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Anorexie

Influence des règles familiales dans les troubles alimentaires


L’apparition et le développement d’un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) chez une personne sont influencés par de nombreux facteurs, notamment une insatisfaction corporelle et une faible estime de soi . L’environnement familial dans lequel évolue l’individu semble aussi jouer un rôle à ce niveau (particulièrement lorsque les règles familiales sont contraignantes ou dysfonctionnelles) et est considéré comme un facteur pouvant influencer le développement de comportements alimentaires troubles [1-3].

Ce que vous devez retenir:

• L’environnement familial dans lequel évolue un individu peut influencer l’apparition de comportements alimentaires troubles.

• Un environnement familial contraignant avec des règles implicites moins facilitantes peut accroître le risque de développer un TACA.

• Les professionnels de la santé peuvent tirer profit de mettre en place des interventions familiales afin d’évaluer, de mieux comprendre et de traiter plus efficacement leurs patients atteints de TACA.

Comprendre l’influence des règles familiales

Le milieu familial est constitué d’un mélange de traits uniques (propres à chacun des membres de la famille) et de traits similaires (habituellement observés chez chacun des membres de la famille). Les interactions répétées communes entre les membres de la famille mènent éventuellement à l’établissement d’une norme (ou règle) en ce qui a trait aux comportements futurs. Les expériences cliniques et les théories sur les troubles de l’alimentation postulent que ces règles constituent une partie intégrante du processus de la famille et qu’elles peuvent influencer l’apparition et le maintien des TACA [1, 3].

Gillett et coll. [1] se sont intéressés à l’influence de ces règles. Ils ont d’abord défini les règles familiales comme étant des normes non écrites et implicites (non-dites) survenant à la suite d’interactions redondantes et qui régissent les comportements des membres de la famille, pouvant favoriser ou entraver la communication, la compréhension, l’ouverture, la croissance et la connexion au sein de la famille. Ainsi, ils ont comparé des familles où évoluait une jeune femme diagnostiquée avec un TACA (anorexie, boulimie ou un autre trouble spécifié de l’alimentation et des conduites alimentaires (ATSACA)) à des familles où évoluait une jeune femme sans TACA et ont tenté d’associer si le processus des règles familiales implicites influençait la présence d’un TACA. Leurs résultats suggèrent que les familles-TACA ont des règles familiales moins fonctionnelles que les familles-sans TACA. Les auteurs s’entendent pour dire que les facteurs pouvant être reliés à un TACA sont complexes et multiples, mais qu’une prédisposition génétique (par exemple une histoire familiale de troubles anxieux, de dépression ou de troubles liés à l’usage de substances) et un environnement familial plus contraignant avec des règles moins facilitantes (relation conflictuelle avec les parents, abus, styles de communication, taquineries et règles implicites) pourraient avoir un effet cumulatif ou même exponentiel résultant en un risque accru de comportements alimentaires troubles et de TACA [1].

Les résultats de Crowther et coll. [2] soulignent que la présence de certaines attitudes familiales envers la nourriture et l’alimentation, le modèle parental et une communication familiale négative concernant le poids et l’amaigrissement peuvent influencer le développement de comportements alimentaires troubles, dont la boulimie [3].

Les résultats de Mateos-Agut et coll. [3] ont montré que les familles dont un des membres souffre d’un TACA ont habituellement plus d’antécédents psychiatriques et une faible capacité d’adaptation lorsque comparées aux familles du groupe contrôle. La hiérarchie familiale n’est habituellement pas clairement définie et la direction est diffuse, avec des règles strictes et imprévisibles. La relation avec les parents est souvent distante ou conflictuelle, et les attitudes des parents envers leurs enfants sont complaisantes et égoïstes avec des liens ambivalents et sans affection, et les attentes des mères sont définies comme étant soit très exigeantes et irréalistes. De plus, les auteurs ont relevé que les familles rigides avec des règles capricieuses et des attentes irréalistes pour leurs membres, un manque d’empathie et une attitude de déni envers les problèmes rencontrés constituent des facteurs convergents de probabilités qu’un TACA pourrait se développer au sein d’un membre de la famille [3].

 

Pour les professionnels de la santé

La compréhension de la structure familiale (et des règles implicites) ainsi que la mise en place d’interventions familiales chez les patients atteints d’un TACA pourrait grandement aider les professionnels de la santé tels que les psychologues, les nutritionnistes et les travailleurs sociaux à mieux comprendre, interagir et intervenir avec le patient ainsi que les membres de sa famille [1, 3].

 

Le lien avec les hommes

Très peu d’études se sont intéressées à l’influence qu’ont les règles familiales sur l’apparition et le développement d’un TACA chez les garçons et les hommes spécifiquement. Il serait intéressant que de futures recherches se concentrent sur cette clientèle afin d’observer si ces patients sont aussi influencés par leur environnement familial.

 

Références

  1. Gillett, K.S., et al., Implicit Family Process Rules in Eating‐Disordered and Non‐Eating‐Disordered Families. Journal of marital and family therapy, 2009. 35(2): p. 159-174.
  2. Crowther, J.H., et al., The role of familial factors in bulimia nervosa. Eating Disorders, 2002. 10(2): p. 141-151.
  3. Mateos-Agut, M., et al., Family structure and eating behavior disorders. Actas espanolas de psiquiatria, 2014. 42(6): p. 267-280.

Dernière mise à jour : 24 mars 2016 à 11h44

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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