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EAT-26 : Un outil de dépistage pratique


L’augmentation de la prévalence de comportements alimentaires déviants ces dernières décennies a mené à l’élaboration de nombreux outils permettant d’évaluer les comportements problématiques face à l’alimentation [1]. Parmi ces outils, le Eating Attitudes Test (EAT-26) [2] permet l’évaluation du risque de développer un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) [3]. Largement étudié et validé auprès de populations saines ou atteintes de ce type de trouble [4], il est l’outil de dépistage des TACA le plus communément utilisé.

Ce que vous devez retenir:

• Le EAT-26 est l’outil de dépistage le plus souvent utilisé, mais ne permet pas de diagnostiquer un TACA et ne remplace pas une consultation auprès d’un professionnel de la santé qualifié.

• Comme le EAT-26 aide au dépistage précoce de symptômes reliés aux TACA, il permet d’intervenir rapidement, ce qui a pour avantage de limiter les risques de complications associées.

• Une version en ligne, gratuite et francophone du test est disponible sur le Web.

Description de l’outil

À la base, Garner et Garfinkel [2] ont développé un questionnaire dans le but d’évaluer les comportements associés à l’anorexie. Cet outil comprenait 40 questions (EAT-40) réparties en 7 différentes sections. En 1982, une version abrégée, le EAT-26 [5], a été élaborée et est maintenant la version la plus largement utilisée. Celle-ci ne comprend maintenant que 3 sections, soit [4]:

1)   La diète (incluant les préoccupations à l’égard de la minceur)

2)   La boulimie (les symptômes associés)

3)   Le contrôle oral (par exemple, l’autocontrôle à l’égard de la nourriture observé chez les anorexiques)

Le EAT-26 a été validé à maintes reprises, par contre uniquement avec des échantillons de femmes [1, 5]. Sa valeur prédictive positive de 53 % [4] en fait un outil de dépistage plutôt qu’un outil diagnostique selon Williams [4].

Ce questionnaire peut être à la fois auto-administré (nécessite moins de 5 minutes à compléter) ou bien administré par un professionnel de la santé, un intervenant scolaire, un entraîneur ou toute personne susceptible de vouloir dépister un éventuel TACA [3]. Afin de corriger un possible déni chez la personne interrogée ou encore un biais de désirabilité sociale, il est recommandé de compléter les informations obtenues en interrogeant des personnes de l’entourage, tels les parents, amis, entraîneurs ou autres [3].

Il est important de noter que le EAT-26 ne permet pas de poser un diagnostic de TACA et ne remplace pas une consultation avec un professionnel qualifié dans le domaine. En fait, aucun test ou outil ne permet à lui seul d’identifier et de diagnostiquer un TACA. Seuls les médecins, psychiatres et psychologues sont en mesure de diagnostiquer un tel trouble. Toutefois, l’utilisation d’un outil de dépistage comme le EAT-26 peut être d’une grande aide puisqu’il permet le dépistage précoce de symptômes reliés aux TACA, ce qui permet à la personne de rechercher de l’aide et d’être traité plus rapidement. Ainsi, les risques de complications physiques et psychologiques peuvent être limités [3].

Comment l’utiliser

En 1994, une version francophone du EAT-26 a été validée au Québec par Leichner et son équipe [4]. Toutefois, l’échantillon utilisé à cette époque était strictement féminin (87 adultes et adolescentes). Le questionnaire est offert gratuitement en ligne via le Centre de santé et de consultation psychologique (CSCP) de l’Université de Montréal. Une version anglaise est également disponible sur le site-même du EAT-26.

Le EAT-26 dispose de 3 critères qui permettent de déterminer la nécessité ou non de consulter un professionnel de la santé spécialisé en TACA [3]. Ces critères sont les suivants :

  1. Score du EAT-26

Le tableau suivant illustre la façon de calculer le score obtenu selon les réponses données.

