------------------------ Article ------------------------

Image corporelle

Le complexe d’Adonis : les troubles de l’image corporelle au masculin


Je ne suis pas assez beau. Je ne suis pas assez musclé. Je ne suis pas assez homme. Les préoccupations liées à l’image corporelle existent aussi chez les hommes. Elles sont d’autant plus importantes que les hommes semblent peu enclins à en parler et peuvent mener à différents troubles. Plongeon dans cet univers trouble.

Ce que vous devez retenir:

• Non officiellement reconnu comme un terme médical, le complexe d’Adonis réfère habituellement à un éventail de préoccupations à l’égard de l’image corporelle que peuvent vivre à divers degrés, habituellement en secret, hommes et garçons.

• L’idéal corporel chez les hommes serait représenté par un corps mince et musclé.

• L’image corporelle est un construit composé de plusieurs dimensions, dont les perceptions et les attitudes que l’on a de son corps et de son apparence physique.

• Les hommes éprouveraient de la honte à l’égard de leurs préoccupations et auraient de la difficulté à en parler.

• Les troubles de l’image corporelle peuvent donner lieu à divers problèmes, dont des troubles de l’alimentation et des comportements alimentaires ainsi que des troubles physiques et psychologiques.

Le complexe d’Adonis

Quand on parle d’Adonis, l’image qui nous vient est celle d’un jeune homme au corps parfaitement proportionné, d’une telle beauté qu’aucun ne peut y résister, pas même Aphrodite, déesse des déesses. C’est de cette représentation de l’idéal corporel masculin que vient l’appellation « complexe d’Adonis » [1].

Dans leur livre The Adonis Complex, Pope et coll. (2000) utilisent le terme « complexe d’Adonis » pour décrire un éventail de préoccupations à l’égard de l’image corporelle que peuvent vivre à divers degrés, habituellement en secret, hommes et garçons. Ce complexe se rapporte autant à des tracas mineurs qu’à de véritables troubles, marqués par des obsessions dévastatrices et dangereuses pour la personne aux prises avec celles-ci [1]. Le terme « complexe d’Adonis » n’est toutefois pas un terme médical officiel, et il est parfois utilisé uniquement en référence à la dysmorphie musculaire, trouble caractérisé par une obsession à pratiquer des activités sportives pour atteindre un corps à la fois mince et musclé.

 

Des statistiques éloquentes

Les auteurs du livre The Adonis Complex [1] ont relevé plusieurs recherches montrant que les hommes seraient nombreux à être autant insatisfaits ou presque autant insatisfaits que les femmes à l’égard de leur apparence [1]. Alors que dans les années 50 et 60, les hommes ne se préoccupaient pas ou très peu de leur image corporelle [1], la situation s’est renversée au cours des décennies qui ont suivi [2]. La revue Psychology Today a effectué d’importants sondages, les Body Image Surveys, aux États-Unis à trois périodes (1972, 1985 et 1997) [3]. Fréquemment cités, ces sondages illustrent la dégradation des perceptions liées à l’image corporelle chez les hommes autant que chez les femmes [1, 4]. Dans la dernière mouture, en 1997, plus de 4 000 personnes y ont répondu; 548 de ces répondants étaient des hommes, âgés de 14 à 82 ans [3]. Parmi ceux-ci, 43 % ont rapporté être insatisfaits de leur apparence en général alors qu’en 1972 et en 1985, ces chiffres s’élevaient à 15 % et 34 %, respectivement. Plus particulièrement, 38 % se disaient insatisfaits de leur torse, 45 % de leur tonus musculaire, 52 % de leur poids et 63 % de leur abdomen. Les femmes demeuraient encore en tête de liste en lien avec leur insatisfaction corporelle, mais il semble que les hommes étaient néanmoins sur le point de les rattraper même à cette époque.

Au Québec, en 2012, ÉquiLibre a mandaté SOM pour effectuer une étude sur les écarts entre femmes et hommes en matière de saine gestion du poids et d’image corporelle [5]. Au total, 1 005 Québécoises et Québécois ont répondu à l’appel. Parmi ceux-ci, deux fois plus de femmes que d’hommes se disent insatisfaites de leur poids, mais il n’en reste pas moins que près d’un homme sur cinq voit une source d’insatisfaction dans son poids (28 % contre 18 %). À cet égard, 44 % des répondants (contre 50 % des répondantes) ont indiqué souhaiter faire en sorte que leur poids se modifie prochainement. Bien que les statistiques soient moins élevées chez les hommes, le niveau d’insatisfaction et le désir de changer son corps demeurent notables.

