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Anorexie

« Finis ton assiette et tu auras un dessert »


Les parents utilisent différentes pratiques alimentaires pour guider l’alimentation de l’enfant. Certaines pratiques sont plus douces, comme d’encourager positivement l’enfant à essayer un aliment (p.ex., Goûtes-y, moi je trouve ça très bon!), tandis que d’autres sont plus coercitives (p.ex., Tu ne sors pas de table sans avoir fini ton assiette). Les comportements et attitudes du parent envers l’enfant façonnent l’environnement à la maison et influence les comportements de l’enfant au niveau cognitif, socio-émotionnel et de la santé [1]. Il s’agit également d’une composante socio-culturelle critique dans le développement des troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) de l’enfant [2]. Apprenez-en plus sur la relation entre le style parental et le développement des TACA.

Ce que vous devez retenir:

• Les styles parentaux sont des catégories de comportements des parents caractérisées par le type d’interactions parent-enfant.

• On distingue quatre styles parentaux différents : autoritaire, démocratique, permissif de type indulgent et permissif de type négligent.

• Le style parental démocratique serait le style le plus bénéfique pour la santé mentale des enfants.

• Bien que peu d’études aient investigué la relation entre le style parental et le risque de TACA, certains résultats montrent que le style démocratique serait négativement corrélé aux symptômes de TACA, tandis que le style autoritaire serait positivement corrélé aux symptômes de TACA.

Les styles parentaux

Les styles parentaux sont une catégorisation des comportements des parents que l’on caractérise par un type d’interaction parent-enfant pouvant être observé à travers diverses situations [3].

Le modèle proposé par Baumrind (1971) [4] définit le style parental selon deux dimensions : les exigences imposées à l’enfant par le parent (demandingness) et la sensibilité du parent face aux besoins de l’enfant (responsiveness). Ce modèle met de l’avant trois styles parentaux distincts en fonction de ces deux dimensions : permissif (permissive), autoritaire (authoritarian) et démocratique (authoritative). Maccoby et Martin (1983) [5] ont par la suite étendu le modèle en divisant les parents de style permissif en deux types : indulgent et négligent. Chacun de ces styles reflète différents schémas de valeurs, de pratiques et de comportements parentaux, dans un équilibre de sensibilité et d’exigences qui les distinguent (voir tableau 1).

En général, les parents utilisent les quatre styles parentaux dépendamment des situations. Néanmoins, l’un des styles sera davantage utilisé que les autres et dominera.

Tableau 1 | Classification des styles parentaux (adaptée et traduite de Maccoby et Martin (1983) [5])

  Exigences élevées Exigences moindres
Sensibilité élevée Démocratique Permissif (indulgent)
Sensibilité moindre Autoritaire Permissif (négligent)

 

Pour conceptualiser les attitudes et comportements du parent dans le contexte précis de l’alimentation, Hughes et coll. (2005) [6] ont également misé sur les exigences imposées à l’enfant par le parent et la sensibilité du parent face aux besoins de l’enfant pour décrire une typologie alimentaire similaire au rôle parental général. Dans ce cas-ci, les exigences réfèrent à l’intensité à laquelle le parent encourage l’enfant à manger. La sensibilité, quant à elle, constitue la façon dont le parent encourage l’enfant à manger (c.-à-d. de façon sensible ou non).

 

Comment distinguer les styles parentaux?

De façon générale, le parent autoritaire se distingue en étant émotionnellement détaché, moins chaleureux et davantage contrôlant que les autres parents, tout en étant plus susceptible d’utiliser du renforcement ferme [4]. Dans le contexte alimentaire, ce type de parent encourage l’enfant à manger en utilisant des comportements très directifs (p.ex., lutter physiquement avec l’enfant, utiliser la restriction, les récompenses et les punitions). Ce genre de parent est très exigeant dans ses pratiques alimentaires et le fait de manière insensible envers l’enfant (exigences élevées, sensibilité moindre) [7].