Tableau 1 . Score du EAT-26 [3]

  Système de pointage pour obtenir le score du EAT-26
Toujours Habituellement Souvent Parfois Rarement Jamais
Questions 1 à 25 3 2 1 0 0 0
Question 26 0 0 0 1 2 3

 

Un score de 20 et plus indique la présence de préoccupations à l’égard du poids, de la silhouette et de l’alimentation. Il est recommandé de consulter un professionnel de la santé qualifié dans le domaine afin de déterminer s’il y a présence ou non d’un diagnostic de TACA. Toutefois, il est à noter qu’un score élevé ne signifie pas d’emblée que la personne souffre d’un TACA. Une évaluation de la situation est requise.

Un score inférieur à 20 est associé à un moindre risque de présenter un TACA, mais n’exclue pas la présence de symptômes cliniques significatifs de ce type de trouble. Ce questionnaire requiert des réponses honnêtes de la part du participant afin d’obtenir un résultat fidèle à la réalité. Un déni de la situation peut biaiser l’interprétation des résultats. C’est à ce moment que la validation des réponses auprès de l’entourage peut s’avérer utile.

  1. Faible poids corporel

L’indice de masse corporelle (IMC) vient compléter le EAT-26 puisqu’il permet de noter la présence ou non d’un faible poids corporel. Le tableau suivant indique l’IMC associé à une « insuffisance pondérale » et à une « insuffisance pondérale sévère » selon l’âge et le sexe [6, 7]. Ces données sont établies à partir des courbes de croissance. Une « insuffisance pondérale » se situe entre le 5e et le 10e percentile, alors qu’une « insuffisance pondérale sévère » se situe en-deçà du 5e percentile.

Tableau 2. IMC correspondant à une « insuffisance pondérale » et à une « insuffisance pondérale sévère » selon les normes pour l’âge et le sexe

Âge 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 20+
Filles/Femmes
Insuffisance pondérale sévère(égale ou moins) 13.5 14.0 14.0 14.5 15.0 15.5 16.0 16.5 17.0 17.5 17.5 17.5 18.5
Insuffisance pondérale(entre) 13.6-14.0 14.1-14.5 14.1-14.5 14.6-15.0 15.1-15.5 15.6-16.0 16.1-16.5 16.6-17.0 17.1-17.5 17.6-18.0 17.6-18.0 17.6-18.5 18.6-19.0
Garçons/Hommes
Insuffisance pondérale sévère(égale ou moins) 13.5 14.0 14.5 14.5 15.0 16.0 16.5 17.0 17.5 18.0 18.5 19.0 19.5
Insuffisance pondérale(entre) 13.6-14.0 14.1-14.5 14.6-15.0 14.6-15.0 15.1-16.0 16.1-16.5 16.6-17.0 17.1-17.5 17.6-18.0 18.1-18.5 18.6-19.0 19.1-19.5 19.6-20.0

 

  1. Questions comportementales

Aux 26 questions du test, on ajoute quelques questions supplémentaires en lien avec certains comportements à risque, tels la présence de crises d’hyperphagie boulimique et l’utilisation de vomissements, laxatifs et autres moyens compensatoires. Le tableau suivant présente ces questions ainsi que leur fréquence associée. Si au moins une réponse correspond à une des cases cochées, une consultation auprès d’un professionnel de la santé qualifié est nécessaire.

Tableau 3. Questions comportementales additionnelles [3]

Lors des 6 derniers mois, avez-vous : Jamais 1x/mois ou moins 2-3x/mois 1x/semaine 2-6x/semaine 1x/jour ou plus
… eu des crises d’hyperphagie où vous sentiez que vous ne pouviez vous arrêter?
… utilisé le vomissement pour contrôler votre poids ou silhouette?
… utilisé des laxatifs, des pilules pour maigrir ou des diurétiques pour contrôler votre poids ou silhouette?
… fait une activité physique plus de 60 minutes par jour pour perdre du poids ou le contrôler?
… perdu 9 kg (20 lbs) ou plus? Oui Non □

 

Si la personne rencontre au moins un de ces critères, il est important qu’il soit évalué par un professionnel de la santé spécialisé en TACA.

