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Anorexie

Dépister les jeunes hommes en milieu scolaire


Selon plusieurs études américaines, 20% des étudiants présenteraient un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) [1-4]. Parmi ceux-ci, environ 75% ne chercheraient pas d’aide pour vaincre ce trouble [1]. Ce constat est d’autant plus préoccupant chez les jeunes hommes. En effet, il est reconnu que les hommes sont moins enclins que les femmes à chercher de l’aide des professionnels de la santé pour divers troubles, incluant les TACA [5]. Ce processus de recherche d’aide est toutefois très peu documenté chez les garçons durant l’adolescence.

Cette situation peut mener à de graves conséquences sur la santé de ces jeunes hommes qui n’obtiennent pas de traitement de la part de professionnels. Quelques chercheurs se sont donc questionnés quant aux façons de mieux dépister les TACA chez les adolescents et les jeunes adultes via l’amélioration du processus de recherche d’aide et l’implication des intervenants entourant ces jeunes en milieu scolaire [6-10]. Des conclusions intéressantes sont à considérer en tant que professionnel de la santé.

Ce que vous devez retenir:

• Divulguer et rendre disponible l’information sur les TACA en milieu scolaire augmente les connaissances des étudiants sur le sujet et sur les ressources disponibles sur le campus.

• Les pairs en milieu scolaire semblent être davantage conscients et proactifs envers les TACA que peuvent expérimenter leurs amis, contrairement aux intervenants du milieu et aux parents.

• L’internalisation de la stigmatisation envers les TACA est une importante barrière à la recherche d’aide.

• Les résultats d’études faites sur le dépistage des TACA en milieu scolaire sont rarement interprétés en distinguant le sexe des participants.

Améliorer les connaissances et les comportements de recherche d’aide

Une étude préliminaire a entre autres évalué les effets qu’aurait un programme d’intervention en milieu universitaire sur les comportements de recherche d’aide et sur le niveau de connaissances des ressources disponibles à l’intérieur du campus, concernant l’image corporelle et les TACA [8]. Le programme d’une semaine incluait diverses activités interactives et a été fait dans le cadre du NEDAwareness week (National Eating Disorder Awareness week). L’étude a comparé les effets de ce programme sur les étudiants qui ont suivi les ateliers et sur ceux qui ne les ont pas suivis. Sur un échantillon de 290 étudiants universitaires, 15% étaient de sexe masculin. L’analyse des résultats ne tenait toutefois pas compte du sexe des participants.

Les résultats illustrent que les étudiants ayant suivi le programme avaient davantage de connaissances quant aux ressources disponibles sur le campus concernant les TACA comparativement aux étudiants qui ne l’ont pas suivi [8]. Un tel programme aurait la possibilité de diminuer directement la première barrière en lien avec la recherche d’information sur le sujet [8].

Toutefois, le programme n’a pas permis d’améliorer les comportements de recherche d’aide lors de la présence d’un TACA [8]. Ce résultat, mesuré via le Attitudes Toward Seeking Professional Psychological Help Scale – Short Form s’explique selon les auteurs par le fait qu’une forte internalisation de la stigmatisation envers les TACA affecte négativement les comportements visant à rechercher de l’aide [8]. De plus, comme il est connu qu’une intervention d’une aussi courte durée (une semaine) a peu d’effet sur la stigmatisation fortement enracinée des TACA chez la population étudiante [8, 11, 12], les auteurs sont peu surpris de constater ce résultat [8].

Une autre étude a évalué l’impact de ce même programme spécifiquement sur des jeunes aux prises avec un haut niveau de troubles reliés à l’alimentation (mesuré via le EAT-26) [7]. Dans l’échantillon comprenant 136 étudiants, 15% étaient de sexe masculin. Le sexe des participants n’a toutefois pas été pris en compte lors de l’analyse des résultats.

Tout comme les conclusions de la précédente étude, les étudiants avaient de meilleures connaissances sur les ressources disponibles sur le campus en lien avec les TACA [7]. Concernant les comportements de recherche d’aide, les étudiants ayant les plus bas niveaux de troubles reliés à l’alimentation avant le programme (score ≤ 19 obtenu au EAT-26) étaient significativement plus enclins à aller rechercher de l’aide pour eux-mêmes ou pour un ami après avoir assisté au programme [7] si un TACA était présent. Pour ceux ayant les plus hauts niveaux de TACA avant le programme (score ≥20 obtenu au EAT-26), ils n’étaient pas significativement plus enclins à rechercher de l’aide pour leur ami qui présentait un TACA [7] suite au programme, et encore moins pour eux-mêmes [7].

Les auteurs n’ont pas été en mesure d’expliquer la différence entre les résultats obtenus des étudiants avec les plus bas et hauts niveaux de TACA. Par contre, ils ont noté qu’une part de leurs résultats concordait avec ceux d’autres études, qui rapportent que les étudiants vont davantage souffrir en silence plutôt que de prendre les moyens pour traiter leur TACA [13, 14].

Finalement, pour les deux catégories d’étudiants, une forte majorité d’entre eux recherchaient davantage de l’aide pour un ami souffrant d’un TACA (83%) que pour eux-mêmes (35,3%) [7], ce qui est cohérent avec d’autres résultats [15].