Le style parental démocratique se caractérise davantage par des niveaux élevés de chaleur et des niveaux faibles de contrôle coercitif. Le parent démocratique équilibre ses attentes envers l’enfant avec une sensibilité aux besoins de l’enfant. Il est clair en ce qui concerne ses attentes et fixe des conséquences appropriées (p. ex., les repas sont planifiés et servis à des heures régulières), mais n’est pas intrusif ou restrictif [4]. Dans un contexte alimentaire, le parent démocratique encourage activement l’enfant à manger en utilisant principalement des comportements de soutien et non directifs (p.ex., le raisonnement, les compliments et la permission de choisir parmi des aliments appropriés). Ce type de parent est également exigeant dans la mesure où il encourage activement l’enfant à manger, mais le fait de façon sensible (exigences élevées, sensibilité élevée) [7].

Un parent typiquement permissif (indulgent ou négligent) n’a pas autant d’exigences envers l’enfant que les parents utilisant un autre style parental et applique les règles de façon moins ferme. Il tend à éviter la confrontation lorsque l’enfant se conduit mal et encourage fréquemment l’indépendance et l’individualité [4]. Dans un contexte alimentaire, le parent permissif de type indulgent encourage peu l’enfant à s’alimenter, mais lorsqu’il le fait, ses encouragements sont non directifs et soutenants (exigences moindres, sensibilité élevée). Le parent permissif négligent va également faire peu d’encouragements à l’enfant pour qu’il mange, mais ses encouragements sont peu soutenants (exigences moindres, sensibilité moindre) [7].

D’après Castle et Jacobsen (2013), diététistes-nutritionnistes et auteures américaines, le style permissif est caractérisé par une sursensibilité à la faim et satiété de l’enfant, tout en ayant peu d’attentes concernant les comportements alimentaires et peu de structure relative aux repas. Le parent permissif est parfois identifié comme le parent « oui » qui met peu de limites autour de l’alimentation et qui permet à l’enfant de consommer tout ce qu’il veut. Le parent négligeant, quant à lui, a de la difficulté à faire l’épicerie, planifier et préparer les repas sur une base régulière et à la même heure puisque l’alimentation est moins dans ses priorités. Il a peu de structure quant aux repas et se trouve parfois à improviser quant à leur contenu [8].

Les premières recherches en psychologie du développement ont montré que le style parental le plus bénéfique pour la santé mentale des enfants est le style démocratique [4, 9, 10]. Plusieurs études réalisées dans divers pays ont confirmé que, comparativement aux styles permissif et autoritaire, ce style parental est associé à un meilleur ajustement chez les enfants et les adolescents [11, 12]. Des exemples de situations correspondant à chacun des styles parentaux dans un contexte alimentaire sont exposés au tableau 2.

Tableau 2 | Exemples de cas dans un contexte alimentaire selon les styles parentaux (adaptés et tirés de Castle et Jacobsen (2013))

Style parental alimentaire Exemples de cas
Autoritaire Enfant: « J’ai fini. »Parent: « Non, tu n’as pas fini encore. Il te reste quatre bouchées à manger, sinon tu n’auras pas de dessert. »
Démocratique Enfant: « Est-ce que je peux avoir un biscuit gratuit de la boulangerie? S’il-te-plaît! »Parent: « On soupe dans une heure et tu n’auras plus faim si tu manges un biscuit. La prochaine fois, on arrêtera à la boulangerie quand ce sera l’heure d’une collation. »
Permissif Enfant: « Est-ce que je peux avoir un biscuit Maman? S’il-te-plaît! »Parent: « Ouin… Tu ne devrais pas, car tu as grignoté toute la journée. Mais c’est correct. »
Négligeant Enfant: « Maman, qu’est-ce qu’on mange pour souper? Est-ce qu’on a quelque chose à manger? »Parent: « On va trouver quelque chose mon chéri, donne-moi une minute. »

 

Styles parentaux et TACA

Jusqu’à ce jour, peu d’études ont été publiées sur la relation entre le style parental et le développement de TACA chez les enfants. Les études précédentes ont davantage ciblé l’effet de certaines pratiques alimentaires parentales directives (c.-à-d., la restriction, le suivi des apports et la pression à manger) [13] sur le poids de l’enfant plutôt qu’un style parental qui permettrait d’avoir un portrait plus complet de l’environnement alimentaire des enfants [7].

