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Orthorexie

La remédiation cognitive


La remédiation cognitive (RC ) est une thérapie visant la réadaptation neuropsychologique de patients présentant des troubles psychiatriques pour lesquels certaines défaillances cognitives ont été remarquées [6]. Cette approche est utilisée pour traiter différents troubles psychiatriques, dont l’anorexie , un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) [5-7].

Ce que vous devez retenir :

• La remédiation cognitive vise à améliorer les fonctions cognitives et la qualité de vie de patients présentant certains déficits cognitifs.

• Les individus souffrant d’anorexie peuvent présenter certains déficits neuropsychologiques de la fonction exécutive, particulièrement au niveau de l’attention et de la flexibilité mentale.

• La remédiation cognitive représente une approche nouvelle dans le traitement de l’anorexie, et pourrait améliorer la flexibilité cognitive et la cohérence centrale des anorexiques.

Comprendre la remédiation cognitive

Contrairement à la thérapie cognitivo-comportementale qui s’intéresse au « quoi » (le contenu), la RC s’intéresse plutôt au « comment » (le contenant), c’est-à-dire à la pensée [2, 3, 6, 8-10]. Cette nouvelle approche se base sur l’amélioration des fonctions cognitives et de la qualité de vie de patients présentant des déficits cognitifs (observés dans de nombreux troubles psychiatriques) [2, 5, 6, 9]. On mise sur la restructuration cognitive par le biais d’exercices mentaux qui ont pour but d’accroître les stratégies cognitives du patient, de l’aider à transposer ces nouvelles stratégies dans la vie quotidienne et d’améliorer son estime de soi [2, 5-7, 10, 11]. La RC estime donc que la stimulation provoquée par certaines tâches cognitives permette un remaniement des cellules neurologiques et structure ainsi les connexions (neurologiques) de l’individu, ce qui permettrait de réduire les déficits cognitifs observés dans certains troubles psychiatriques [2, 6].

 

La remédiation cognitive dans le traitement de l’anorexie

Les individus souffrant d’anorexie peuvent présenter certains déficits neuropsychologiques* au niveau de la fonction exécutive, notamment au niveau de l’attention [1, 4-6, 8] et de la flexibilité mentale [1, 4-8]. Ces altérations constituent celles les plus remarquées chez les patients souffrant d’anorexie [1-9, 11-13].

*Ces déficits cognitifs sont qualifiés de «performances suboptimales» chez les patients-TACA [5].

L’Association québécoise des neuropsychologues définit la flexibilité mentale comme étant la capacité à s’adapter à la nouveauté et aux changements. Chez les anorexiques, cette flexibilité est habituellement réduite et se traduit en une rigidité où il est plus difficile pour le patient de s’adapter à un changement ou d’entreprendre plusieurs tâches à la fois (le «multitask» en anglais) [7-9, 11].

L’Association québécoise des neuropsychologues définit l’attention comme étant une fonction cognitive complexe qui fait référence à la capacité à être alerte à son environnement, à maintenir son attention sur une durée de temps appropriée pour son âge et à la capacité à se concentrer sur une tâche donnée en dépit de ce qui se passe autour ou à partager son attention entre plusieurs tâches simultanément. Chez les anorexiques, on remarque habituellement un défaut au niveau de la cohérence centrale se traduisant en une attention excessive portée aux détails [6, 8, 9].

La RC dans le traitement de l’anorexie est une approche relativement nouvelle qui se développe rapidement [3]. Elle a pour but d’aider les patients à rendre leur processus de réflexion plus souple, de leur permettre de penser différemment (de l’expression anglophone «think outside the box») et d’avoir une vision plus globale (p. ex. être en mesure de voir comment la maladie affecte leur vie et l’impact qu’elle a sur leur travail, leur vie privée, leurs relations et leur qualité de vie en général) [1, 3, 5, 7, 8, 10, 12, 13].

