Carter, and S. Borairi, Are improvements in shame and self‐compassion early in eating disorders treatment associated with better patient outcomes? International Journal of Eating Disorders, 2014. 47(1): p. 54-64.
  21. Gilbert, P., The relationship of shame, social anxiety and depression: The role of the evaluation of social rank. Clinical Psychology & Psychotherapy, 2000. 7(3): p. 174-189.
  22. Neff, K., Self-compassion: An alternative conceptualization of a healthy attitude toward oneself. Self and identity, 2003. 2(2): p. 85-101.
  23. ÉquiLibre. Derrière le miroir. 2015; Available from: http://www.equilibre.ca/nos-campagnes/derriere-le-miroir/.

Dernière mise à jour : 23 mars 2016 à 15h31

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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