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Masculinité

Intervenir auprès des hommes


Lorsqu’il est question de troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA), le profil typique auquel peuvent s’attendre les professionnels de la santé est une jeune femme amaigrie. Or, la réalité est toute autre. En effet, les garçons et les hommes aussi développent ce type de trouble. Intervenir auprès d’un homme dans un tel contexte peut être déstabilisant. Comment faut-il s’y prendre pour les rejoindre et établir un lien de confiance avec eux afin d’assurer un traitement efficace? Voici quelques conseils pratiques à adopter lors d’une consultation avec ce type de clientèle.

Ce que vous devez retenir:

Les points à privilégier lors d’une intervention auprès d’un homme sont les suivants :

• Adopter une attitude ouverte, détendue et qui inspire la confiance;

• Aller aux devants des hommes;

• Référer à un professionnel plus qualifié si nécessaire, tout en rassurant le patient sur le maintien du lien de confiance;

• Reconnaître la honte et la culpabilité que l’homme peut ressentir et miser plutôt sur ses forces;

• Répondre aux besoins du patient en proposant des solutions rapides et concrètes, tout en assurant une écoute attentive.

Un des aspects importants à considérer lorsqu’il est question des hommes est la façon de s’y prendre pour les rejoindre. En effet, les hommes ont moins tendance à demander de l’aide, d’où l’importance de les rejoindre dans leurs milieux, plutôt que d’attendre passivement qu’ils viennent d’eux-mêmes. Il faut donc adopter une attitude très ouverte et, si possible, aller aux devants des hommes pour offrir un soutien à ceux qui pourraient en avoir besoin [1].

Une attitude détendue est à privilégier, notamment pour mettre les hommes à l’aise et les rassurer. Apprendre à parler leur langage est un atout majeur, par exemple en utilisant des métaphores qui correspondent à leur réalité. Il est important aussi de reconnaître la honte et l’anxiété que certains hommes peuvent ressentir, et qui peut se traduire différemment des femmes (i.e. colère, mutisme/silence, impatience, etc.) Afin d’apaiser ces sentiments, il est intéressant de miser sur les forces du patient et de faire preuve d’empathie [1].

En tant qu’intervenant, il est primordial d’être conscient de ses propres limites, qu’elles soient personnelles ou professionnelles. Pour certains, la meilleure façon d’aider un homme qui souffre de TACA sera de le référer à un professionnel mieux qualifié. Il est alors très important de rassurer le patient sur la référence en question, puisqu’il est possible qu’un nouveau lien de confiance à bâtir soit inquiétant pour ce dernier. Aussi, il faut éviter de référer un homme à répétition, puisqu’une telle situation pourrait lui donner l’impression que personne n’est en mesure de le prendre en charge [1].

 

Les particularités d’une clientèle masculine

Certaines particularités définissent la clientèle masculine et influencent donc l’intervention des professionnels de la santé. Tout d’abord, un important délai d’attente est souvent présent avant qu’un homme rencontre un intervenant. Cette situation fait en sorte que le trouble est la plupart du temps plus avancé lors de la première consultation, ce qui signifie plus de risques de complications et de troubles associés. La prise en charge peut donc être plus ardue. Aussi, les hommes sont plus souvent dans l’action, c’est-à-dire qu’ils recherchent des solutions rapides et concrètes. Il est ainsi important de répondre le plus efficacement possible à leurs besoins. Sans cet ajustement, l’homme risque d’être insatisfait du résultat obtenu et le suivi avec lui n’en sera que plus difficile [2].

 

Qu’est-ce que recherchent les hommes?

Les hommes recherchent des solutions rapides à leurs problèmes, mais également une écoute attentive de la part du professionnel qu’ils consultent. Il est particulièrement essentiel de leur offrir un environnement favorable où ils se sentiront à l’aise de se confier. Il peut également être utile de valider la demande d’aide, c’est-à-dire de souligner l’importance de celle-ci et de valoriser leur action de consulter un professionnel de la santé. Dans le cas particulier d’un homme qui consulte pour un TACA, l’intervenant doit insister sur le fait que l’homme n’est pas le seul à vivre une telle situation, même si c’est son impression. Le fait de ne plus se sentir isolé avec ce trouble l’aidera à diminuer le sentiment de honte qu’il peut ressentir [2].

Encore aujourd’hui, la plupart des ressources qui concernent les TACA s’adresse à un public féminin. Les hommes qui présentent ce type de troubles ne se sentent donc pas interpelés et cette situation risque même d’amplifier la stigmatisation qui entoure les hommes et les troubles d’image corporelle. Il est capital de développer des outils (brochures, articles, vidéos) qui sont adaptés à la réalité des hommes, notamment afin de les rejoindre plus facilement.

Selon une récente étude de Tremblay et coll., les principaux critères des hommes dans leur choix d’une ressource d’aide sont le climat de confiance (97 %), le sentiment d’être écouté et pris au sérieux (97 %) et le professionnalisme (96 %). À l’opposé, parmi les critères ayant le moins d’importance, on note le sexe de l’intervenant [2].

 

Un modèle d’intervention

Un modèle d’intervention en 10 points [3] a été développé pour mieux intervenir auprès des hommes. L’application de ces conseils permettra aux professionnels de la santé d’adapter leur consultation aux besoins des hommes, et ainsi, d’être en mesure d’optimiser leur intervention auprès de ce type de clientèle.

  1. Être sensible aux dimensions du genre;
  2. Voir les hommes comme étant d’abord des êtres humains;
  3. Porter une attention particulière aux réactions contre-transférentielles (évaluer ses propres filtres/préjugés envers les hommes, faire un travail sur soi);
  4. Reconnaître l’inconfort dans la demande d’aide des hommes et porter une attention particulière à la prise de contact;
  5. Soutenir, responsabiliser, donner du pouvoir et protéger (établir un équilibre entre l’autonomie et le soutien);
  6. Proposer un cadre d’intervention clair, structuré et concret tout en gardant l’accent sur les émotions;
  7. Capitaliser, miser sur les forces, contrecarrer la honte;
  8. Briser l’isolement affectif (éviter que l’homme devienne dépendant de l’intervenant, créer un réseau);
  9. Adapter les services, agir rapidement et, au besoin, être proactif (aller vers les hommes puisque ceux-ci ont tendance à minimiser leurs problèmes);
  10. Prendre soin de soi comme intervenant.

 

Références

  1. Landry, G., Synthèse de Dulac. 2000, Entraide pour hommes: Vallée-du-Richelieu, Beloeil.
  2. Tremblay, G. and P. L’Heureux, Intervenir auprès des hommes. 2015: Montréal. p. 157.
  3. L’Heureux, P. Quelques outils pour mieux aider les hommes. 2013 04-02-2016]; Available from: http://www.aqpamm.ca/wp-content/uploads/2011/04/La-demande-daide-des-hommes-Power-point.pdf.

Dernière mise à jour : 22 février 2016 à 9h55

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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