Les auteurs rapportent que les pairs représentent un élément important dans le dépistage des TACA [7]. Ils suggèrent d’adapter les interventions en milieu scolaire, afin de tenir compte que la personne qui recherche de l’information n’est probablement pas la personne concernée par le trouble [7].

 

Le rôle des intervenants en milieu scolaire

Une étude a évalué l’impact d’outiller les enseignants, les infirmières et les parents d’adolescents du secondaire sur le dépistage d’étudiants aux prises avec des TACA [6]. Parmi les 763 étudiants âgés de 16 à 18 ans, 51% étaient des garçons.

L’intervention de l’étude n’a pas porté fruits. Bien que les enseignants ressentent une plus grande confiance à identifier les jeunes ayant un TACA, ils ne les ont pas plus identifiés ou même approchés [6]. Ils rapportent que la gravité du trouble n’est pas assez importante ou ne se sentent pas suffisamment à l’aise pour le faire [6]. Ces résultats démontrent un manque de sentiment de compétence de la part des intervenants en milieu scolaire pour améliorer la santé des étudiants [6].

Il en va de même pour les parents. Aucun d’entre eux n’a contacté l’infirmière de l’école suite aux renseignements reçus sur les signes et symptômes des TACA [6]. Les auteurs supposent que les parents ne sont pas suffisamment conscients des signes et symptômes des TACA, ou préfèrent contacter un autre professionnel le cas échéant [6].

 

En conclusion

Il est clair qu’un faible nombre d’études sur le dépistage des TACA chez les jeunes garçons en milieu scolaire empêche la généralisation des conclusions obtenues. Ces dernières proposent toutefois des avenues de recherches intéressantes pour les professionnels de la santé dans une optique de collaborer plus intensivement avec les intervenants du milieu scolaire, les étudiants et les parents. Finalement, il serait important de distinguer les effets qu’ont les interventions sur chacun des sexes dans des études ultérieures.

 

Références

  1. Association, N.E.D., National Eating Disorder Association’s results of eating disorders poll on college campuses across the nation. http://www.nationaleatingdisorders.org, 2006.
  2. Fischer, E.H. and A. Farina, Attitudes toward seeking professional psychologial help: A shortened form and considerations for research. Journal of College Student Development, 1995. 36(4): p. 368-373.
  3. (NEDA), N.E.D.A., National Eating Disorder Association wages war against eating disorders during 2009 NEDAwarenessWeek. [Press Release]. Retrieved From. http://www.nationaleatingdisorders.org/in-thenews/news-relasedetail.php?release=12&titleal, 2009( ): p. 22–28
  4. Prouty, A.M., Protinsky, H. O., & Canady, D., College women: Eating behaviors and help-seeking preferences. . Adolescence, 2002. 37: p. 353-363.
  5. Sierra Hernandez, C.A., et al., Understanding help-seeking among depressed men. Psychology of Men & Masculinity, 2014. 15(3): p. 346-354.
  6. Rees, L. and S. Clark-Stone, Can collaboration between education and health professionals improve the identification and referral of young people with eating disorders in schools? A pilot study. Journal of Adolescence, 2006. 29(1): p. 137-151.
  7. Tillman, K.S., et al., Effectiveness of one-time psychoeducational programming for students with high levels of eating concerns. Eating Behaviors, 2015. 19: p. 133-138.
  8. Tillman, K.S., T. Arbaugh Jr, and M.S. Balaban, Campus programming for National Eating Disorders Awareness Week: An investigation of stigma, help-seeking, and resource knowledge. Eating Behaviors, 2012. 13(3): p. 281-284.
  9. Tang, M.O.T., et al., College men’s depression-related help-seeking: a gender analysis. Journal of Mental Health, 2014. 23(5): p. 219-224.
  10. Galdas, P.M., F. Cheater, and P. Marshall, Men and health help-seeking behaviour: literature review. Journal of Advanced Nursing, 2005. 49(6): p. 616-623.
  11. Ottati, V., Bodenhausen, G. & Newman, L., On the stigma of mental illness: Practical strategies for research and social change, ed. P.W. Corrigan. 2005, Washington, DC, US: American Psychological Association. xv, 343.
  12. Wolf-Bloom, M.S., Using media literacy training to prevent body dissatisfaction and subsequent eating problems in early adolescent girls. 1999, ProQuest Information & Learning: US. p. 4515.
  13. Cachelin, F.M., et al., Barriers to treatment for eating disorders among ethnically diverse women. International Journal of Eating Disorders, 2001. 30(3): p. 269-278.
  14. Cachelin, F.M. and R.H. Striegel-Moore, Help seeking and barriers to treatment in a community sample of Mexican American and European American women with eating disorders. International Journal of Eating Disorders, 2006. 39(2): p. 154-161.
  15. Raviv, A., et al., The personal service gap: Factors affecting adolescents’ willingness to seek help. Journal of Adolescence, 2009. 32(3): p. 483-499.

Dernière mise à jour : 9 décembre 2015 à 14h25

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