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Comorbidités

La thérapie cognitivo-comportementale


La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) constitue l’approche psychologique la plus fréquemment recommandée et choisie par les professionnels de la santé et dont l’efficacité est la plus élevée pour traiter la boulimie et l’hyperphagie boulimique (HB), ainsi que pour améliorer la symptomatologie des patients atteints d’anorexie. D’autres approches psychologiques peuvent aussi être retenues pour le traitement des troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA), mais nous nous concentrerons ici sur la TCC [1-7].

Ce que vous devez retenir:

• La TCC est une psychothérapie centrée sur la modification des pensées et des comportements inadéquats dans le but de soulager la douleur émotionnelle du patient.

• La psychothérapie représente un traitement de première ligne dans la gestion des TACA et la TCC constitue l’approche psychologique la plus fréquemment recommandée, particulièrement pour la boulimie et l’HB.

Comprendre la TCC

Basée sur des preuves scientifiques, la TCC est une psychothérapie centrée sur la modification de pensées et de comportements inadéquats (qui entraînent souvent de l’anxiété et/ou une détresse émotive) afin de soulager ou d’éliminer la douleur émotionnelle vécue par le patient. Elle constitue une intervention structurée, directive et de courte durée [1, 2, 8, 9].

 

La TCC dans le traitement des TACA

La psychothérapie représente un traitement de première ligne (ou traitement initial) dans la gestion des TACA, bien avant la prescription de médications. Parmi les différentes psychothérapies disponibles, la TCC représente la thérapie ayant démontré le plus de résultats prometteurs dans le traitement de la boulimie et de l’HB, et semble influencer positivement les patients atteints d’anorexie [6, 10, 11].

 

Anorexie

Bien qu’aucune psychothérapie spécifique ne se soit montrée nettement supérieure dans le traitement de l’anorexie, la TCC représente une approche fréquemment préconisée pour ces patients [1, 3, 4, 6]. Elle semble être acceptée par les professionnels de la santé comme étant une intervention utile pour les anorexiques, mais les évidences de son efficacité sont à ce jour plutôt limitées et elle n’apparaît pas toujours comme étant un traitement de choix pour cette clientèle. Avec le temps, la TCC semble mener à l’amélioration de la symptomatologie chez ces patients, mais ne se démarque pas des autres approches psychologiques. Elle s’est tout de même montrée efficace pour traiter plusieurs problèmes concomitants qui figurent souvent avec l’anorexie, comme la dépression, l’anxiété, la faible estime de soi et les obsessions-compulsions. À ce jour, aucune recommandation n’est encore établie quant à l’adoption de la TCC dans le traitement de l’anorexie [1].

 

Boulimie

La TCC représente le traitement de premier choix pour traiter la boulimie [1]. En effet, elle constitue l’approche psychologique dont les résultats sont les plus prometteurs [1, 5, 6]. L’efficacité de la TCC se démarque grandement par rapport aux autres approches psychologiques pour aider les patients boulimiques [3, 4, 6]. Poulsen et coll. [5] ont comparé l’efficacité d’une TCC avec celle d’une psychothérapie psychanalytique (PPA) chez des patients boulimiques et la TCC a donné des résultats fort encourageants après 24 mois de traitement, avec un taux de rémission de 44% contre 15% pour la PPA. De plus, selon Fernández-Aranda et coll. [12], l’approche de la TCC serait bénéfique autant pour les patients boulimiques masculins que féminins.

 

Hyperphagie boulimique

Chez les patients souffrant d’hyperphagie boulimique (HB), la TCC constitue l’approche psychologique la plus étudiée et dont les résultats sont les plus prometteurs selon plusieurs évidences scientifiques [2, 6, 7, 13]. Cependant, le nombre de recherches étant moins nombreux que pour la boulimie, il est plus difficile d’établir un lien d’efficacité aussi clair que celui établi pour la boulimie [6]. Tout de même, Grilo et coll. [13] ont obtenu un taux de rémission de 51% chez les patients-HB ayant entrepris une TCC [2].

Lorsque comparée à d’autres thérapies, comme l’approche behaviorale, la TCC semble, à long terme, améliorer la qualité de vie et réduire les taux d’abandon. De plus, elle semble aider le patient à normaliser graduellement ses habitudes alimentaires et à réduire les risques de rechute. Par contre, le lien entre la TCC et la réduction du poids chez ces patients demeure limité et avec une signification clinique incertaine. Et concernant la thérapie interpersonnelle (TIP), elles présentent toutes deux (TIP et TCC) une efficacité comparable dans la réduction de la fréquence des orgies alimentaires chez les patients-HB, avec une réduction significative des comorbidités psychiatriques et, dans certains cas, une diminution du poids corporel [2, 7].

 

Références

  1. Galsworthy-Francis, L. and S. Allan, Cognitive Behavioural Therapy for anorexia nervosa: a systematic review. Clinical psychology review, 2014. 34(1): p. 54-72.
  2. Amianto, F., et al., Binge-eating disorder diagnosis and treatment: a recap in front of DSM-5. BMC psychiatry, 2015. 15(1): p. 1.
  3. Dalle Grave, R., et al., Cognitive Behavioral Therapy for Anorexia Nervosa: An Update. Current psychiatry reports, 2016. 18(1): p. 1-8.
  4. Cooper, M. and H. Kelland, Medication and psychotherapy in eating disorders: is there a gap between research and practice? Journal of eating disorders, 2015. 3(1): p. 1-8.
  5. Poulsen, S., et al., A randomized controlled trial of psychoanalytic psychotherapy or cognitive-behavioral therapy for bulimia nervosa. American Journal of Psychiatry, 2014. 171(1): p. 109–116.
  6. Hay, P., et al., Royal Australian and New Zealand College of Psychiatrists clinical practice guidelines for the treatment of eating disorders. Australian and New Zealand Journal of Psychiatry, 2014. 48(11): p. 977-1008.
  7. McElroy, S.L., et al., Overview of the treatment of binge eating disorder. CNS spectrums, 2015. 20(06): p. 546-556.
  8. Ordre des psychologues du Québec. L’orientation cognitive-comportementale. Available from: https://www.ordrepsy.qc.ca/fr/public/la-psychotherapie/orientations-theoriques.sn
  9. Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Thérapie d’approche cognitivo-comportementale. 2015 27-01-2016]; Available from: http://www.iusmm.ca/hopital/usagers-/-famille/info-sur-la-sante-mentale/therapie-dapproche-cognitivo-comportementale.html.
  10. Miniati, M., et al., Psychopharmacological options for adult patients with anorexia nervosa. CNS spectrums, 2015: p. 1-9.
  11. NICE – National Institute for Health and Care Excellence. Eating disorders in over 8s: management. January 2004; Available from: http://www.nice.org.uk/guidance/CG9/chapter/key-priorities-for-implementation.
  12. Fernandez-Aranda, F., et al., Male eating disorders and therapy: a controlled pilot study with one year follow-up. J Behav Ther Exp Psychiatry, 2009. 40(3): p. 479-86.
  13. Grilo, C.M., et al., Cognitive–behavioral therapy, behavioral weight loss, and sequential treatment for obese patients with binge-eating disorder: A randomized controlled trial. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 2011. 79(5): p. 675.

Dernière mise à jour : 30 mars 2016 à 10h34

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Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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