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Comorbidités

La thérapie interpersonnelle


La thérapie interpersonnelle (TIP) est une psychothérapie qui a d’abord été développée pour traiter la dépression chez l’adulte, mais dont le modèle a ensuite été étendu au traitement d’autres troubles psychiatriques, dont la boulimie et l’hyperphagie boulimique (HB), des troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) [1, 2].

Ce que vous devez retenir :

• La thérapie interpersonnelle (TIP) est une psychothérapie de courte durée qui vise le rétablissement de l’humeur et du fonctionnement du patient en renforçant ses liens interpersonnels.

• La TIP a d’abord été développée pour traiter la dépression, mais s’est montrée efficace dans le traitement d’autres troubles psychiatriques, dont certains troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA).

• La TIP constitue une psychothérapie de choix pour le traitement de TACA où des symptômes boulimiques sont observés, comme la boulimie et l’HB.

• Lorsque comparée à la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), la TIP offre une efficacité équivalente au niveau de la rémission (TACA), mais sur une période un peu plus longue que la TCC.

La thérapie interpersonnelle expliquée

Développée par Klerman et coll., la TIP a initialement été conçue pour le traitement de la dépression. Psychothérapie de courte durée (12 à 16 séances, à raison d’une rencontre par semaine), elle vise le rétablissement de l’humeur et du fonctionnement du patient en s’intéressant à ses liens interpersonnels. La TIP se base sur la théorie de l’attachement et suppose que les symptômes dépressifs vécus par le patient surviennent lorsque ses relations sociales sont perturbées ou non satisfaisantes. Ainsi, en améliorant et en renforçant ses liens interpersonnels, le patient progresse et contrecarre ses symptômes (dépressifs). Contrairement à d’autres psychothérapies (comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC)), la TIP ne cherche pas à modifier la structure psychique du patient, mais plutôt à guérir les symptômes (dépressifs) en misant sur les aspects interactionnels présents (et non passés) de celui-ci [1-5].

La TIP se divise en trois étapes : la phase d’introduction (ou initiale), la phase intermédiaire et la phase de terminaison (ou finale). La première phase (1 à 3 séances) permet au professionnel de la santé d’évaluer le patient et d’identifier l’axe de travail parmi quatre problématiques interpersonnelles : le déficit interpersonnel (ou isolement social), les conflits interpersonnels, le deuil (pathologique) ou les transitions de rôle (surviennent à la suite d’un changement de statut majeur telle une perte d’emploi, un divorce, une naissance, etc.). Lorsque le domaine problématique a été ciblé, le travail psychologique entre le patient et le professionnel de la santé débute et cette problématique constituera le centre de la thérapie durant toute la deuxième phase (environ 10 séances). Finalement, la troisième phase prépare le patient à la conclusion de la thérapie en passant en revue les différents acquis thérapeutiques (survient entre la 12e et la 16e séance) [1-3].

La TIP a d’abord été développée pour soigner les patients atteints de dépression, mais son efficacité a aussi été démontrée dans le traitement d’autres troubles psychiatriques tels que les troubles bipolaires, les phobies sociales, le trouble de personnalité limite (ou « borderline »), les troubles liés à l’usage de substances, la dysthymie (trouble de l’humeur chronique avec spectre dépressif) ainsi que certains TACA tels que la boulimie et l’HB [1, 2, 5-8].

 

L’efficacité de la TIP dans le traitement des TACA

Les patients souffrant d’un TACA présentent souvent des difficultés interpersonnelles et ces difficultés semblent contribuer au maintien dudit TACA. La TIP apparaît donc comme une thérapie intéressante pouvant améliorer le réseau social du patient et ainsi faciliter le rétablissement du TACA [7-10]. Selon Wilson [7] et Murphy et coll. [9], la TIP constitue une psychothérapie de choix pour le traitement de TACA où des symptômes d’orgies alimentaires sont observés, comme dans la boulimie et l’HB [3, 7, 11]. La TCC constitue aussi une approche psychologique efficace pour traiter ces deux TACA spécifiques [12]. Lorsque comparées entre elles, la TCC et la TIP représentent les traitements psychologiques les plus efficaces pour traiter la boulimie et l’HB, et leur efficacité au niveau de la rémission serait équivalente, mais à différents moments durant le traitement (la TCC semble faciliter une rémission plus rapide, alors que la TIP agit habituellement sur une période plus longue) [3, 4, 6, 7, 10, 11, 13].

 

Références

  1. Rahioui, H., et al., La thérapie interpersonnelle de la recherche à la pratique. L’Encéphale, 2015. 41(2): p. 184-189.
  2. Weissman, M.M., Interpersonal psychotherapy: Current status. Keio J Med, 1997. 46(3): p. 105-110.
  3. Wilson, G.T., et al., Psychological treatments of binge eating disorder. Archives of general psychiatry, 2010. 67(1): p. 94-101.
  4. Rieger, E., et al., An eating disorder-specific model of interpersonal psychotherapy (IPT-ED): Causal pathways and treatment implications. Clinical Psychology Review, 2010. 30(4): p. 400-410.
  5. Arcelus, J., et al., A brief form of interpersonal psychotherapy for adult patients with bulimic disorders: a pilot study. European Eating Disorders Review, 2012. 20(4): p. 326-330.
  6. Kass, A.E., R.P. Kolko, and D.E. Wilfley, Psychological treatments for eating disorders. Current opinion in psychiatry, 2013. 26(6): p. 549.
  7. Wilson, G.T., Treatment of Binge Eating Disorder. Psychiatric Clinics of North America, 2011. 34(4): p. 773-783.
  8. Varchol, L. and H. Cooper, Psychotherapy approaches for adolescents with eating disorders. Current opinion in pediatrics, 2009. 21(4): p. 457-464.
  9. Murphy, R., et al., Interpersonal psychotherapy for eating disorders. Clinical psychology & psychotherapy, 2012. 19(2): p. 150-158.
  10. Fairburn, C.G., et al., A transdiagnostic comparison of enhanced cognitive behaviour therapy (CBT-E) and interpersonal psychotherapy in the treatment of eating disorders. Behaviour research and therapy, 2015. 70: p. 64-71.
  11. Brown, T.A. and P.K. Keel, Current and emerging directions in the treatment of eating disorders. Substance abuse: research and treatment, 2012. 6: p. 33.
  12. Hay, P., et al., Royal Australian and New Zealand College of Psychiatrists clinical practice guidelines for the treatment of eating disorders. Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, 2014. 48(11): p. 977-1008.
  13. Wilfley, D.E., et al., A randomized comparison of group cognitive-behavioral therapy and group interpersonal psychotherapy for the treatment of overweight individuals with binge-eating disorder. Archives of general psychiatry, 2002. 59(8): p. 713-721.

Dernière mise à jour : 30 mars 2016 à 10h33

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