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Image corporelle

Bouger – Quand l’activité physique devient malsaine


Pratiquée régulièrement, l’activité physique constitue sans équivoque un facteur important d’un mode de vie sain [1, 2]. Par contre, quand l’exercice est associé à une insatisfaction corporelle, bouger peut devenir un comportement malsain d’un trouble de l’alimentation et des conduites alimentaires (TACA) [1]. Étant donné que les hommes sont plus susceptibles d’utiliser l’exercice pour contrôler leur poids (plutôt que d’autres moyens tels les régimes amaigrissants, les comportements purgatifs ou le jeûne), il est important de savoir reconnaître les différents aspects d’un entrainement physique malsain ou problématique [1].

Ce que vous devez retenir:

• La pratique excessive d’activités physiques représente un comportement compensatoire inapproprié souvent observé dans les cas d’anorexie, de boulimie et de dysmorphie musculaire.

• Les hommes ne vivent pas les mêmes préoccupations reliées à l’image corporelle que les femmes; les exercices qu’ils entreprennent sont davantage liés au gain musculaire (pour répondre aux normes masculines actuelles).

• Un entrainement devient problématique lorsqu’il est excessif, compulsif et/ou compensatoire.

Un comportement inapproprié souvent remarqué

Dans le DSM-5 (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Fifth Edition) [3], les critères diagnostiques pour l’anorexie et la boulimie regroupent plusieurs points, dont entre autres l’adoption de comportements compensatoires inappropriés (CCI), telle la pratique excessive d’activités physiques. Lorsque présent, ce CCI figure parmi les moyens utilisés par les patients pour contrôler leur poids (ou plutôt prévenir une prise de poids) [3, 4]. L’exercice en excès semble un comportement répandu chez les patients souffrant d’un TACA [1]. En effet, Davis et coll. [5] ont observé ce CCI chez 80% de leurs patientes anorexiques et 55% de leurs patientes boulimiques [6]. Les hommes présenteraient des scores plus élevés de dépendance au sport que les femmes et des scores plus faibles de comportements alimentaires troubles [6].

En ce qui a trait à la dysmorphie musculaire, le DSM-5 [3] souligne aussi qu’un entrainement (musculaire) excessif constitue un élément fréquemment remarqué chez ces patients. Comme les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes préoccupations quant à leur image corporelle, les exercices entrepris par ces messieurs peuvent aussi différer afin de répondre aux normes masculines actuelles [7]. Cet idéal corporel masculin se définit globalement par la poursuite d’un corps musclé aux épaules, aux bras et au torse et mince aux hanches et à la taille [8-15]. Ainsi, les exercices entrepris par les hommes sont davantage liés au gain musculaire [2, 7]. Les activités anaérobiques, particulièrement le culturisme (ou « bodybuilding ») et la musculation (ou « weightlifting »), seraient liées aux TACA et aux préoccupations liées à l’image corporelle [16]. Cet attrait pour une musculature bien définie peut résulter en des comportements alimentaires troubles plus importants et une plus grande préoccupation de l’image corporelle chez les hommes [16].

 

À quel moment l’entrainement devient-il malsain?

La pratique excessive d’une activité physique peut se traduire à la fois de façon quantitative (définie par la fréquence et l’intensité de l’exercice) et qualitative (déterminée par une préoccupation face à l’entrainement, une compulsion et un contrôle obsessif du poids et de l’apparence corporelle) [1].

On peut qualifier l’exercice physique malsain en trois groupes [1] :

  • Excessif : quand il est caractérisé par une fréquence, une durée et une intensité excessives.
  • Compulsif : quand il permet de prévenir ou réduire une détresse, lorsqu’il est pratiqué malgré une blessure et quand il devient une source de préoccupation (ou une obligation).
  • Compensatoire : quand il est utilisé pour compenser les effets de la prise alimentaire sur le poids et l’apparence corporelle.

