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Image corporelle

Fat talk/body talk : un phénomène pas si banal


J’ai l’air tellement gros(se) dans ces jeans. J’ai des bourrelets qui dépassent quand je mets ces jeans. Le fat talk, ce n’est pas d’avoir un surpoids. En fait, le fat talk n’a rien à voir avec la taille ou le poids. Il s’agit plutôt d’un phénomène social durant lequel les gens vont parler négativement de leur taille, leur poids, leur silhouette. Le fat talk est souvent perçu comme une façon de soulager la détresse reliée à l’insatisfaction corporelle et a également été relié aux troubles de l’alimentation et des comportements alimentaires (TACA) chez les femmes. Mais qu’en est-il du fat talk chez les hommes?

Ce que vous devez retenir:

• Le terme fat talk a d’abord été inventé pour faire référence aux filles qui discutent entre elles de la taille et la forme de leur corps de manière négative.

• Bien que le fat talk soit un phénomène social principalement féminin, son occurrence et son influence existent également chez les hommes.

• Le fat talk masculin diffère du fat talk féminin de par le contenu des conversations; la musculation en serait une composante importante.

• Malgré que les hommes expérimentent beaucoup moins le body talk que les femmes, les conséquences d’un body talk négatif chez ceux-ci n’en sont pas moins troublantes.

• En plus d’augmenter l’insatisfaction corporelle, le body talk négatif chez les hommes serait associé à un désir d’être plus musclé, aux TACA et à un investissement envers son apparence.

Qu’est-ce que le fat talk?

Dans une étude américaine de filles d’écoles primaires et secondaires, Nichter et Vuckovic (1994) [1] ont inventé le terme fat talk (ou commentaires sur le poids) pour référer aux filles qui discutent entre elles de la taille et la forme de leur corps de manière négative.

Nitcher décrit le fat talk comme étant un rituel social durant lequel les filles adolescentes partagent et renforcent les liens sociaux via leurs préoccupations et leurs insatisfactions corporelles [1, 2].

Bien que la fréquence du fat talk puisse varier à travers les différentes cultures, l’insatisfaction corporelle sous-jacente qui est exprimée a été identifiée chez des femmes de plusieurs pays différents [3-6].

Plusieurs chercheurs sont d’avis que le fat talk est courant [7], fait partie des normes sociales [8] et constitue un style de communication à prédominance féminine [2, 9]. Par contre, les résultats de Tzoneva et coll. (2015) [10] indiquent que, bien que le fat talk soit un phénomène social principalement féminin, son occurrence et son influence existent également chez les hommes.

 

Un body talk différent pour les hommes

Malgré que la recherche sur le fat talk chez les hommes soit très limitée, des évidences suggèrent que le fat talk opère au sein des amitiés masculines [9, 11, 12]. Par contre, les hommes l’expérimenteraient beaucoup moins que les femmes.

Comparativement au fat talk féminin, les conversations des hommes peuvent différer dans leur contenu. L’idéal corporel au masculin met beaucoup l’emphase sur un physique mince mais également musclé, donc la musculation constitue probablement une composante importante dans les conversations masculines à propos du corps, du poids et des régimes [12, 13]. D’ailleurs, certains auteurs vont plutôt utiliser les termes body talk et muscle talk.

Exemples de body talk négatif en lien avec la musculature [12]:
« Je veux vraiment avoir des abdominaux découpés. »
« Je dois aller au gym plus souvent, je n’ai pas de muscles. »

Selon Tzoneva et coll. (2015) [10], cette attention dirigée vers la musculature dans les conversations masculines pourrait être d’une importance grandissante. En effet, un taux élevé d’utilisation et d’abus de drogues qui augmentent les muscles a été rapporté récemment dans une étude chez les adolescents et jeunes hommes américains [14], des groupes d’âge susceptibles d’être surexposés à des conversations de body talk.

 

Body talk, insatisfaction corporelle et TACA

Chez la femme, le fat talk a été relié à des sentiments négatifs à propos de son corps [7, 15-18] ainsi qu’aux TACA [17, 19].

Une étude d’Engeln et coll. (2013) [12] a montré que le body talk négatif chez les jeunes hommes était positivement associé à des comportements alimentaires troubles, un désir d’être plus musclé et un investissement envers son apparence, en plus d’être négativement associé à l’évaluation de son apparence. Les résultats de l’étude montrent également que d’écouter du muscle talk ou du fat talk entraînait chez ces hommes une diminution de leur propre estime d’image corporelle et une augmentation de leur insatisfaction corporelle. Ces auteurs croient donc que les conséquences du body talk négatif chez les hommes ne seraient pas moins troublantes que celles identifiées chez les femmes.

Par contre, les résultats d’Engeln et coll. (2013) [12] suggèrent aussi que le fat talk puisse fonctionner différemment chez les hommes par rapport au risque de TACA. Une proportion significative des participants de l’étude a rapporté des échanges positifs à propos de diverses parties du corps avec leurs pairs masculins, ce qui pourrait compenser pour l’effet néfaste du fat talk.

 

Des interventions pour limiter le fat talk

Initiée en 2008, la Fat Talk Free® Week est une initiative du regroupement d’étudiantes américaines Tri Delta [20]. Cette semaine de sensibilisation est renouvelée tous les ans depuis et vise principalement à éduquer la population sur l’impact néfaste de la poursuite d’un idéal de minceur et de l’utilisation du fat talk par les femmes de tous les âges.