 

L’idéal corporel au masculin

Dans son livre The Psychology of Eating : from Healthy to Disordered Behavior, Jane Ogden définit l’image corporelle en citant Schilder (1950) : «  [c’est] le portrait de notre propre corps que nous formons dans notre tête » [6]. Cafri et coll. (2004) rapportent qu’un nombre important d’études ont été effectuées dans les années 1960 et 1970 à ce sujet par Lerner et ses collègues [7]. Ils soutiennent que le corps idéalisé et emblématique des hommes – et désiré – en est un musclé [7], ce que relève aussi Blond (2008). Ce type de physionomie serait aussi idéalisé dans la communauté gaie [2]. Avoir tel type de corps est assorti de caractéristiques « positives », telles qu’être séduisant, fort, heureux [7] ainsi qu’en contrôle [8]. À l’opposé, on associe aux personnes qui sont maigres ou obèses des traits négatifs : paresseux, tricheurs, sournois, etc. [7].

 

De quoi est construite l’image corporelle?

Construit multidimensionnel, l’image corporelle se base entre autres sur les perceptions et les attitudes que l’on a de son corps et de son apparence physique [4, 9]. Ces perceptions et attitudes visent le corps dans son ensemble ou des éléments spécifiques comme l’abdomen, le poids, le torse, etc. [4]. Selon différents auteurs, deux facteurs sont au cœur de ces perceptions et ces attitudes : l’évaluation, illustrée par le degré de satisfaction corporelle, et l’investissement, démontré par le degré d’importance psychologique accordée par une personne à son apparence [4, 10, 11]. Différents outils pour mesurer les perceptions et attitudes liées à l’image corporelle ont été spécifiquement développés pour la clientèle masculine [7].

 

Dangereux, les troubles de l’image corporelle?

Être insatisfait de son image corporelle pourrait entraîner la mise en place de régimes alimentaire et d’activité physique stricts et, dans certains cas, l’abus de substances, [1, 2, 4, 7, 9]. Les troubles de l’image corporelle peuvent ainsi donner lieu à des troubles de l’alimentation et des conduites alimentaires, mais également psychologiques (dépression, anxiété sociale, faible estime de soi, etc.) et physiques (dysfonction sexuelle, etc.) ainsi qu’une qualité de vie diminuée [1, 2, 4, 7, 9].

Les troubles de l’image corporelle chez les hommes doivent donc être pris au sérieux, puisqu’ils servent bien souvent de porte d’entrée vers d’autres problématiques de gravités diverses. Les hommes aux prises avec un trouble de l’image corporelle doivent aussi comprendre qu’ils ne sont pas seuls et qu’ils ont tout avantage à s’ouvrir à leur entourage, à en parler. Ayant tous un rôle de premier ordre à jouer à cet égard, les professionnels de la santé ont ainsi avantage à aiguiser leur œil à cette réalité émergente.

 

Références

  1. Pope, H.G., Jr., K.A. Phillips, and R. Olivardia, The Adonis Complex: How to Identify, Treat, and Prevent Body Obsession in Men and Boys. 2000: Touchstone. 286 pages.
  2. Blashill, A.J., Gender roles, eating pathology, and body dissatisfaction in men: a meta-analysis. Body Image, 2011. 8(1): p. 1-11.
  3. Garner, D., The 1997 body image survey results. . Psychology Today, 1997. 1(Jan-Feb): p. 30-84.
  4. Cash, T.F., et al., How Has Body Image Changed? A Cross-Sectional Investigation of College Women and Men From 1983 to 2001. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 2004. 72(6): p. 1081-1089.
  5. ÉquilLibre. Poids, image corporelle et habitudes de vie : les différences entre les hommes et les femmes – Étude  réalisée par SOM pour le compte d’ÉquiLibre. 2013  [cited 18 octobre 2014; Available from: http://www.equilibre.ca/salle-de-presse/actualites/article/2013/01/cahier-special-les-differences-entre-les-hommes-et-les-femmes/.
  6. Ogden, J., Body Dissatisfaction, in The Psychology of Eating : from Healthy to Disordered Eating. 2003, Blackwell Publishing: Malden. p. 302.
  7. Cafri, G. and J.K. Thompson, Measuring Male Body Image: A Review of the Current Methodology. Psychology of Men & Masculinity, 2004. 5(1): p. 18-29.
  8. Grogan, S., Body image : understanding body dissatisfaction in men, women, and children. 2008, London; New York: Routledge.
  9. Adams, G., H. Turner, and R. Bucks, The experience of body dissatisfaction in men. Body Image, 2005. 2(3): p. 271-283.
  10. Conner, M., C. Johnson, and S. Grogan, Gender, sexuality, body image and eating behaviours. J Health Psychol, 2004. 9(4): p. 505-15.
  11. Jones, W.R. and J.F. Morgan, Eating disorders in men : a review of the litterature. Journal of Public Mental Health, 2010. 9(2): p. 23-31.

Dernière mise à jour : 19 février 2016 à 16h03

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
Laisser un commentaire