Lorsque la personne n’arrive pas à maintenir son entrainement physique (souvent trop rigide), elle traverse alors des crises d’anxiété et de grandes périodes de culpabilité; des heures additionnelles au gym permettent habituellement de compenser les « manques sportifs » et de calmer ces situations d’angoisse [17].

 

Kinésiologues : soyez à l’affût!

Les kinésiologues sont certainement les professionnels de la santé les mieux placés pour reconnaître ces « excès sportifs ». Étant directement impliqués dans le programme d’exercices de leurs patients/clients, les kinésiologues sont souvent les premiers professionnels capables de détecter un déséquilibre dans leur routine d’entrainement. Il est donc primordial pour ces spécialistes du sport d’intervenir rapidement et d’agir efficacement afin d’aider cette clientèle spécifique.

 

Références

  1. Holland, L.A., T.A. Brown, and P.K. Keel, Defining features of unhealthy exercise associated with disordered eating and eating disorder diagnoses. Psychology of sport and exercise, 2014. 15(1): p. 116-123.
  2. Mor, Z., et al., Gym exercising patterns, lifestyle and high-risk sexual behaviour in men who have sex with men and in heterosexual men. BMJ open, 2014. 4(11): p. e005205.
  3. American Psychiatric Association, Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorder (DSM-5). Fifth ed, ed. A.p. publisher. 2013: Washington DC.
  4. Carrera, O., et al., Hyperactivity in anorexia nervosa: warming up not just burning-off calories. PloS one, 2012. 7(7): p. e41851.
  5. Davis, C., et al., The prevalence of high-level exercise in the eating disorders: etiological implications. Comprehensive psychiatry, 1997. 38(6): p. 321-326.
  6. Silva, E.F.d., et al., Prevalence of eating disorder attitudes among men and women with exercise dependence symptoms: a non-athlete population study. Revista Brasileira de Ciências do Esporte, 2013. 35(3): p. 599-610.
  7. Pritchard, M., C. Parker, and A. Nielsen, What predicts drive for muscularity in college students? Eating behaviors, 2011. 12(3): p. 228-231.
  8. Blashill, A.J., Gender roles, eating pathology, and body dissatisfaction in men: a meta-analysis. Body Image, 2011. 8(1): p. 1-11.
  9. Blond, A., Impacts of exposure to images of ideal bodies on male body dissatisfaction: A review. Body Image, 2008. 5(3): p. 244-250.
  10. Cafri, G. and J.K. Thompson, Measuring Male Body Image: A Review of the Current Methodology. Psychology of Men & Masculinity, 2004. 5(1): p. 18-29.
  11. Adams, G., H. Turner, and R. Bucks, The experience of body dissatisfaction in men. Body Image, 2005. 2(3): p. 271-283.
  12. Grognan, S. and H. Richards, Body Image: Focus Groups with Boys and Men. Men and Masculinities, 2002. 4(3): p. 219-232.
  13. Murnen, S.K., Gender and Body Images, in Body Image : a Handbook of Science, Practice and Prevention, T.F. Cash and L. Smolak, Editors. 2011, The Guilford Press: New Yok. p. 173-179.
  14. Mishkind, M.E., et al., The Embodiment of Masculinity: Cultural, Psychological, and Behavioral Dimensions. American Behavioral Scientist, 1986. 29(5): p. 545-562.
  15. Ogden, J., Body Dissatisfaction, in The Psychology of Eating : from Healthy to Disordered Eating. 2003, Blackwell Publishing: Malden. p. 302.
  16. Boroughs, M. and J.K. Thompson, Exercise status and sexual orientation as moderators of body image disturbance and eating disorders in men. Int J Eat Disord, 2002. 31: p. 307-311.
  17. Murray, S.B., et al., A comparison of eating, exercise, shape, and weight related symptomatology in males with muscle dysmorphia and anorexia nervosa. Body Image, 2012. 9(2): p. 193-200.

Dernière mise à jour : 25 janvier 2016 à 14h26

Type de professionnels :
Infirmières Kinésiologues Médecins Nutritionnistes Psychologues Travailleurs sociaux
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