Dans le traitement de l’anorexie, la RC offre une approche cognitive au sens large, plutôt que de focusser directement sur les enjeux de l’alimentation, du poids ou de l’image corporelle [1-4].

Bien que d’autres études soient requises pour évaluer l’efficacité de la RC dans le traitement de l’anorexie, certains auteurs ont montré des résultats encourageants chez leurs patients, dont une amélioration au niveau de la flexibilité cognitive et de la cohérence centrale [2-5, 7, 8, 11, 12]. Cependant, aucune étude ne s’est penchée sur l’impact de la RC chez les hommes anorexiques. Il serait intéressant d’évaluer l’effet de cette approche chez cette clientèle spécifique.

La RC offre une contribution psychologique intéressante pour traiter l’anorexie. Ceci dit, elle devrait être considérée comme une approche complémentaire plutôt qu’une thérapie psychologique exclusive [3, 5].

 

Références

  1. Tchanturia, K., S. Lloyd, and K. Lang, Cognitive remediation therapy for anorexia nervosa: current evidence and future research directions. International Journal of Eating Disorders, 2013. 46(5): p. 492-495.
  2. Danner, U.N., A.E. Dingemans, and J. Steinglass, Cognitive remediation therapy for eating disorders. Curr Opin Psychiatry, 2015. 28(6): p. 468-72.
  3. Lindvall Dahlgren, C. and Ø. Rø, A systematic review of cognitive remediation therapy for anorexia nervosa–development, current state and implications for future research and clinical practice. Journal of eating disorders, 2014. 2(1): p. 1-12.
  4. Lang, K., J. Treasure, and K. Tchanturia, Acceptability and feasibility of self-help Cognitive Remediation Therapy For Anorexia Nervosa delivered in collaboration with carers: A qualitative preliminary evaluation study. Psychiatry research, 2015. 225(3): p. 387-394.
  5. Tchanturia, K. and J. Lock, Cognitive Remediation Therapy for Eating Disorders: Development, Refinement and Future Directions, in Behavioral Neurobiology of Eating Disorders, R.A.H. Adan and W.H. Kaye, Editors. 2010, Springer Berlin Heidelberg. p. 269-287.
  6. Doyen, C., et al., Thérapie par remédiation cognitive chez les enfants: données de la littérature et application clinique dans un service de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Archives de Pédiatrie, 2015. 22(4): p. 418-426.
  7. Tchanturia, K., H. Davies, and I.C. Campbell, Cognitive remediation therapy for patients with anorexia nervosa: preliminary findings. Annals of General Psychiatry, 2007. 6(14): p. 1-6.
  8. Tchanturia, K., N. Lounes, and S. Holttum, Cognitive remediation in anorexia nervosa and related conditions: a systematic review. European Eating Disorders Review, 2014. 22(6): p. 454-462.
  9. Lask, B. and A. Roberts, Family cognitive remediation therapy for anorexia nervosa. Clinical child psychology and psychiatry, 2015. 20(2): p. 207–217.
  10. Tchanturia, K., E. Larsson, and A. Brown, Benefits of group cognitive remediation therapy in anorexia nervosa: case series. Neuropsychiatr, 2016.
  11. Davies, H. and K. Tchanturia, Cognitive remediation therapy as an intervention for acute anorexia nervosa: A case report. European Eating Disorders Review, 2005. 13(5): p. 311-316.
  12. van Noort, B.M., et al., Cognitive Remediation Therapy for Children with Anorexia Nervosa. Zeitschrift für Kinder-und Jugendpsychiatrie und Psychotherapie, 2015. 43(5): p. 351–355.
  13. van Noort, B.M., et al., Neuropsychological and Behavioural Short‐Term Effects of Cognitive Remediation Therapy in Adolescent Anorexia Nervosa: A Pilot Study. European Eating Disorders Review, 2016. 24(1): p. 69-74.

Dernière mise à jour : 30 mars 2016 à 10h57

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