 

Utile pour quels types de TACA?

Le EAT-26 est un outil reconnu pour dépister l’anorexie et la boulimie [4]. Pour le dépistage des autres TACA, soit l’hyperphagie boulimique ou encore les autres troubles spécifiés de l’alimentation et des conduites alimentaires (ATSACA), peu de données ont été recueillies à ce propos jusqu’à présent [8]. Selon une étude, le score-seuil de 20 ne permettrait pas de bien détecter les cas d’hyperphagie boulimique et d’ATSACA [8].

Mond et coll. [9] proposent dans ces cas d’utiliser d’autres outils, par exemple le EDE-Q. Toutefois, autant ce questionnaire que les autres outils disponibles ont tendance à sous-estimer la problématique lorsqu’il est question de TACA autres que l’anorexie et la boulimie. Une autre option proposée serait d’utiliser un score-seuil plus faible. En effet, un score-seuil de 11 permettrait d’augmenter la validité du EAT-26 en tant qu’outil de dépistage puisque sa sensibilité serait nettement améliorée sans toutefois nuire de façon importante à la spécificité [8].

Comme la majorité des outils disponibles, le EAT-26 n’est pas adapté à la réalité des hommes. Il aborde davantage les préoccupations concernant la minceur plutôt que la musculature. Or, il est important d’en tenir compte lors du dépistage de TACA chez les hommes à l’aide cet outil.

 

ChEAT : Pour les enfants

Le Children’s Eating Attitude Test (ChEAT) est une version adaptée aux enfants élaborée par Maloney et son équipe en 1988 [10]. Cette version est essentiellement le même questionnaire que l’original, mais dans un langage simplifié. Cet outil est utilisé chez les enfants de moins de 15 ans et reflète les mêmes sections que le EAT-26. Un score élevé indique des efforts de gestion du poids plus fréquents chez ces jeunes. Tout comme la version originale, le ChEAT ne permet pas le diagnostic de TACA.

 

Références

  1. Johnson, C.S. and J. Bedford, Eating attitudes across age and gender groups: A Canadian study. Eating Weight Disord, 2004. 9: p. 16-23.
  2. Garner, D.M. and P.E. Garfinkel, The eating attitudes test : an index of the symptoms of anorexia nervosa. Psychological medecine, 1979. 9: p. 273-279.
  3. Garner, D.M., Eating attitudes test (eat-26) : scoring and interpretation. 2010.
  4. Leichner, P., et al., Validation d’une échelle d’attitudes alimentaires auprès d’une population québécoise francophone. Revue can. de psychiatrie, 1994. 39(1): p. 49-53.
  5. Garner, D.M., et al., The eating attitudes test: psychometric features and clinical correlates. Psychological medecine, 1982. 12(871-878).
  6. National Center for Health Statistics, ANALYTIC AND REPORTING GUIDELINES:The Third National Health and Nutrition Examination Survey, NHANES III (1988-94). 1996, National Center for Health Statistics.
  7. Kuczmarski, R., C. Ogden, and S. Guo, 2000 CDC growth charts for the United States: Methods and development. 2002, National Center for Health Statistics.
  8. Orbitello, B., et al., The EAT-26 as screening instrument for clinical nutrition unit attenders. Int J Obes (Lond), 2006. 30(6): p. 977-81.
  9. Mond, J.M., et al., Validity of the Eating Disorder Examination Questionnaire (EDE-Q) in screening for eating disorders in community samples. Behaviour Research and Therapy, 2004. 42(5): p. 551-567.
  10. Smolak, L. and M.P. Levine, Psychometric Properties of the Children’s Eating Attitudes Test. International Journal of Eating Disorders,, 1993. 16(3): p. 275-282.

Dernière mise à jour : 25 janvier 2016 à 12h17

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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