Au Québec, l’organisme ÉquiLibre s’est inspiré de cette initiative pour instaurer la Semaine « Le poids? Sans commentaire! » [21] qui a lieu chaque année depuis 2012. Cette semaine thématique a pour but de sensibiliser la population à l’omniprésence et aux impacts négatifs des commentaires sur le poids qui peuvent contribuer à faire augmenter l’insatisfaction corporelle en renforçant les normes sociales de minceur.

Ce genre d’initiatives ciblant principalement la gente féminine peut faire une différence. Par contre, certains auteurs [10] croient que les bénéfices d’interventions ciblant des problématiques de préoccupations corporelles spécifiques au sexe (par exemple, la musculation pour les hommes) devraient être explorés davantage. Bien qu’elle soit moins présente, une association existe bel et bien entre le body talk négatif et les TACA chez les hommes.

 

Références

  1. Nichter, M. and N. Vuckovic, Fat talk, in Many mirrors: Body image and social relations, N.L. Sault, Editor. 1994, Rutgers University Press: New Brunswick. p. 109-131.
  2. Nichter, M., Fat Talk: What Girls and Their Parents Say About Dieting. Cambridge: Harvard UP, 2000.
  3. Davis, C. and M. Katzman, Charting new territory: Body esteem, weight satisfaction, depression, and self-esteem among Chinese males and females in Hong Kong. Sex Roles, 1997. 36(7-8): p. 449-459.
  4. Jung, J. and G.B. Forbes, Multidimensional assessment of body dissatisfaction and disordered eating in Korean and US college women: A comparative study. Sex Roles, 2006. 55(1-2): p. 39-50.
  5. Mukai, T., A. Kambara, and Y. Sasaki, Body dissatisfaction, need for social approval, and eating disturbances among Japanese and American college women. Sex Roles, 1998. 39(9-10): p. 751-763.
  6. Safir, M.P., S. Flaisher-Kellner, and A. Rosenmann, When gender differences surpass cultural differences in personal satisfaction with body shape in Israeli college students. Sex Roles, 2005. 52(5-6): p. 369-378.
  7. Salk, R.H. and R. Engeln-Maddox, Fat talk among college women is both contagious and harmful. Sex roles, 2012. 66(9-10): p. 636-645.
  8. Britton, L.E., et al., Fat talk and self-presentation of body image: Is there a social norm for women to self-degrade? Body Image, 2006. 3(3): p. 247-254.
  9. Martz, D.M., et al., Gender differences in fat talk among American adults: Results from the psychology of size survey. Sex Roles, 2009. 61(1-2): p. 34-41.
  10. Tzoneva, M., K.J. Forney, and P.K. Keel, The Influence of Gender and Age on the Association Between “Fat-Talk” and Disordered Eating: An Examination in Men and Women From Their 20s to Their 50s. Eating disorders, 2015(ahead-of-print): p. 1-16.
  11. Arroyo, A. and J. Harwood, Exploring the Causes and Consequences of Engaging in Fat Talk. Journal of Applied Communication Research, 2012. 40(2): p. 167-187.
  12. Engeln, R., M.R. Sladek, and H. Waldron, Body talk among college men: content, correlates, and effects. Body Image, 2013. 10(3): p. 300-8.
  13. Frederick, D.A., et al., Desiring the muscular ideal: Men’s body satisfaction in the United States, Ukraine, and Ghana. Psychology of Men & Masculinity, 2007. 8(2): p. 103.
  14. Field, A.E., et al., Prospective associations of concerns about physique and the development of obesity, binge drinking, and drug use among adolescent boys and young adult men. JAMA Pediatr, 2014. 168(1): p. 34-9.
  15. Clarke, P.M., S.K. Murnen, and L. Smolak, Development and psychometric evaluation of a quantitative measure of “fat talk”. Body image, 2010. 7(1): p. 1-7.
  16. Gapinski, K.D., K.D. Brownell, and M. LaFrance, Body objectification and “fat talk”: Effects on emotion, motivation, and cognitive performance. Sex Roles, 2003. 48(9-10): p. 377-388.
  17. Salk, R.H. and R. Engeln-Maddox, “If you’re fat, then I’m humongous!” Frequency, content, and impact of fat talk among college women. Psychology of Women Quarterly, 2011. 35(1): p. 18-28.
  18. Stice, E., J. Maxfield, and T. Wells, Adverse effects of social pressure to be thin on young women: An experimental investigation of the effects of “fat talk”. International Journal of Eating Disorders, 2003. 34(1): p. 108-117.
  19. Ousley, L., E.D. Cordero, and S. White, Fat talk among college students: How undergraduates communicate regarding food and body weight, shape & appearance. Eating Disorders, 2008. 16(1): p. 73-84.
  20. Tri Delta. Fat Talk Free Week. 2014 18-06-2015]; Available from: http://bi3d.tridelta.org/ourinitiatives/fattalkfreeweek.
  21. ÉquiLibre. Semaine « Le poids? Sans commentaire! ». 2014 18-06-2015]; Available from: http://equilibre.ca/nos-campagnes/semaine-le-poids-sans-commentaire/.

Dernière mise à jour : 19 février 2016 à 15h58

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Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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