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Autres troubles

Démystifier les autres troubles spécifiés de l’alimentation et des conduites alimentaires


Connus sous le nom Other Specified Feeding or Eating Disorder dans le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders), les autres troubles spécifiés de l’alimentation et des conduites alimentaires (ATSACA) incluent les troubles du comportement alimentaire qui répondent à l’ensemble des critères diagnostics établis pour l’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie boulimique, mais dont certains points ne concordent pas exactement, ce qui empêche d’apposer un diagnostic officiel pour l’un ou l’autre de ces troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) [2].

Ce que vous devez retenir:

• Les ATSACA représentent les troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires qui ne répondent pas à tous les critères diagnostics établis pour l’anorexie, la boulimie et l’hyperphagie boulimique.

• Les ATSACA représentent le groupe de troubles de l’alimentation le plus commun. On estime qu’environ la moitié des patients présentant une relation trouble avec la nourriture reçoivent un diagnostic d’ATSACA.

• Le degré de psychopathologie et l’état de santé physique des patients présentant un ATSACA sont comparables à ceux d’un patient diagnostiqué avec un TACA. Ils doivent donc être considérés tout aussi importants et nuisibles à la santé que les TACA diagnostiqués.

Les ATSACA expliqués

Lorsque le professionnel de la santé tente d’établir un diagnostic d’anorexie, de boulimie ou d’hyperphagie boulimique et que le patient répond à la majorité des critères, mais pas à l’ensemble d’entre eux, un diagnostic officiel de TACA ne peut donc pas être apposé. On parle alors d’ATSACA [2].

Saviez-vous que…?

Dans l’ancienne version du DSM, cette catégorie était connue sous le nom de Eating Disorders Not Otherwise Specified (EDNOS) [1].

Cette catégorie sera utilisée lorsque le professionnel de la santé choisit de communiquer la raison précise pour laquelle les symptômes ne répondent pas aux critères pour un TACA. Ainsi, l’ATSACA sera suivi de la raison qui empêche d’apposer un diagnostic de TACA (par exemple : boulimie de basse fréquence) [2].

Exemples de cas tirés du DSM-5 pouvant porter la mention ATSACA [2] :

-Anorexie atypique : tous les critères de l’anorexie sont remplis, mais malgré une perte de poids significative, le patient présente un poids dans les limites de la normale ou supérieur aux recommandations.

-Boulimie (à basse fréquence et/ou d’une durée limitée) : tous les critères de la boulimie sont remplis, sauf que les orgies alimentaires et les comportements compensatoires inappropriés surviennent en moyenne moins d’une fois par semaine et/ou pendant moins de 3 mois.

-Hyperphagie boulimique (à basse fréquence et/ou d’une durée limitée) : tous les critères de l’hyperphagie boulimique sont remplis, sauf que les orgies alimentaires et les comportements compensatoires inappropriés surviennent en moyenne moins d’une fois par semaine et/ou pendant moins de 3 mois.

-Troubles des méthodes compensatoires (Purging Disorder) : le patient utilise des méthodes compensatoires inappropriés (ex : vomissements provoqués, mauvaise utilisation de laxatifs, de diurétiques ou autres médications) pour influencer son poids ou son apparence physique, en l’absence d’orgies alimentaires (ex : se faire vomir après avoir consommé une quantité normale et non excessive d’aliments).

Trouble de l’alimentation nocturne (Night Eating Syndrome) : épisodes récurrents d’alimentation nocturne : manger après s’être réveillé la nuit ou alimentation excessive après le dernier repas du soir.

Les ATSACA représentent le groupe de troubles de l’alimentation le plus commun [3-6]. On estime qu’environ la moitié (c’est-à-dire de 40% à 60%) des patients présentant une relation trouble avec la nourriture reçoivent un diagnostic d’ATSACA [3, 6].

L’hyperphagie boulimique a longtemps fait partie de la catégorie des ATSACA. Dans le DSM-5 (la plus récente version du DSM publiée en 2013), on reconnaît désormais l’hyperphagie boulimique comme étant un TACA [2].

Prévalence

Les patients avec un ATSACA présentent habituellement une très grande insatisfaction corporelle [4].Par contre, les recherches ne s’entendent pas sur le profil-type d’individus touchés par ce trouble. Certains auteurs mentionnent que les ATSACA seraient particulièrement plus fréquents chez des individus ayant reçu moins d’attention de la communauté scientifique comme les hommes, les minorités ethniques, les athlètes de sport d’esthétisme, les jeunes enfants et les personnes âgées [6].. D’autres auteurs affirment plutôt que les jeunes femmes seraient davantage touchées par les ATSACA, une tendance qui suivrait les taux de diagnostics de l’anorexie et de la boulimie, deux TACA largement plus fréquents chez les femmes [5].

 

ATSACA : tout aussi importants que les TACA

En tant que professionnel de la santé, il est important de considérer les ATSACA comme étant tout aussi importants et nuisibles à la santé que les TACA francs et diagnostiqués. Les recherches montrent que le degré de psychopathologie et l’état de santé physique des patients présentant un ATSACA sont comparables à ceux d’un patient diagnostiqué avec un TACA (particulièrement chez les patients présentant une anorexie et de l’hyperphagie boulimique). Par exemple, une anorexie et une anorexie atypique se rejoignent au niveau de la psychopathologie du trouble alimentaire (degré de privation et de sensation de faim) et au niveau de la psychopathologie générale (présence d’un trouble de la personnalité) [4-7].

Ces comportements troubles avec la nourriture mènent souvent à l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie boulimique. Certains affirment que 40% des personnes présentant un ATSACA développent de l’anorexie ou de la boulimie au cours de l’année ou des deux ans suivants l’apparition initiale des symptômes [6].

 

Traitements

Les traitements possibles des ATSACA sont difficiles à déterminer en raison de l’hétérogénéité des cas. En l’absence de guides empiriques, les professionnels de la santé devraient se fier sur les techniques développées pour le traitement des TACA, même si l’efficacité de ces approches n’est pas encore validée pour les ATSCACA [6].

 

Références 

  1. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-IV). IV ed, ed. A.p. publisher. 2000: Washington DC.
  2. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  3. Winkler, L.A., et al., Quality of life in eating disorders: A meta-analysis. Psychiatry Res, 2014. 219(1): p. 1-9.
  4. Moor, S., et al., Psychopathology of EDNOS patients: To whom do they compare? Clinical Psychologist, 2004. 8(2): p. 70-75.
  5. Fairburn, C.G. and K. Bohn, Eating disorder NOS (EDNOS): an example of the troublesome « not otherwise specified » (NOS) category in DSM-IV. Behav Res Ther, 2005. 43(6): p. 691-701.
  6. Thomas, J.J., L.R. Vartanian, and K.D. Brownell, The relationship between eating disorder not otherwise specified (EDNOS) and officially recognized eating disorders: meta-analysis and implications for DSM. Psychol Bull, 2009. 135(3): p. 407-33.
  7. Turner, H., R. Bryant-Waugh, and R. Peveler, The clinical features of EDNOS: relationship to mood, health status and general functioning. Eat Behav, 2010. 11(2): p. 127-30.

Dernière mise à jour : 3 février 2016 à 11h41

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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