Enten et coll. (2009) [14] ont cherché à savoir s’il y avait une association entre le style parental et les symptômes de filles traitées pour un TACA. Les résultats des questionnaires administrés montrent que plus le père était perçu comme étant autoritaire, plus le score EDI-2 (questionnaire auto-rapporté mesurant les symptômes et caractéristiques psychologiques souvent reliés à l’anorexie et la boulimie [15]) de la patiente était élevé. Inversement, plus le père était perçu comme étant démocratique, moins le score EDI-2 était élevé.

Bien qu’ils n’aient évalué que des filles, Enten et coll. (2009) [14] croient que cette corrélation inverse entre des symptômes de TACA et le style démocratique du père appuie les résultats d’études précédentes : ce style parental produit les résultats les plus positifs sur la santé psychosociale des enfants et adolescents puisqu’il emploie la meilleure balance entre les exigences et la sensibilité [16]. Est-ce qu’une corrélation similaire pourrait être observée entre les symptômes de TACA de garçons et le style parental de la mère? Difficile de se prononcer pour le moment.

Malgré qu’il y ait un manque d’études pour évaluer la relation entre le style parental et les TACA (une lacune particulièrement prononcée chez les garçons), Enten et coll. (2009) [14] croient que les professionnels de la santé œuvrant dans les programmes de traitement de TACA devraient discuter avec les parents sur la façon dont le style parental influence la relation avec l’enfant ou l’adolescent aux prises avec un TACA.

 

Références:

  1. Steinberg, L., B. Brown, and S. Dornbusch, Beyond the classroom: Why school reform has failed and what parents need to do. New York, ed. S. Schuster. 1996.
  2. Golan, M. and S. Crow, Parents are key players in the prevention and treatment of weight-related problems. Nutrition reviews, 2004. 62(1): p. 39-50.
  3. Darling, N. and L. Steinberg, Parenting style as context: An integrative model. Psychological bulletin, 1993. 113(3): p. 487.
  4. Baumrind, D., Current patterns of parental authority. Developmental psychology, 1971. 4(1 part 2): p. 1.
  5. Maccoby, E.E. and J.A. Martin, Socialization in the context of the family: Parent-child interaction, in Handbook of child psychology: Vol. 4 Socialization, personality, and social development, P.H. Mussen and E.M. Hetherington, Editors. 1983, Wiley: New York, NY.
  6. Hughes, S.O., et al., Revisiting a neglected construct: parenting styles in a child-feeding context. Appetite, 2005. 44(1): p. 83-92.
  7. Hughes, S.O., et al., Indulgent feeding style and children’s weight status in preschool. Journal of developmental and behavioral pediatrics: JDBP, 2008. 29(5): p. 403.
  8. Castle, J. and M. Jacobsen, Fearless Feeding: How to Raise Healthy Eaters from High Chair to High School. 2013: Jossey-Bass. 432.
  9. Baumrind, D., Effects of authoritative parental control on child behavior. Child development, 1966: p. 887-907.
  10. Maccoby, E.E., The role of parents in the socialization of children: An historical overview. Developmental psychology, 1992. 28(6): p. 1006.
  11. Dwairy, M., et al., Parenting, mental health and culture: A fifth cross-cultural research on parenting and psychological adjustment of children. Journal of Child and Family Studies, 2010. 19(1): p. 36-41.
  12. Pong, S.-l., J. Johnston, and V. Chen, Authoritarian parenting and Asian adolescent school performance: Insights from the US and Taiwan. International journal of behavioral development, 2009.
  13. Clark, H., et al., How do parents’ child-feeding behaviours influence child weight? Implications for childhood obesity policy. Journal of Public Health, 2007. 29(2): p. 132-141.
  14. Enten, R.S. and M. Golan, Parenting styles and eating disorder pathology. Appetite, 2009. 52(3): p. 784-787.
  15. Garner, D.M., Eating disorder inventory-2. 1991, Odessa, FL: Psychological Assessment Resources.
  16. Baumrind, D., The influence of parenting style on adolescent competence and substance use. The Journal of Early Adolescence, 1991. 11(1): p. 56-95.

Dernière mise à jour : 24 mars 2016 à 11h42

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